La crise de la profession de photographe
Par David Monniaux le mardi, février 19 2013, 16:12 - Société - Lien permanent
La profession de photographe est en crise. La faute, dit-on, aux amateurs qui mettent leurs photos en ligne (ainsi qu'aux grandes agences qui imposent des conditions léonines ?).
L'avènement du numérique a transformé la photographie. Auparavant, il était coûteux de réaliser de nombreux clichés ; maintenant, c'est bon marché. Faire une photographie c'était faire un saut dans l'aveugle, avec le risque de découvrir au moment du tirage que le cliché était mauvais ; maintenant, on peut immédiatement contrôler. Des « bridges » assez bon marché permettent des réglages disponibles naguère uniquement sur des « réflex » plus coûteux et encombrants. Bref, l'amateur « familial » est actuellement en position de faire des clichés naguère hors de sa portée (même s'il ne peut, bien sûr, pas rivaliser avec un professionnel doté d'éclairages, de boîtes de maquillage, etc.).
Que l'on me permette deux parallèles. Il fut un temps où conduire une automobile était malaisé (démarrage à la manivelle, vitesses non synchronisées, direction non assistée, nécessité de savoir réparer soi-même certaines pannes...), et le coût des engins les réservait aux couches les plus aisées de la société. Il était alors courant d'employer un chauffeur. De nos jours, les automobiles sont fiables, leur conduite ne nécessite ni force physique ni la maîtrise d'enchaînements délicats (tels que le double débrayage), et la quasi totalité des usagers de l'automobile (si l'on omet les clients de taxis) n'emploient plus de chauffeur.
Il y a 40 ans, on employaient des « dactylos », professionnelles spécialisées dans l'usage de la machine à écrire. Ces engins, en effet, pardonnaient peu l'erreur et savoir taper rapidement avec un faible taux de fautes nécessitait un important apprentissage. Depuis, avec les traitements de texte, qui permettent tous les repentirs et corrections, il est très rare qu'un cadre rédige à la main ou dicte un courrier au lieu de le taper lui-même.
Je n'ai pourtant lu personne déplorer la fin des chauffeurs de maître et des dactylos.
PS Il y a 50 ans, si on voulait trier une table et faire quelques calculs dessus, il fallait soit le faire à la main (avec éventuellement une calculatrice électromécanique ou une règle à calcul) soit le confier à du personnel spécialisé qui allait faire un programme informatique en COBOL. De nos jours, une secrétaire peut faire cela directement dans Excel. On n'a pas supprimé les programmeurs, ni même les programmeurs COBOL, mais on n'a plus besoin de faire appel à eux pour de nombreuses action tout-venant.
Commentaires
Je répète ici ce que j'ai dit ailleurs :
La profession de photographe ne se résume pas à la possession de bon matériel et au fait de savoir cadrer.
Si des amateurs, même éclairés, sont en mesure de faire concurrence à des photographes professionnels, ces derniers doivent se reconvertir.
Typhon
Dans le cas de la photo, il y a plus de chances que la profession survive (quoi que, les chauffeurs sont devenus taxi, les dactylos sont devenues secrétaires, et il y en a encore) car il y a une valeur ajoutée à la photographie que l'individu lambda ne peut se payer. C'est le cas par exemple de la photographie artistique. C'est également le cas (*sigh*) des photographies de célébrités, qui ne sont pas accessible à monsieur tout le monde. Mais il est certain que la technologie va réduire significativement le nombre de professionnels de la photo.
Si je peux me permettre, le problème est un peu similaire avec la presse. Si la presse écrite était autrefois le seul moyen de propager l'information en masse, il est devenu aisé pour tous de fournir des informations factuelles et simples ("il parait que..." "j'ai vu ceci ..."), c'est à dire les informations "temps réel" qui fleurisses sur les sites de presse. En revanche, la prise de distance, l'analyse et la synthèse nécessitent des compétences qui ne sont pas forcément communes (et des efforts qu beaucoup n'ont pas le courage de faire), qui laissent, la encore, une place aux professionnels de l'information. Encore faut-ils qu'ils aient envie de l'occuper, au lieu de simplement pleurer devant la "concurrence du web" et le "tous journaliste".
