J'avoue ne pas avoir lu les articles de presse relatant les « bonnes feuilles » de l'ouvrage de Marcela Iacub, relatant sa relation avec Dominique Strauss-Kahn et motivant le qualificatif de « cochon » qu'elle lui applique, et encore moins le livre dont la presse se fait ainsi le publicitaire.

J'avoue également que c'est à l'occasion de cette affaire que j'ai entendu parler de Mme Iacub pour la première fois. J'ai notamment été intrigué par sa description comme une « juriste » et « chercheuse ». J'ai, je l'avoue, un vice : quand des médias qualifient quelqu'un de « chercheur » j'ai le réflexe d'aller voir où et sous quel statut... La consultation de l'annuaire du CNRS m'a montré que Mme Iacub est une collègue, puisqu'elle est directrice de recherche (DR) dans cette estimable institution.

Qui dit chercheur dit recherche et publications de recherche. J'ai trouvé la page de son laboratoire et ai cherché une éventuelle page personnelle (il est courant, en sciences exactes, que les chercheurs aient une page recensant leurs thématiques, projets, publications). J'ai découvert avec une certaine stupeur que le lien proposé pointe sur une page de description de Mme Iacub sur le site des éditions Fayard (je suppose que Fayard est son éditeur attitré).

Je l'avoue, je suis choqué. Loin de moi l'idée qu'un chercheur, surtout en science humaines et sociales, ne puisse écrire des livres, y compris des livres sans caractère scientifique ou de vulgarisation — quoique je sois parfois surpris de l'abondance des participations de certains à des activités extra-scientifiques, au regard des emplois du temps très remplis qui sont la norme chez les DR et les enseignants-chercheurs qui m'entourent (entre articles et projets à écrire et à évaluer, doctorants et post-doctorants à encadrer, recherche personnelle et cours et présentations diverses à préparer, on se demande où il y aurait du temps pour courir les plateaux TV ou écrire des livres extra-scientifiques). Il me semble toutefois qu'il y a un mélange des genres à ce qu'un laboratoire renvoie directement, pour présenter un de ses chercheurs, au site d'un éditeur de livres.

C'est un principe constitutionnel qu'en France les citoyens ont le droit de demander compte aux agents publics de leur activités. Si, bien entendu, il serait impossible de gérer la possibilité pour chaque citoyen de demande à chaque fonctionnaire un compte-rendu détaillé de ses activités, on peut néanmoins concevoir que chaque chercheur publie, au moins dans ses grandes lignes, ses activités scientifiques (voire mette ses articles sur une archive ouverte en ligne telle que HAL).

Non seulement la page auquel renvoie le laboratoire de ma collègue Marcela Iacub est hébergée chez un éditeur privé, mais il semble (du moins d'après les titres et les résumés) qu'une partie significative des ouvrages qui y sont rencensés ne relèvent pas d'un travail scientifique (histoire du droit, par exemple), mais d'essais sociétaux. Il m'est donc même impossible de savoir en quoi consiste son travail.

(Ce serait un peu comme si mon laboratoire pointait pour moi chez une page hébergée par Wikimédia France, où j'aurais répertorié divers textes que j'aurais écrit sur le droit d'auteur, Internet, la responsabilité des hébergeurs, Wikipédia et le journalisme, et nulle part mes publications professionnelles dans le domaine de la vérification formelle de logiciels et sujets connexes.)