Guerre froide et programmation linéaire
Par David Monniaux le vendredi, mars 1 2013, 23:26 - Société - Lien permanent
La RAND Corporation était, dans les années 1950, le temple de la « recherche opérationnelle », c'est-à-dire de l'art de la science de prendre des problèmes d'optimisation (d'allocation de ressources, de placements de troupes, de circulations, etc.) et de les reformuler d'une façon qui permette leur résolution par ordinateur.
Ce qui est amusant, c'est que ces approches supposaient généralement un planificateur centralisé et omniscient. Or, à l'époque, c'est la guerre froide : on opposait la vitalité de l'économie de marché américaine à l'immoblisme du centralisme soviétique, et RAND était un think tank au service du Département de la Défense (et plus particulièrement de l'Armée de l'Air). Piquant de constater qu'on « vendait » aux militaires cette planification centralisée que l'on dénonçait dans l'économie !
Commentaires
Et en plus, il portait le nom d'une des libertariennes les plus célèbres et les plus féroces de l'époque, à croire que c'était fait exprès.
Typhon
L'optimisation linéaire (de l'époque des '50) passait par la mise en oeuvre du fameux "algorithme du simplexe" (de G.Dantzig).
Je vis cet algorithme en école d'ingénieur au siècle passé (souvenirs,souvenirs...).
Piquant de remarquer que vous utilisez vous-même le terme "think tank" (anglo-saxon) à la place du terme "laboratoire d'idées", tout de même plus parlant pour un français...
La culture américaine (et l' "American Way of Life" dont on nous a stratégiquement abreuvé depuis l'après-guerre) a aussi ("définitivement" ?) déteint sur vous (et sur notre pays ?).
Mais nos amis Russes sont là, également !
On peut se peut se demander s'il est possible d'obtenir la même qualité de solution avec des agents locaux prenant des décisions localement optimales. Le gars qui m'en a parlé à la machine à café m'a dit que dans certains cas on montrait que l'approche distribuée pouvait retrouver les optimaux de l'approche centralisée.
Mais en fait la propriété fondamentale pour les systèmes réels est la robustesse : tu ne veux pas un optimum très bon mais isolé si bien que dès que tu t’écartes du plan d'epsilon tu retombes dans de mauvaises solutions. La force des systèmes de décision distribués est qu'ils ont tendance à être plus robustes d’où l’intérêt pour la prise de décisions économiques.
Dans tous les cas, le paradoxe me semble peu évident : les militaires ont des besoins à court terme, peuvent suivre le plan plus rigoureusement, contrôlent tous les agents d’exécution et ont la capacité de recalculer en permanence. En économie on traite des problèmes d'horizon plus étendu, on ne sait pas qui sont les agents qui vont exécuter le plan et s'ils vont vraiment s'y tenir et on ne peut pas ajuster le plan en permanence.
Soit dit en passant, le problème de la robustesse a été attaqué avec des algorithmes centralisés depuis les années 50 (Wald, Savage) essentiellement en approche non-probabiliste (scénarios, multi-objectif, problèmes bi-niveau avec un adversaire contre lequel on joue, etc). Il y a eu un regain d’intérêt depuis les années 2000 en raison de l’amélioration des moteurs d'optimisation qui a permis d'une part l'essor des approches probabilistes beaucoup plus gourmandes (optimisation stochastique) et d'autre part l'optimisation de problèmes où l'incertitude est plus importante que par le passé et les horizons caractéristiques plus longs, par exemple la construction d'objets très complexes (avions) ou la construction d'usines qui vont elle mêmes construire des objets aux spécifications variables.
Question à un trillion d'euros :
Les agents économiques sont-ils modélisables?
Voir la polémique sur l'impact sur l'emploi de Free Mobile. Et en bonus, la 2-polémique sur l’étude "sans idéologie" de Bruno Deffains sur Free Mobile. (En 2-bonus, voir la 3-polémique sur la plainte de Xavier Niel concernant l’étude de Bruno Deffains sur Free Mobile.)
Mon avis : si on ne sait pas conclure, vraiment, clairement, définitivement et "sans idéologie", concernant un truc aussi simple que l'arrivée de Free Mobile, alors il faut arrêter de se la jouer avec la "science" économique. Cela voudrait dire qu'on ne sait RIEN.
Oui, mais les USA sortaient d'un conflit ayant mobilisé des effectifs considérables sur plusieurs théâtres d'opérations nécessitant une organisation centralisée pour optimiser l'allocation des ressources. Aujourd'hui, la guerre est furtive: utilisation des drones, des commandos, des cyberattaques, compatible avec une organisation en réseau et non en pyramide.
En fait pas si surprenant que ça. Dans une économie, on ne connait pas les préférences des agents et par conséquent quels biens produire. Une armée à un objectif bien précis auquel tous ses agents sont subordonnés : l'annihilation de l'adversaire. L'URSS était une vrai machine de guerre incapable de produire suffisamment de vivres pour ses habitants.
Au passage, plusieurs techniques d'optimisation, je pense aux travaux de Kantorovitch (corrigez moi si je me trompe) ont été produites en URSS
"Piquant de remarquer que vous utilisez vous-même le terme "think tank" (anglo-saxon) à la place du terme "laboratoire d'idées", tout de même plus parlant pour un français..."