Entièrement d'accord avec Typhon. Pour avoir du "bon" matériel photo (pas pro, mais quand même) je confirme que faire des bonnes photos c'est vraiment un métier! Il y a bien sur eu une évolution technologique et ce qui se faisait jadis dans la chambre noire relève maintenant de logiciels comme photoshop, mais même en maitrisant les retouches, une photo mal cadrée ou avec une mise au point loupée n'est pas rattrapable.
@Aisling, Typhon: Certes, il ne suffit pas d'avoir un matériel performant, et, certes, faire des photographies artistiques demande bien plus que d'installer un appareil et savoir vaguement cadrer (il faut composer une scène, etc.). Toutefois, quelle proportion de la photographie professionnelle relève réellement de la photographie artistique, créative, et quelle proportion relève d'un travail technique, voire, avec les appareils modernes, d'une technique simple et à la portée du particulier ?
Prenons un exemple concret : la photographie de monuments pour les cartes postales. Le plus souvent, il s'agit de prendre un angle de vue « canonique » (on prend une façade de face, par exemple), par beau temps mais pas en contre-jour, et à un horaire où il y a peu de badauds (et encore, de nos jours il semble que l'on puisse faire disparaître numériquement ceux-ci). Où est la créativité ?
Un autre exemple : la photographie de mariage ou autres groupes. C'est faire rentrer tout le monde dans le cadre les petits devant les grands derrière...
Je dirais que l'article autant que le premier commentaire sont trop tranchés, car le mot « photographe » couvre un intervalle trop large d'activités. Autant le progrès technique rend l'aspect technique (et matériel) de la photographie à portée de tous, autant l'aspect artistique reste confinés aux photographes talentueux.
Les gens qui n'ont rien à apporter artistiquement, et dont le métier n'était que la mise à disposition de la technique, se trouvent effectivement obsolète comme les chauffeurs et les dactylo' évoqués. Et moi non plus je ne trouve pas que ce soit un mal.
À l'inverse, les gens qui ont un talent artistique en photo gardent une place inaccessible aux amateurs de base (quoique la frontière entre les deux catégories soit plutôt floue, comme pour les musiciens non-star), et ça me peinerait beaucoup de voir ce talent être étouffé (même s'il me semble que je n'arrive pas (encore ?) à l'apprécier pleinement). Par contre ça ne veut pas dire que tout aille bien pour eux, car non seulement leur nombre grandit grâce à l'abaissement du seuil technique et économique (et je trouve que c'est une bonne chose), mais en plus la demande diminue à cause de la tendance générale à prendre les clients pour des veaux et à laisser des gens incapables de faire la différence résoudre les problèmes économiques du moment.
@Natacha: Attention au procédé rhétorique consistant à dissimuler la masse du tout-venant derrière une minorité. :-)
Ceci me rappelle une discussion entre Mathieu Pérona et Jean-Noël Lafargue : ce dernier lui parlait de petits éditeurs artisanaux publiant des œuvres littéraires, et le premier faisait remarquer que tant en volume qu'en chiffre d'affaires ceux-ci sont ultra-minoritaire et que la masse des livres ne relève pas de ce cas.
Il me semblait au contraire avoir fait de mon mieux pour distinguer la masse de la minorité. Ai-je mal compris ou ai-je été mal comprise ?
OMG,
1/ non, faire de la photo ne se résume par à faire clic clac kodak.
2/ et non, la photo ne se résume pas à prendre l'arc de triomphe de face à 6 du mat quand il n'y a personne.
3/ Non, une photo de mariage, c'est très très loin de faire juste "renter tout le monde dans le cadre".
Deux des raisons principales :
- 1/ un niveau dans l'ensemble assez moyen est demandé et aujourd'hui, beaucoup de monde sait atteindre ce niveau. Donc le prix baisse (typiquement de la photo de concert etc...). bref, l'offre.
- 2/ avec la démocratisation du numérique, on peut accéder à beaucoup de clichés instantanément, et de fait, le niveau a naturellement monté pour devenir meilleur. Mais pour ceux qui n'ont pas besoin de juger (le lecteur de paris match), le gros du peloton, sait faire ces photos et elles sont suffisantes pour le public. bref, la demande.
Pour le reste, je puis t'assurer qu'une photo, c'est bien 10 à 15 paramètres à prendre en compte simultanément, et qu'il y a aussi ce petit truc en plus qui fait que certains seront toujours au dessus du lot.
@David:
Et non, la photo de mariage, ce n'est pas que faire rentrer tout le monde dans le cadre, c'est aussi chercher les "instants décisifs" qui différencient une photo, chercher les angles et cadrages originaux. Après, on peut ne vouloir que des photos basiques, mais des photos prises avec talent, ça a quand même plus de gueule.
