Journée de carence
Par David Monniaux le mardi, février 26 2013, 09:23 - Société - Lien permanent
Certains parlementaires de droite et de centre-droit, dont Jean Dionis du Séjour, s'opposent bruyamment à la suppression de la journée de carence dans la fonction publique. Examinons quels peuvent être leurs motifs.
Il semblerait choquant que l'on sanctionnât les travailleurs malades : on ne choisit pas d'attraper un virus, ou de se fouler une cheville ; c'est même une expérience plutôt désagréable et dont on se passerait bien, en général. Certains commentateurs se félicitent que la suppression du jour de carence ait pu diminuer les absences dans la fonction publique hospitalière : on ose pourtant espérer qu'ils n'encouragent pas les malades à venir travailler dans des hôpitaux, pour des raisons évidentes de salubrité publique.
S'il ne s'agit pas des malades, c'est qu'il s'agit d'absentéisme : de personnes qui pourraient travailler, mais à qui des médecins établissent des « arrêts-maladie », sinon pleinement de complaisance, du moins exagérant la gravité réelle du problème et l'incapacité à travailler. Autrement dit, il s'agit d'une faute ou du moins d'une erreur du médecin. Qui plus est, pour que les mesures évoquées aient un impact non négligeable, il faut que ces certificats de complaisance soient largement répandus, ce qui implique donc, toujours en admettant le raisonnement de ces parlementaires, que les comportements indélicats soient répandus dans la profession médicale.
J'ai cru comprendre que les médecins votent majoritairement à droite (mais peut-être est-ce un cliché). J'aimerais donc que les parlementaires de droite qui dénoncent l'absentéisme dans la fonction publique aient la franchise d'expliquer à cette partie de leur électorat qu'il y a chez eux beaucoup de laxistes, voire d'escrocs. Je me demande si cela aurait autant de succès que de blâmer « les fonctionnaires ».
Commentaires
1/Les médecins sont attirés par le centre-droit: ils ont beaucoup voté pour un Sarkozy libéral-conservateur en 2007 (48%) mais aussi Bayrou (29%), peu pour Royal (16%). Le cru conservateur Sarkozy 2012 les a moins séduits (36% d'intention chez les médecins libéraux en 03/12, contre 19% pour Bayrou et 26% pour Hollande)
2/La réduction de l'absentéisme par les jours de carence est chose prouvée
3/ Pourquoi 3 jours de carence dans le privé et 0 dans le public???
4/J'en viens aux arrêts-maladie non justifiés.
Il y a longtemps eu des médecins "fichés" comme prescripteurs abusifs de jours de repos, s'étant constitué une clientèle plus sur leur réputation de complaisance que de compétence. Ils sont identifiés, les caisses d'assurance maladie les sanctionnent. Je dirais qu'il est difficile de pratiquer un métier qui fait la part belle à la compassion et de jouer les gendarmes. Et ce n'est pas la mise en avant de l'éthique du care, substitut pédantesque du maternage, qui va améliorer la situation...
Un escroc
Régis
Pas convaincu par le raisonnement : en l'absence de donnees fiables, on peut tout aussi bien argumenter qu'il existe une minorite "d'escrocs" ou de maniere moins polemique de laxistes - disons au hasard 10% - dont les prescriptions injustifiees d'arret-maladie suffisent a impacter les comptes de maniere significative.
2) Je ne sais pas comment vous mesurez « l'absentéisme » pour « prouver » cela. S'il s'agit juste de constater que s'il y a une journée de carence, les gens vont plus au travail, cela ne prouve rien : peut-être que des gens vont au travail avec un état grippal (contaminant au passage leurs collègues, clients, élèves, patients, etc.) plutôt que de perdre de l'argent.
3) Il semble que dans une partie du privé, les conventions collectives etc. réduisent cette durée de carence.
4) Ce que je dis, c'est que l'absentéisme, au sens de prendre des congés-maladie sans qu'une maladie ne le justifie, n'est possible qu'avec la complaisance de certains médecins, et que si le phénomène est si général qu'on nous le dit, c'est que cette complaisance n'est pas rare.
Vous abondez dans ce sens. Vous allez même bien au delà : vous nous expliquez qu'il y a des médecins qui font cela parce que cette complaisance leur assure la fidélité d'une certaine clientèle... bref parce que cela leur rapporte !
Je m'étonne donc que les politiciens qui font campagne contre « l'absentéisme chez les fonctionnaires » ne mentionnent jamais ce problème au niveau des médecins. J'attribue cela au fait que les médecins font partie de leur électorat et qu'il faut donc les ménager.
@Observateur: 10%, c'est beaucoup ! Je n'imagine pas une seconde Jean Dionis prendre la parole et expliquer que 10% des médecins signent des arrêts de complaisance !
On a souvent des gens qui pourfendent l'égalitarisme mais ne peuvent s'empêcher de pointer les "avantages" d'une corporation, souvent les fonctionnaires (plus rarement les "inconvénients").