Pour un français qui ne connait pas le domaine probablement...mais pour qui le connait cette remarque est pour le moins...étrange.
A trop vouloir défendre une langue n'importe quand et n'importe comment, on obtient une seule chose : elle crève à petit feu dans son coin.
"A trop vouloir défendre une langue n'importe quand et n'importe comment, on obtient une seule chose : elle crève à petit feu dans son coin."
@xavier:
Je défends naturellement la langue de Molière, vous attaquez avec un argumentaire relevant du "n'importe quoi" : on verra bien la résultante à très long terme...
J'ai vu au passage que les Canadiens (du Québec) utilisaient le mot "hambourgeois" à la place du "hamburger" : excellent !
Et voyez là ce tableau tellement banal ("mainstream" dirait-on ailleurs) et plus que cocasse :
<http://upload.wikimedia.org/wikiped...
Tout est dit !
@Fred le marin : la langue de Molière...l'expression me fait toujours rire. Si tu aimes le théâtre, dis plutôt que tu défends la langue de Yasmina Reza (par exemple). Sinon tu défends une étagère de musée que plus grand mon ne regarde...car bon...que vaut le théâtre de molière? Finalement pas grand chose. C'est par des hasards de histoire qu'il est devenu plus célèbre qu'un autre.
La dite langue de Molière a très bien su se nourrir d'influences diverses et variées pour donner celle de Reza. Laissons la évoluer en paix.
Jusqu'à nouvel ordre, le hamburger n'a pas été popularisé par la france...donc il n'y a aucune raison qu'on francise son nom.
Laissons les langues évoluer au rythme des usages et on verra bien ce que ça donne. Il y a aura des morts et des changements : "c'est la vie" comme disent beaucoup d'allemands.
Oh, Xavier, Molière sur une étagère de musée... même pour faire sortir le mataf de ses gonds... la langue de Molière a deux avantages: d'abord elle est belle, et elle donne la clé pour accéder à des beautés. D'autre part, elle est utile - j'entends par là qu'elle est, comme l'âge de la bonne du curé, canonique, facilitant la communication et évitant les emmerdes.
Mais justement non :)
La langue de Molière ne facilite plus la com de personne.
Un prof de lettres de fac se lamentais ainsi il y a qlqs années : "vous êtes la dernière génération à pouvoir lire Molière sans dictionnaire". Quand bien même se serait vrai, qu'est ce que ça peut foutre??
A l'agreg de grammaire, il y a une épreuve (option?) qui consiste iirc à traduire un texte en vieux frança/o/is en français moderne. Les langues évoluent...c'est évident mais peut être pas pour tout le monde quand on entend certaines réflexions. Qu'est ce que "l'ancien" français?
Une langue n'évolue pas car qlqs petits vieux changent deux trois règles sous un coupole une fois de temps en temps...non non. Une langue évolue par interaction entre ses locuteurs.
"la langue de Molière a deux avantages: d'abord elle est belle, et elle donne la clé pour accéder à des beautés."
bah...oui...comme toute langue. Merci de ne pas insulter tous les autres peuples du monde en sous entend que le français est plus beau ou qu'il a produit plus de beautés que n'importe quelle autre langue. Je n'apprécie pas la musique japonaise car je n'y comprends rien. J'en rate toutes les subtilités...mais je me garde bien de sous entendre que c'est de la merde sur 5notes.
Si on veut entendre un français qui sonne un peu comme l'ancien françois, il faut aller au Québec. Les locuteurs québécois ont garder ce coté "mélodique". Le frnaçais en france a évolué vers qqch de beaucoup plus plat musicalement parlant (sans aucun jugement de valeur).
@Xavier: je n'ai jamais prétendu que la culture française classique fût la seule qui méritât d'être connue. Je me félicite simplement d'avoir été familiarisé à Molière pour apprécier Racine et comprendre Pascal.
régis : à trop faire d'allusions on fini par être mal compris.
"D'autre part, elle est utile - j'entends par là qu'elle est, comme l'âge de la bonne du curé, canonique, facilitant la communication et évitant les emmerdes."
Ca c'était clair (beaucoup plus explicite que la france précédente). Tu dis que la langue de Molière est une langue : "facilitant la communication et évitant les emmerdes".
Je pense que non. Pas plus que le latin, le grec ancien ou le vieux français. Je pense que soutenir le contraire est de pédanterie mal placée (reste à savoir si la pédanterie bien placée existe :) )
"Dans tous les cas, le paradoxe me semble peu évident : les militaires ont des besoins à court terme, peuvent suivre le plan plus rigoureusement, contrôlent tous les agents d’exécution et ont la capacité de recalculer en permanence. "
Il y a du vrai, sauf que quelqu'un a dit une fois "un plan de bataille ne survit pas au premier coup de feu" (peut-être Napoléon). Donc l'application de ces méthodes n'est pas tant dans la stratégie ou les opérations militaires en elle-même, mais plus dans ce qui fait la force des américains (et a fait leur force pendant la 2nde Guerre Mondiale). Donc qu'ils aient développé ces outils n'est que pure logique. Après, le "scientisme" (au sens de cet optimisme un peu béat qui avait beaucoup court à la fin du XIXè qui faisait qu'on pensait que la science pouvait résoudre tous les problèmes) fait qu'on a longtemps cru que ça pouvait s'appliquer partout, de même que beaucoup croit que l'économie ce sont des formules de maths.