Après, des amateurs peuvent avoir le talent et le matos, par contre, est-ce qu'ils auront la démarche et la discipline (ie être à l'affût de ces instants et des bonnes photos), c'est moins sûr, car du coup tu profites beaucoup moins de la fête...
@nonolerouje: Encore une fois, tu évoques un travail particulièrement soigné. Est-ce que c'est cela qui était produit, la plupart du temps ?
J'ai vu des photographies professionnelles très soignées (p.ex. en style Harcourt), j'en ai vu franchement tout-venant. Ce que je dis, c'est que le marché pour le second type se fait manger par les amateurs.
Qu'entends tu par "photographe"?
L'artiste qui sait faire une photo de famille qui ressemble un peu à qqch ou la personne qui vendait des pelloches et vend maintenant des cartes SD?
Qui déplore la fin de la vente de pellicules
ps : le cas kodak est un cas d'école du "CEO qui ne fait rien". Aucun mouvement stratégique de ce grand groupe pendant Xans, une poule aux oeufs d'or qui devient obsolète et PAF.
En tant que consultante en communication et notamment édition et petite amie d'un photographe professionnel les causes de la paupérisation du métier sont plus complexes.
Sur la technique
Le numérique a rendu l'apprentissage de la photo bien moins cher, car la gâche (les photos ratées pendant la phase d'apprentissage ne coute rien en numérique), donc une 1ere barrière absolument énorme tombe tombe. Conjugué avec le fait que de + en + de jeunes veulent embrasser une carrière artistique, on a un marché saturé de jeunes prêts à casser les prix.
On a aussi l'arrivée des plates-formes genre fotolia ou tu achètes de photos bof bof à 5 euros, mises en vente par de amateurs éclairés qui n'ont donc pas besoin de ca pour vivre et en font un complément, et bradent le métier. Conjugué à une perte de culture et d'exigence visuelle, ca fait que mes clients me demandent d'acheter des images d'illustration sur fotolia pour leur brochures et autres éditions non prestigieuses, au lieu de commander une prise de vue.
On a des clients qui croient que comme c'est numérique c'est fait en un clin d'oeil et que ca coute - cher because plus de développement, MAIS un boitier numérique à 2000 € est obsolète en 3/4 ans, tandis que le Leica de mon copain à 20 ans et toutes ses dents.
Les photographe font la post prod numérique, au même prix qu'avant, aloris que la post prod était faite en labo.
Voilà en gros les causes de la paupérisation.
Mais effectivement qu'est-ce qu'un photographe ? Il y a plein de spécialités : mode, packaging, institutionnel, presse, photoreporters...
Sur la maitrise technique :
elle n'est rien sans un regard pertinent, affuté, spécifique, une sensibilité... et ca vaut des sujets sur lesquels on ne l'imaginerait pas
elle nécessite d'être très poussée sur des sujets apparement simples. je me rappelle avoir envoyé à 1 client une photo du dispositif de réflecteurs, 7 flashes, brise lumières nécessaire à sa prise de vue de produits très brillants générant des reflets, il pensait qu'il suffisait de poser les objets et d'appuyer sur le bouton...
Ah ben puisqu'on fait dans l'argument d’autorité...
En tant que beau neveu d'un photographe suffisamment reconnu pour être dans Wikipedia et neveu d'une éditrice de livres de photographie suffisamment reconnue pour être elle aussi dans Wikipedia je peux témoigner qu'en fait c'est très simple...
En photographie, comme pour le vin, le prix croit exponentiellement avec la qualité, et le commun des mortels n'a pas la formation nécessaire pour apprécier la différence. Il suffit de voir tous les gens ravis avec leurs photos de vacances coupées à la ceinture et leur tête en plein milieu... bref, aucun sens de la composition photographique. Pourtant on apprend cela en arts plastiques au collège.
Les appareils numériques ont permis de donner aux gens ce qu'ils voulaient : des photos assez mauvaises pour pas cher. Ils obligent en même temps les professionnels à se spécialiser (photographie alimentaire, pour illustrations techniques ou publicitaires), à se frotter au difficile marché de la photographie artistique ou à combiner leurs photographies avec d'autres éléments pour en faire un paquet dont la valeur ajoutée est mieux comprise par le public, par exemple des livres thématiques ("L’Himalaya", "les pyramides d’Égypte", etc.)
