Vous avez certainement lu dans les médias des tournures de phrases telles que « l'Université de Carnegie-Mellon vient de publier une étude », « un rapport de l'INSERM », « une étude du CNRS », ou encore des interrogations « pourquoi le CNRS ne fait-il pas plus de recherches sur l'impact des OGM ».

Pareilles formulations sont assez trompeuses. Elles accréditent l'idée que, dans ces organismes, la direction décide que l'on va faire des recherches sur tel ou tel sujet, et valide les rapports, études et autres publications, qui donc engagent l'organisme dans son ensemble. Ceci ne correspond pas au fonctionnement de la recherche de type « universitaire » (telle que pratiquée dans les universités, les grandes écoles et au CNRS, notamment).

En réalité, un chercheur universitaire

  1. ne reçoit pas d'ordres de sa direction sur les recherches à mener (principe d'indépendance des professeurs d'université); ceci est peut-être moins vrai pour des organismes tels que l'INRIA ou l'INRA, mais c'est en tout cas vrai pour les universités et le CNRS
  2. signe ses publications en son nom propre : même s'il met son affiliation (université, organisme), ses conclusions n'engagent que lui et sa réputation scientifique et non son employeur
  3. ne lui soumet pas ses publications pour approbation, sauf s'il s'agit de les faire reprendre comme avis officiels de l'organisme (jamais vu au CNRS, mais il semble que l'INSERM pratique « l'expertise collective »)
  4. doit trouver ses thèmes de recherche (ce qui implique un délicat exercice où il faut à la fois faire preuve d'originalité et ne pas paraître isolé ou obstiné sur une thématique minoritaire et sans issue)
  5. doit trouver son financement : un organisme comme le CNRS donne une « dotation » qui couvre (et souvent même ne couvre pas) les frais généraux de fonctionnement d'un laboratoire, à charge pour les chercheurs de démarcher des organismes tels que l'Agence nationale de la recherche (ANR) ou le Conseil européen de la recherche (ERC).

Ainsi, on dit que l'étude de Gilles-Éric Séralini sur les OGM a coûté 3 millions d'euros. À l'échelle de la recherche scientifique courante (*), c'est une somme énorme. Un organisme comme le CNRS n'a tout simplement pas la marge de manœuvre pour distribuer pareils financements !

Par ailleurs, il est absolument regrettable que la presse ait cette habitude d'évoquer des études, rapports et articles scientifiques sans en donner les références bibliographiques (titre, nom des auteurs, lien sur la publication). Ceci n'est respectueux ni des auteurs ni des lecteurs.

(*) J'exclus ici les grands équipements (accélérateurs de particule, etc.), et le spatial (qui relève en bonne partie du prestige), qui ont des modes de financement particuliers.