Une intéressante tribune sur l'enseignement
Par David Monniaux le lundi, mars 11 2013, 00:33 - Enseignement - Lien permanent
...à lire dans l'Humanité.
Je ne peux pas juger de l'ensemble du texte, mais j'ai été parfois témoin de certains des problèmes dénoncés (par exemple le bradage de diplômes à des incompétents, la demande de ne pas mettre de notes trop basses parce que sinon on n'aura plus d'étudiants les années d'après et on supprimera le module, etc.). Je sais aussi que certains collègues n'embaucheraient pas les étudiants diplômés de certaines des formations où ils enseignent.
Commentaires
Très bonne tribune.
Le seul bémol que j'apporterais c'est que si l'on se penche tant sur la "crise" du système éducatif français, c'est parce que la société elle-même est en crise (économique). A l'heure du plein emploi, toutes ces questions ne se posaient pas. Le drame de notre société, c'est qu'il existe des populations dont "on" ne sait pas quoi faire.
Excellente tribune, effectivement, même s'il est difficile d'en juger chacun des points. Au lieu de ça, on préfère parler de rythmes scolaires, sujet peu coûteux (quoiqu'avec les personnes aux commandes, il va réussir à l'être) et qui n'aura aucun impact sur l'amélioration de formation de nos jeunes, mais qui fait croire qu'on s'en occupe.
Je suis plus gêné par autre chose : l'auteur balaye la question de l'orientation d'un revers de la main en disant "La France a besoin de gens de métiers", faisant allusion aux formations courtes (BTS).
Or, cela est loin d'être clair. Certes, il manque des artisans, mais il manque aussi de diplômés du supérieur, avec des compétences que les formations courtes ne donnent pas.
C'est un point bien mis en évidence par *Race against the machine* : les personnes issues de ces formations seront les premières à être mises en concurrence avec des produits technologiques si elles de disposent pas de la formation nécessaire pour maîtriser et produire elles-mêmes ces technologies.
Excellente tribune. Pour ce que je connais, l'enseignement en lycée, je ne changerais pas grand chose à ce qui est dit.
Pour prendre un exemple non cité par le texte, les sections de BTS, que l'auteur a l'air d'estimer, il faut savoir que les examens de fin de BTS (qui ne sont évidemment pas parfaits) sont progressivement remplacés pas des contrôles en cours de formation. Ceux-ci sont conçus et corrigés par l'enseignant chargé de la classe, avec quasi aucun regard extérieur sur le contenu. Il faut simplement faire une paperasse qui dit qu'on a fait ce contrôle, paperasse sans doute rangée dans un tiroir administratif. Bien sûr, un enseignant avec une mauvaise moyenne ne risque pas d'être bien vu par un inspecteur ou son proviseur !
Je rejoins un commentaire plus haut : il y a des élèves dont on ne sais pas quoi faire. Je veux croire que c'est parce que les classes antérieurs ont des défauts (il y en aura toujours) et pas parce que certains seraient incapables, mais ces élèves peuvent être relativement nombreux dans une classe de Seconde par exemple.
@Mathieu P. Non, il ne manque pas de diplômés du supérieur. Il manque de diplômés du supérieur qui sache faire autre chose que du PowerPoint et du Excel.
Mathieu P. signale un point très important qui est que nous avons besoin d'assurer que les travailleurs soient en mesure de s'adapter aux changements technologiques, en particuliers pour ceux qui sont les plus exposés.
Or c'est un point sur lequel la France est médiocre : nous engloutissons des sommes faramineuses à prétendument sauver les emplois de l'industrie de l'acier, du textile ou de l'automobile plutôt que de préparer tous ces travailleurs à s’insérer dans des domaines où ils sont plus utiles et moins exposés à la concurrence.
C'est en partie pour atteindre cet objectif que sont bradés les diplômes (80% d'une classe d'age au bac) et qu'a été instauré le collège unique. Il encourage - ou du moins prétend encourager - l’évolution vers les métiers à plus grande valeur ajoutée.
Il n'est pas impossible que le remède soit pire que le mal, il ne faut cependant pas oublier le problème de base : faire que le plus de français possible fasse un travail à plus grande valeur ajoutée possible. Et non socialiser les petits sauvageons par des travaux manuels dans lesquels ils sont en mesure de s'impliquer car plus adaptés à leurs facultés.
Maintenant, la tribune balaye tellement large, de la maternelle au doctorat, avec des publics et des objectifs tellement divers qu'il difficile de répondre globalement. Mais il y a certainement un tort partagé à tous les niveaux et qui est très bien souligné par Jean Robelin : "le propre des prétendues sciences de l'éducation, c'est de ne pas être falsifiables".