Le cas est similaire a la disparition des portraits peints. Personne ne s'en plait que je sache et la peinture n'a pas disparu pour autant. Et tu as même des portraitistes numériques comme Cali Rezo maintenant (www.calirezo.com) ce qui démontre bien que la technologie n'y est fondamentalement pour rien.
Dernier commentaire, les photos des "amateurs familiaux" sont en général nulles, non pas en raison de leur matériel moins perfectionné ou l'absence d’éclairage ou de maquillage, mais simplement parce qu'ils ignorent a peu près tout en composition photographique. C'est un peu comme comparer le site web fait par un graphiste et celui fait par un papa pour mettre les photos de son premier gamin. Tu peux donner des logiciels de pro au second, ça ne sera pas mieux.
@Emma : Les images de stock comme fotolia sont faites par des professionnels et la démonstration est facile, je vais dans les bestsellers de fotolia et dans la première ligne je trouve ceci (http://fr.fotolia.com/id/46752454). C'est de toute évidence une photo faite par un professionnel : pose, cadrage, profondeur de champ. Dans ce cas ci, l'image provient du studio Minerva (http://www.minervastudio.it/)
Tu as le droit de mépriser ce professionnel car il fait des photos de stock et non pas des photos d'art et de l'appeler djeunz sans ambition artistique prêt à casser le marché mais ça n'en fait pas moins un professionnel.
Ensuite tes clients ont tout à fait raison de vouloir des images de stock pour leurs brochures : leurs propres clients ne feront pas la différence, alors pourquoi payer plus cher ? Oui, tu peux aussi insulter tes clients en invoquant la perte de la culture visuelle et de l'exigence de la qualité...
Ah le Leica vieux de 20 ans qui permet l'expression de la véritable sensibilité et la pertinence du regard. Les 95% des photographes qui n'utilisent pas des Leica, ça doit être des pèquenauds insensibles, bucherons reconvertis à la photographie à cause de l'ordinateur qui a détruit la culture du livre et leurs emplois si bien qu'ils sont obligés de venir voler le pain des autres. Sans compter le complot des industriels qui programment l'obsolescence de leurs matériel pour forcer les pauvres photographes a renouveler au prix fort leurs boitiers. Heureusement qu'il y a Leica !
@Couard: Donc en effet, la technologie plus pratique d'utilisation leur donne le niveau de qualité qu'ils réclament effectivement.
De la même façon que je serais certainement mieux conduit par un chauffeur professionnel dans une bonne berline, mais c'est bien meilleur marché que je conduise moi-même.
Les "élites" crient au crime dès que la technologie démocratise un privilège qui leur était exclusif en raison de coût.
Les appareils numériques permettent à tout le monde d'avoir des souvenirs de vacances. Les photos de stock permettent à toutes les entreprises d'avoir une brochure. Wikipedia permet à tout le monde d'avoir accès à une encyclopédie. C'est sans discussion possible un progrès.
Par peur du déclassement, les "élites" inventent alors tout un tas d'excuses qui vont du dénigrement ouvert et infondé, aux argument de "perte de qualité" sans pertinence.
On est en droit au demeurant de se demander comment des individus qui n'arrivent pas à s'adapter aux évolutions technologiques s'imaginent faire partie de l’élite... Je me couvrirais instantanément de ridicule si je me mettais à expliquer devant mes pairs que j'ai été paupérisé par l’arrivée de djeunz désœuvrées sur le marché, de nouveaux modèles d'ordinateur et qu'il n'y a que ma machine vieille de 20 ans qui permettait l'expression de la vraie créativité.
Bref... sauf à avoir besoin d'un chauffeur entraîné à réagir en cas d'attentat, conduire soi même sa voiture ça marche très bien et ça permet à tout le monde d'en avoir une. Ce qui est un progrès.
Tout ça me rappelle la grande pétition des vendeurs de chandelle pour interdire le soleil, qui leur fait une concurrence déloyale en brillant gratuitement toute la journée.
http://bastiat.org/fr/petition.html
Pourtant, si les photographes se plaignent, c'est qu'on leur a dit il y a 30 ans "choisis une profession et exerce là avec talent, ou crève de faim", ils ont choisi photographe en jouant selon les règles du jeu. Ensuite, les règles du jeu ont changé, finalement photographe c'est moins un gagne pain que prévu.
