La profession de photographe est en crise. La faute, dit-on, aux amateurs qui mettent leurs photos en ligne (ainsi qu'aux grandes agences qui imposent des conditions léonines ?).

L'avènement du numérique a transformé la photographie. Auparavant, il était coûteux de réaliser de nombreux clichés ; maintenant, c'est bon marché. Faire une photographie c'était faire un saut dans l'aveugle, avec le risque de découvrir au moment du tirage que le cliché était mauvais ; maintenant, on peut immédiatement contrôler. Des « bridges » assez bon marché permettent des réglages disponibles naguère uniquement sur des « réflex » plus coûteux et encombrants. Bref, l'amateur « familial » est actuellement en position de faire des clichés naguère hors de sa portée (même s'il ne peut, bien sûr, pas rivaliser avec un professionnel doté d'éclairages, de boîtes de maquillage, etc.).

Que l'on me permette deux parallèles. Il fut un temps où conduire une automobile était malaisé (démarrage à la manivelle, vitesses non synchronisées, direction non assistée, nécessité de savoir réparer soi-même certaines pannes...), et le coût des engins les réservait aux couches les plus aisées de la société. Il était alors courant d'employer un chauffeur. De nos jours, les automobiles sont fiables, leur conduite ne nécessite ni force physique ni la maîtrise d'enchaînements délicats (tels que le double débrayage), et la quasi totalité des usagers de l'automobile (si l'on omet les clients de taxis) n'emploient plus de chauffeur.

Il y a 40 ans, on employaient des « dactylos », professionnelles spécialisées dans l'usage de la machine à écrire. Ces engins, en effet, pardonnaient peu l'erreur et savoir taper rapidement avec un faible taux de fautes nécessitait un important apprentissage. Depuis, avec les traitements de texte, qui permettent tous les repentirs et corrections, il est très rare qu'un cadre rédige à la main ou dicte un courrier au lieu de le taper lui-même.

Je n'ai pourtant lu personne déplorer la fin des chauffeurs de maître et des dactylos.

PS Il y a 50 ans, si on voulait trier une table et faire quelques calculs dessus, il fallait soit le faire à la main (avec éventuellement une calculatrice électromécanique ou une règle à calcul) soit le confier à du personnel spécialisé qui allait faire un programme informatique en COBOL. De nos jours, une secrétaire peut faire cela directement dans Excel. On n'a pas supprimé les programmeurs, ni même les programmeurs COBOL, mais on n'a plus besoin de faire appel à eux pour de nombreuses action tout-venant.