Pour une raison incompréhensible, nous refusons à tous les niveaux et avec obstination d'avoir une approche scientifique de l'enseignement. Nous ne valorisons que la découverte et pas la transmission. Les pédagogues de l'enseignement sont au mieux des charlatans, les chercheurs méprisent les activités d'enseignement et personne ne se soucie de rendre plus efficace l'assimilation des connaissances pourtant chaque fois plus nombreuses, provoquant collatéralement une hyper-spécialisation qui duplique le travail et ralentit la diffusion des progrès (par exemple les "découvertes" multiples du même résultat dans une multitude sous-domaines qui ne communiquent).
@EC Patrouver: je me demande ou vous avez trouveé des diplômés du supérieur qui savent vraiment utiliser excel ou powerpoint.
@avs. Je ne dis pas qu'ils savent "vraiment" utiliser powerpoint, je dis que c'est le maximum de leurs connaissances. J'enseigne en école d'ingé. Depuis 20 ans, le niveau des élèves a considérablement augmenté en ce qui concerne les présentations orales. Pour la culture scientifique et les compétences techniques, le niveau converge vers le vide intersidéral. Les entreprises ne manquent pas de diplômés, elles manquent de gens capables de faire autre chose que du bling-bling et jouer du pipeau.
Est-il vraiment indispensable, comme le suggère Jean Robelin, que les enseignants de *primaire* possèdent nécessairement un *master* en français (ça existe ?) ou en maths (ou dans une autre matière scientifique, son propos n'est pas très clair), et qu'ils ne puissent enseigner que les disciplines dans lesquelles ils possèdent un niveau bac+5 ? (alors qu'il n'y a pas longtemps, un bac+3 suffisait pour se présenter au concours de recrutement des enseignants de lycées).
On peut se demander aussi si la tribune n'est pas un peu trop large pour que M. Robelin ait un avis éclairé sur chacun des points de celle-ci. Par exemple, la tirade contre la méthode globale qui n'a quasiment jamais été appliquée semble tirée d'une anecdote qu'on lui a rapportée. Quid également de la valeur travail, qui ne devrait être qu'un moyen, mais qui est souvent reprise à leur compte par ceux qui profitent du travail des autres.
@SB: à mon humble avis, tout diplômé du bac général est sensé avoir les compétences pour enseigner en primaire. A mon sens, la formation post-bac n'a pour eux comme but que la pédagogie et des rafraîchissements dans les matières enseignées.
Je trouve affligeant qu'on en arrive à dire qu'il faut un bac+5 dans une matière pour l'enseigner au collège ou pire au primaire. On apprend si peu de choses avant, le niveau est si mauvais? Et dans ce cas, pour le premier cycle du supérieur, on demande quoi? doctorat + 10 ans d'expérience uniquement??
Mauvais article qui n'est pas au niveau du reste de ce blog. L'auteur se contente de son expérience personnelle ou de "on-dit" pour tirer des conclusions générales. On retrouve les poncifs habituels des brighellistes. Que vient faire cette prose sarkoziste dans l'Humanité ? Une visite sur le site du grand pédagoque Philippe Meirieu permettra à chacun de se faire une meilleure idée des problèmes actuels de l'éducation.
@Beber58: Pour pouvoir faire autre chose que se baser sur son expérience personnelle et celle de collègues, il faut des études sérieuses, menées scientifiquement avec tout ce que cela suppose (redressage de biais statistiques, etc.). En disposons-nous ?
(C'est un problème assez général : nous devons sans cesse prendre des décisions en se basant sur des éléments qui ne suffiraient pas à la rigueur scientifique...)
@Beber58 :
L'apprentissage de la lecture et des nombres, la formation des enseignants, l'absence d'étude sérieuse et la dévalorisation des diplômes me semblent être des problèmes majeurs de l'éducation, c'est bien ce dont parle cette tribune. Les réponses apportées sont certainement réactionnaires, mais les questions posées me paraissent plus pertinentes que celle des rythmes scolaires ou de la décentralisation qui semblent être le seul fruit de la réflexion de 10 années d'opposition socialiste.
S'il est vrai que dans beaucoup de cas nous ne disposons pas de critères scientifiquement rigoureux et qu'il faut quand même prendre des décisions, on essaye bien trop souvent à mon gout de nous faire avaler l'illusion de la scientificité.
