En des temps reculés et, dit-on, plus primitifs, on pouvait faire la preuve de sa bonne foi par l'« ordalie » ou « jugement de Dieu », consistant notamment en actions exigeant de la partie de l'accusé à la fois sang-froid et résistance à la douleur et dont la conclusion était largement fonction de son état de santé ; on considérait que le succès à pareilles épreuves était la preuve de la protection divine et donc de la bonne foi. On a par ailleurs glorifié le sacrifice de martyrs et de pénitents se soumettant à des tortures : leur courage et leur résistance étaient signes qu'ils détenaient la vérité face à leur tourmenteurs et qu'ils défendaient une cause juste.

En nos temps réputés plus éclairés, nous nous gaussons généralement de pareille prétention de peser l'innocence ou la culpabilité, la raison ou la déraison, la justice ou l'injustice suivant la résistance physique, le courage et les capacités de cicatrisation. Et pourtant...

Nous venons d'assister à un phénomène médiatique qui, il me semble, relève du même principe, bien que fortement atténué (nous sommes au XXIe siècle en Occident, dans une civilisation du confort). Un homme a voulu démontrer son innocence et la justesse de sa cause « masculiniste » en se retranchant en haut d'une grue. Pourtant, objectivement, pareille action démontre seulement son désespoir et sa résistance au vertige.