Alors ils sont pas contents. Les politiques comprennent pourquoi. On est tentés, en France notamment, de réagir en créant des systèmes de redistribution un peu alambiqués, du genre "les mairies sont obligées de faire faire une fois par an une photo de monsieur le maire par un photographe identifié officiellement comme un type qui fait cette profession à temps plein". Là j'invente, mais David s'amuse (?) souvent de ce genre de règles qui existent vraiment en France.
Ce genre de combines est pas trop inefficace dans son objectif de redistribution (donner à manger à une population identifiée) mais grippe complètement par ailleurs tout le reste du système économique, en s'inventant tout un tas de contraintes qui font chier plein de gens.
Pourtant, la capacité de notre savoir-faire à produire un salaire peut être potentiellement remise en question, qu'on soit photographe ou avocat spécialiste (voyez comment des logiciels automatisent la tâche de certain domaines du droit). Du coup plutôt que s'occuper des cas particuliers des vendeurs de chandelles ou des photographes, ce qu'on pourrait faire, c'est garantir un revenu d'existence à tout le monde, qui soit versé qu'on soit photographe, vendeur de chandelle, ou autre.
Sans le stress de devoir absolument maitriser un savoir faire pour avoir la possibilité de subsister, il devient beaucoup plus facile d'exiger des gens, individuellement, qu'ils s'adaptent aux impitoyables transformation des règles du jeu (qui sont un progrès pour la collectivité tout en menaçant leur situation personnelle) sans venir se plaindre.
@Couard Anonyme: une suggestion: on appelle en France, et à tort selon moi, "élite" les oligarques.
Ils ne sont pas caractérisés par des compétences quelconques, mais par une position sociale.
Après, le mythe de la "méritocratie" à la Française est tellement ancré dans les esprits, qu'il est passé dans l'usage courant de désigner la position d'oligarque, par le mot qui fait référence à la qualité ("élite") que ces messieurs sont censés avoir.
@avs: Oh, il n'y a pas qu'en France. Dans divers états fédérés des États-Unis d'Amérique, par exemple l'Oregon, le service par pompiste est obligatoire. Ceci garantit l'existence d'emplois non qualifiés assez nombreux.
(Bien entendu, ceci n'est pas différent, d'un certain point de vue, de mettre une taxe sur les carburants et d'en affecter le produit à payer des chômeurs, si ce n'est que dans une certaine éthique, il faut mieux avoir un emploi inutile que d'être oisif.)
@David Monniaux: c'est très différent, je trouve. Le mec qu'est pompiste, si il touchait un revenu de base sans qu'on l'oblige a être pompiste pour toucher son gagne pain, il pourrait utiliser le temps ainsi économisé à faire quelque chose de plus productif.
Même une autre activité salariée peu qualifiée qui créé un plus grand service pour son financeur, comme faire le plein pour les clients qui le souhaitent, mais pas ce pressés qui préfèrent le faire eux même.
ou du coup aller au collège, être cuistot.
ou jardiner bénévolement dans son quartier. Ou s'occuper de sa mère qui se fait vieille.
pensez y la prochaine fois que vous tomber sur un guichetier ou un administrateur qui vous agace et dont vous trouvez que le travaille serait plus utilment remplit par un formulaire en ligne. ne préferiez vous aps continuer de les payer (souvent c'est vous qui les payez) tout en ne leur demandant pas de vous compliquer la vie?
c'est l'idée de l'allocation universelle. ça vaut vraiment le coup d'y réfléchir. enfin, je trouve.
et ce serait aussi beaucoup plus juste, dans l'état fédéré en question, pour le mec au chômage qui n'est pas pompiste, mais qui du coup n'a pas d'argent du tout.
Heuu couard anonyme, il ne faut pas surinterpéter mes propos, qui sont certes un peu trop tranchés et surtout trop résumés. Je ne me plains pas de l'évolution de la photo, je constate des choses et explique ce qui a amené le métier à se paupériser. Et en tant que professionnelle je trouve dommage que pour des économies marginales on fasse du moins bon et beau travail, en plus vu que nous ous payons sur nos honoraires et pas sur les frais techniques, que la photo coute 5 € ou 500, je gagne pareil, mais je préfère produire du beau. D'autant + que mes clients ne sont pas des petites boites, ils ont les moyens.