J'ouvre Wikipedia à la page du "grand pédagogue Philippe Meirieu". Il y est question de "théories pédagogiques" mais rien qui y soit vraiment falsifiable... une théorie non falsifiable est en tout point isomorphe à la théorie "j'ai raison et tu as tort" et de ce fait ne nous avance à rien : indiscutable, invérifiable, impossible à améliorer.
Ensuite on nous énonce deux "postulats" : les élèves sont éducables mais libres d'en tirer ce que bon leur semble. Beau truisme apparemment "démontré" par Olivier Reboul.
Ensuite on nous détaille les querelles de chiffonniers avec Sauver les lettres ou Alain Finkielkraut, lesquels avancent des arguments tout aussi invérifiables : "c'est à cause de toi que le niveau baisse". Ben voyons... Aha ! Avec Finkielkraut ça a dégénéré en insultes suivies d'excuses publiques. Ça c'est la grande tradition philosophique française à l’œuvre.
Puis ça finit en discussion politique.
Et après nos "collègues" se demandent pourquoi on les considère comme des clowns. Leurs arguments, leurs admirateurs, même l'article de Wikipedia est futile.
Tout le monde le confirme, y compris chez les technos du ministère, il y a très peu d'études scientifiques sérieuses, portant sur des cohortes que l'on suit plusieurs années et que l'on compare (avec toutes les précautions à prendre) en France. Le nombre de sujets de thèses scientifiques sur l'éducation, la pédagogie, l'influence du nombre d'élèves par classe etc...est faible. En règle générale, toute expérimentation faite maison tentée au sein de l'éducation nationale est un succès. De ce point de vue, rien n'est vraiment falsifiable dans les sciences de l'éducation, en l'état actuel des choses. Mais rien n'indique qu'on ne puisse pas y remédier.
@beber58
" Mauvais article qui n'est pas au niveau du reste de ce blog. L'auteur se contente de son expérience personnelle ou de "on-dit" pour tirer des conclusions générales. "
Désolé, mais on fait tous comme ça dans le monde réel. Même les scientifiques. Même en sciences. Et ça marche très bien.
Ce n'est pas la peine de faire une pseudo étude où on va interroger des tas de gens qui risquent de faire les réponses politiquement correctes et non des réponses sincères.
Les on-dit sont très très fiables concernant le profs et les établissement scolaires. Ce qui dérange certainement les gauchistes qui refusent de voir la réalité.
" Que vient faire cette prose sarkoziste dans l'Humanité ? "
Que vient faire ce commentaire de petit gauchiste sectaire?
C'est ce genre de réflexion,
" Une visite sur le site du grand pédagoque Philippe Meirieu permettra à chacun de se faire une meilleure idée des problèmes actuels de l'éducation. "
Beaucoup de praticiens de l'enseignement considèrent que ce sont les théories "pédagogistes" de Meirieu sont la source idéologique des problèmes de l'éducation.
Vos pédagogistes seraient plus crédibles s'ils se coltinaient des élèves.
@simple-touriste:
MERCI!
je me suis tape l'iufm, et j'ai bien vu les peda-gogo comme on disait (et je serais pas surpirs que ce soit toujours le cas). Je n'ai rien a ajouté à la dernière phrase! Avez-vous fait du secondaire par hazard?
@nico@HOU
" Avez-vous fait du secondaire par hazard? "
Mon Dieu non!
J'ai été bien prévenu par mes parents... (surtout l'un d'eux)
Je pense que si je l'avais fait, ma famille m'aurait renié.
" il y a très peu d'études scientifiques sérieuses, portant sur des cohortes que l'on suit plusieurs années et que l'on compare "
Sans blague!
L'idée que le vaccin anti-grippe ne sert généralement à rien (sauf peut-être dans les maisons de retraite) et est souvent dangereux (surtout chez les personnes à qui on le recommande) commence à peine à percer dans la population (surtout la population médicale, remarquablement retardataire sur certaines connaissances scientifiques). Pourtant il n'y a eu aucune découverte récente sur le sujet. Il n'y a aucun piège. Aucune difficulté extraordinaire. Ce n'est pas de la science des trous noirs. Ce n'est pas de la théorie de la naissance de l'univers. C'est un truc qu'une partie (que personne n'est capable d'estimer) de la population attrape chaque année. C'est un truc pour lequel il y a un test fiable.
Et l'efficacité d'un vaccin c'est 1000 fois plus facile à standardiser, définir, évaluer qu'un enseignement!
Quand on arrivera à régler des questions médicales de façon claire et nette, on pourra commencer à parler d'évaluation scientifique de l'enseignement sans que je rigole.