Il y a selon les chiffres de l'ordre de 50 à 66% des salariés du privé qui ont leurs jours de carence pris en charge par les entreprises... que fait-on dans leur cas? pour des raisons d'"égalitarisme", on demande qu'ils payent aussi?
" On a souvent des gens qui pourfendent l'égalitarisme mais ne peuvent s'empêcher de pointer les "avantages" d'une corporation, souvent les fonctionnaires "
J'ajoute que ceux qui font ça ne connaissent presque jamais les différents statuts des différentes fonctions publiques et leurs avantages ni leurs contraintes. D'où une critique d'une extrême médiocrité.
" Il y a selon les chiffres de l'ordre de 50 à 66% des salariés du privé qui ont leurs jours de carence pris en charge par les entreprises... que fait-on dans leur cas? "
Rien. C'est au patronat de faire quelque chose. Leurs salaires ne sont pas payés par les impôts!
@DM: je comprends d'autant moins votre raisonnement, Supposons des lors qu'il n'y ait que 5% de medecins laxistes, et qu'environ 60 % de ces medecins votent a droite. Sachant qu'il y a environ 100000 omnipraticiens (http://www.insee.fr/fr/themes/table...), le nombre reel de praticiens dont le comportement devierait significativement de leurs confreres en terme de prescription d'arret maladie, et qui de plus votent a droite, serait donc de l'ordre de 3000 medecins , soit environ 6 par circonscription. Insuffisant pour affirmer qu'il y a "beaucoup de laxistes, vore d'escrocs".
Plus generalement, il me semble qu'une autre hypothese est tout aussi raisonable: dans ce billet, vous etablissez une frontiere etanche entre l'etat malade / non malade. Or la frontiere n'est pas si etanche, et face a une demande accrue de jours d'arrets maladie de la part de leur patients, beaucoup de medecins - ni laxistes, ni escrocs - auront tendance a accorder plus de jours. Sachant que le nombre de fonctionnaires est important, de l'ordre de 20% de la population active si l'on compte fonction publique d'etat, fonction publique hospitaliere et collectives territoriales, l'effect est sans doute sensible statistiquement, et financierement !
Ou peut-etre les deux effets (medecins escrocs + demande accrue des patients) se combinent ils ?
@Observateur: Je suis assez d'accord que l'état de maladie n'est pas une quantité binaire.
Je pose une question simple : pourquoi M. Dionis du Séjour, et les autres personnes qui parlent de « l'absentéisme » dû aux arrêts-maladie abusifs, ne parlent-ils pas de ceux qui autorisent ces arrêts, à savoir les médecins ? En effet, ceux-ci sont au moins complice de ceux qui abusent réellement.
Mon hypothèse est non pas, comme vous semblez le supposer, qu'ils veulent éviter de s'aliéner la minorité de médecins qui abuse vraiment (comme vous le soulignez c'est peu plausible statistiquement), mais qu'ils veulent éviter de s'aliéner l'ensemble des médecins qui se sentiraient agressés et soupçonnés (il suffit de voir la réaction de Régis ici). N'oubliez pas d'ailleurs que quand on s'aliène une profession, on s'aliène non seulement les professionnels, mais aussi éventuellement leur entourage.
Il me semble plus facile pour un parlementaire de centre-droit de faire soupçonner les « fonctionnaires » (qui, dit-on, votent plutôt à gauche) que de faire soupçonner les médecins (qui votent au centre-droit).
Pourquoi est ce que personne ne se pose les autres questions qui vont avec:
Au dela des arguments de la droite, on ne peut pas dire que les socialistes ne font pas tout pour se faire reelire ou ne pas perdre aux procahines elections locales. Et si on depense 80 millions de plus dans le trou du budget de l'etat (ou 250 millions pour la reforme du rythme scolaire), alors qu'on demande beaucoup au reste de la population, ce n'est qu'un investissement pour eux. Il semble que l'hypocrisie de droite ou de gauche soit au moins sur ce point equivalente. Loin de moi de les renvoyer dos a dos, mais toutes ses postures ne sont que des signaux d'appels et confondre ces signaux avec l'interet commun me semble naif.
Ce n'est pas un problème de médecins laxistes, plutôt maximalistes. Qui ne s'est jamais fait prescrire trois jours de repos et trois médicaments pour un rhume?
Pour un médecin, l'arrêt maladie dure jusqu'à ce que le patient soit totalement guéri. Beaucoup de gens, au contraire, préfèrent aller travailler, même s'ils sont encore un peu malades. Soit à cause de cette journée de carence, soit par "conscience professionnelle", soit simplement parce qu'il faudra rattraper le travail d'une façon ou d'une autre.
Les gens font des compromis entre leur vie de tous les jours et leur santé. Faut-il s'étonner qu'un médecin ne se préoccupe que de la santé?
Quant à l'argument de la contamination, on ne met pas les gens en quarantaine pour de la toux, un rhume ou une grippe. Sauf peut-être à l'hôpital, et encore, les masques ça existe.