Et je n'ai jamais dit que l'abaissement du prix de revient était une mauvaise chose, jamais,
Ni je n'ai dit que seul le Leica permet une vraie créativité, c'est idiot, la créativité réside dans la qualité du regard, la machine ne fait que donner + de possibilité ou de performance, une tanche avec un Leica ne fera rien de bien.
Au contraire, la démocratisation permet un accès à plus de gens, permet de révéler de nouveaux talents, bref loin de moi ou de mon copain cette vision passéiste, j'ai du être très maladroite dans mon expression, désolée, ce n'état pas du tout ce que je voulais exprimer.
Pour le matériel, mon mec travaille en pro/commercial avec son numérique, le Leica n'est là que pour ses travaux perso. J'aurais du dire que son 1er réflex pro lui a fait 10 ans, pour un prix d'achat inférieur tandis qu'un numérique se remplace tous les 3/4 ans.
Et je n'ai jamais dit que les fabricants faisaient de l'obsolescence programmée, c'est juste que la technologie évolue, il faut la suivre et ça a un cout que les clients refusent de considérer point barre, pensant que que l'absence de développement tirage fait baisser le prix de revient alors que c'est faux, sans compter l'équipement informatique et logiciel.
Pour les fotolia, dans le cas de la photo que vous citez, il s'agit effectivement d'une photo pro, car les agences y soldent leurs vielles collections, d'ailleurs il a un moment que je n'y était pas allé et cette tendance a vraiment pris le dessus, c'est de meilleure qualité, parce que y'a 3 ans c'était terrible.
Sur les photos de stock, je ne critique pas, c'est très utile, mais ces braderies à 5 €, c'est suicidaire, pour les photographes qui acceptent ça, c'est scier la branche de la profession pour du profit court-termiste.
Et franchement pour avoir conseillé des clients de faire un reportage au sein de leurs équipes pour avoir des photos de vraies gens, dans des bureaux, au téléphone... plutôt que ces photos de banques d'image totalement artificielles, le résultant vaut vraiment l'investissement 2 fois supérieur, ce qui au regard du cout global d'un projet reste finalement marginal.
Et pour l'absence de culture et d'exigence visuelle, c'est une réalité en France, on a pas de culture graphique, donc pas conscience de la nécessité de payer, que ce soit pour de la photo ou de la direction artistique. Il suffit de voir la nullité crasse des maquettes et de l'iconographie des mags tels que l'Express ou le Nouvel Obs.
Sinon le métier évolue, et la facilité des outils met effectivement au chômage les moins compétents et demande aux autres de vraiment proposer un point de vue. C'est comme ça et certes il n'y a pas lieu de se livrer à des combats d'arrière garde.
En revanche l'arrivée de jeunes qui cassent les prix dans une vision à court terme, est une vraie menace et un facteur de paupérisation. Paupérisation dont seuls sortiront gagnants les donneurs d'ordre qui verront leurs couts de production baisser. Vous criez victoire, mais je dis dommage que les professions artistiques fassent les frais de l'optimisation de la marge des donneurs d'ordre.
Et je rajouterais que au dela des prises de vue plus packagins/mise en situation, le travail institutionnel de brochure, rapport annuel, site internet a besoin d'exigence, de singularité, de talent, et d'un regard spécifique.
Sinon on en arrive à une sorte d'uniformité visuelle sans aspérité ni intérêt.
Bon après ce n'est que de la communication ou de la pub ;-), on est d'accord.
Ahh et j'oubliais de préciser qu'en fait ma réponse était plutot une réaction à cette phrase du post, mais que je suis partie sur autre chose
"Bref, l'amateur « familial » est actuellement en position de faire des clichés naguère hors de sa portée (même s'il ne peut, bien sûr, pas rivaliser avec un professionnel doté d'éclairages, de boîtes de maquillage, etc.)."
je crois que vous vous méprenez vraiment, ce qui fait que l'amateur ne peut en général pas rivaliser, ce n'est pas parce que le pro a des éclairages, des maquillages... ça c'est partie technique finalement maitrisable si on se donne la peine, ce qui fait la différence c'est la singularité du regard, a début je me demandais toujours ce que copain pouvait bien trouver d'intéressant à photographier dans la rue, dans des endroits improbables, mais effectivement ça fait de très belles photos, c'est son regard sur le monde, sur les gens, c'est cette capacité à voir des choses que d'autres ne verront pas. Et ce se traduit dans les travaux de commande qu'il réalise.
Quoi que, la partie technique est un savoir faire au même titre qu'un savoir faire d'artisan, et un savoir faire ça se paye
Or le problème est que les clients ont l'impression que la numérisation a annihilé tout savoir faire technique, donc ils ne veulent plus le payer à son juste prix.
Or cette numérisation ne fait que faciliter et rendre moins chère l'acquisition de ce savoir faire. Toujours cette histoire de gâche papier qui n'existe plus et la possibilité de corriger de suite son travail avec la vision sur écran direct, accélérant ainsi l'apprentissage.
Et pour les mariages, honnêtement un bon photographe permettrait de faire de belles choses, personnelles, non ringardes, mais la profession a été squattée par des gens qui auraient mieux fait de faire un autre métier.
Voilà par exemples des photographes de mariage qui font de jolies choses, après on aime ou on aime pas leur style un peu beaucoup bobo :
http://www.marionhphotography.com/
http://anneclairebrun.com/blog/cate...
"Toutefois, quelle proportion de la photographie professionnelle relève réellement de la photographie artistique, créative, et quelle proportion relève d'un travail technique, voire, avec les appareils modernes, d'une technique simple et à la portée du particulier ?"
Justement, pourquoi refuser de rémunérer la partie technique des savoir faire ? Que je sache , avec les peintures modernes, tout le monde en s'exerçant est capable de peindre son appart, et pourtant on estime pas que la profession n'a plus à être rémunérée.
Idem pour le photographe, dont la prestation n'est logiquement pas rémunérée au même tarif horaire/ de prise de vue selon que c'est par ex du packaging ou du reportage, du portrait...
Quoi que pour le portrait, savoir ne mobiliser un PDG que 20 minutes pour avoir une belle photo, c'est un savoir-faire qui se paye ;-).
@Emma: Je suis bien d'accord que, même si l'on dispose d'un matériel spécialisé (éclairages, fonds, etc.) dont on a appris le maniement (ce qui suppose un apprentissage technique), on n'en fait pas forcément pour autant des photos excellentes, inventives etc. Ce que je dis, c'est qu'il est considérablement plus facile qu'avant d'arriver à un résultat honnête, ne serait-ce que par la possibilité de refaire le même cliché et d'avoir un retour instantané, et que cela rogne donc sur l'emploi des photographes professionnels. De la même façon, si l'on a juste besoin d'une image d'un objet X, on va la prendre dans une base d'images de « stocks » et on ne la fait pas refaire.
Vous nous dites que tout cela donne un résultat sous-optimal, et que l'usage généralisé des images de « stock » aboutit à donner des brochures dépersonnalisées (quand, rajouté-je, cela ne donne pas des absurdités comme la campagne d'un parti nationaliste qui s'appuie sur des images soi-disant typiques du pays concerné, mais qui en fait proviennent d'ailleurs). C'est vrai, mais cela est également dû à l'écriture creuse caractéristique des services de communication (autrement dit, l'iconographie impersonnelle accompagne un texte vide).
Je dis que le progrès technique a, dans divers domaines, permis a des non-spécialistes de produire un résultat suffisant pour leurs besoins et supprimant la nécessité, et le surcoût, du recours à un professionnel. Vous m'expliquez que ces résultats sont médiocres et que les professionnels de qualité font du bien meilleur travail, certes plus coûteux. Permettez-moi une analogie : je dîne habituellement chez moi, où je fais une cuisine qui n'a certainement pas la qualité, la diversité et l'inventivité de celle servie aux Terrasses à Uriage, mais qui est bien moins chère et répond à mes besoins.
Prenons ne serait-ce qu'un de vos exemples. Il est en effet important pour un PDG, ou autre profession dont l'emploi du temps est chargé et où le temps c'est de l'argent, de ne pas être retenu trop longtemps pour la réalisation d'un portrait, et le professionnel sachant produire un bon résultat en peu de temps sera apprécié. Vous serez cependant d'accord qu'il s'agit là d'un marché de niche, une ultra-minorité fortunée.
Prenons par contraste mon cas : pour divers besoins professionnels on me demande une photographie de moi. J'ignore s'il serait possible de faire appel à un portraitiste professionnel et de le payer avec les budgets dont je dispose, mais je devine que même si c'était le cas je devrais passer largement plus de 20 minutes en procédures administratives pour justifier de l'utilité de faire appel à un photographe ; par ailleurs, je n'ai pas envie de dépenser mon argent personnel pour cela. La solution de facilité a été de demander à une collègue de me prendre en photo dans le patio du laboratoire avec un appareil numérique ; cela a pris 5 minutes. Certes, on pourrait faire largement mieux comme photographies, mais cela me suffit pour mes besoins (à savoir : pouvoir satisfaire les services de com' du CNRS ou d'autres organismes qui me réclament une photographie).
Un autre exemple : j'illustre des « transparents » de présentation de mon domaine scientifique avec des photographies de divers appareils comportant de l'informatique embarquée (Airbus A380, pompes à perfusion, etc.). Là encore, même si je dispose de budget, je devrais probablement passer un temps considérable avec l'administration à expliquer que je veux commander des photographies (le moindre achat est compliqué, indépendamment de son montant). Il est considérablement plus simple pour moi de reprendre des photographies sous licence libre trouvées sur Internet... ou mes propres photographies prises au Salon du Bourget jadis. Ok, certaines sont moches (mauvais éclairage, bruit numérique, etc.) mais je m'en fiche, je fais une présentation scientifique pas une œuvre artistique.
@Emma
Votre compagnon tout comme mon oncle changent régulièrement leurs boîtiers, tout comme moi je change régulièrement d'ordinateur, parce que nous le VOULONS. Parce que nous voulons profiter des avancées technologiques, des performances accrues, et parce que cela rend notre travail plus simple. Ce n'est en aucune manière une fatalité qu'il FAUT suivre. La preuve ? Leica !
On ne va quand même pas blâmer nos clients pour des choix faits par nous mêmes. Et si le retour sur investissement est insuffisant, autrement dit si on n'a pas assez gagné en efficacité pour compenser le prix de renouvellement nous ne pouvons une fois de plus que nous en prendre à nous mêmes... En fait l'argument "oui mais je dois changer régulièrement mon matériel et ça coûte" ne tient pas peu importe l'angle par où on le prenne.
"je trouve dommage que pour des économies marginales on fasse du moins bon et beau travail".
Ça c'est du nombrilisme... pour vous il y a une différence majeure, pour le client il n'y en a justement pas ! Ensuite on peut reprocher au client son manque de culture graphique mais certainement pas de ne pas vouloir payer plus cher pour quelque chose dont il ne comprend pas la valeur ajoutée. C'est ce qu'explique David : pourquoi irait-il payer un photographe alors qu'une photo avec un appareil numérique fait très bien l'affaire ? Si ce que je vends n’intéresse plus le client, ce n'est pas la faute au client et à son manque de goût.
"Pour fotolia [...] parce que y'a 3 ans c'était terrible".
Je n'utilise pas fotolia mais je puis témoigner qu'autant que je me souvienne iStock Photo a toujours été majoritairement pro. De manière générale ça fait mauvais effet de se faire prendre en flagrant délit de baratin alors qu'il suffit de 2 clicks pour vérifier. Je constate aussi que vous continuez de traîner fotolia dans la fange 3 ans après votre dernière visite... ça s'appelle être rancunier.
"Sur les photos de stock, je ne critique pas, c'est très utile, mais ces braderies à 5 €, c'est suicidaire, pour les photographes qui acceptent ça, c'est scier la branche de la profession pour du profit court-termiste."
On peut aussi voir l'autre coté de l'histoire qui est que ces photographes sont en train de répondre à un besoin, d’éliminer d'autres photographes inefficaces, de permettre à plein d'entreprises d'avoir des images acceptables pour leurs sites web et leurs brochures, et d’éliminer les coût des intermédiaires par la vente directe via un moyen électronique.
"mais la profession a été squattée par des gens qui auraient mieux fait de faire un autre métier"
Ou alors les gens qui faisaient ce métier avant n'ont pas su faire valoir leur savoir faire et se sont laissé remplacer assez facilement somme toute par des gens sans formation, ni sens artistique... ce n'est pas franchement un compliment pour les photographes d'art !
Ça va quand même être compliqué de nous faire avaler que si tout va mal chez les photographes d'art, c'est la faute aux jeunes, à internet, aux appareils numériques et au manque de goût des clients. Ne serait-ce parce que nous sommes tous soumis à ces contraintes là. Et puis les gens on le droit d'avoir un goût de merde et de trouver mes services superfétatoires. Et enfin personne ne paye ne serait-ce qu'un euro de plus pour quelque chose dont il ne voit pas la valeur.