La facturation écologique, ou la route de l'enfer pavée de bonnes intentions
Par David Monniaux le lundi, février 11 2013, 11:13 - Société - Lien permanent
Il y a quelques temps, des élus ont proposé que la facturation de l'eau et de l'électricité soit progressive : les petits consommateurs, dont on suppose qu'ils se contentent de couvrir leurs besoins basiques, paieraient moins, tandis que les gros consommateurs, dont on considère qu'ils le sont pour leur confort ou en raison de gaspillages, paieront plus.
Réflechissons un peu. Pareille règle serait bien entendu terriblement injuste si elle ne prenait pas en compte le nombre d'occupants du logement (il est évident qu'une famille nombreuse consomme plus qu'une personne seule). Il faudrait donc imposer la déclaration du nombre d'occupants. Les gros consommateurs auraient avantage à déclarer des occupants supplémentaires fictifs ; il faudrait donc éventuellement se tenir prêt à contrôler, éventuellement par croisement de fichiers. Voilà donc comment une banale affaire de facturation d'eau et d'électricité se retrouverait transformée en collecte d'informations sur la vie privée, avec enquêtes en cas de doute.
Et qui conduirait ces vérifications ? Les sociétés d'eaux et d'électricité, éventuellement privées ? La CAF ? Il paraît déjà que certaines caisses s'invitent chez les gens pour s'assurer que des personnes qui disent vivre en colocation ne sont pas en réalité des concubins (prestations sociales moindres), par exemple en vérifiant qu'ils font bien chambre à part...
Une alternative serait de considérer que le nombre d'occupants du logement est proportionné à son nombre de chambre, mais là encore, terrible injustice : le cadre supérieur célibataire occupant un logement de taille confortable en y aménageant séjour et bureau serait réputé plus écologique (et donc moins facturé) qu'une famille nombreuse entassant les enfants dans les chambres et le séjour.
Discutons maintenant de la consommation d'électricité. Celle-ci est, dans de nombreux logements, principalement due au chauffage électrique. La plupart des occupants de logements dotés de chauffage électrique n'ont pas choisi ce mode de chauffage : dans un contexte de pénurie de logements, ils ont pris le logement disponible compatible avec leur emploi et leur gamme de prix. De nombreux logements récents sont équipés de chauffages électriques, parce que c'était à la mode et encouragé par les pouvoirs publics; il en est de même de logements plus anciens, parce qu'il est plus facile de convertir un chauffage par poêle en chauffage électrique que vers d'autres modes.
Les mêmes remarques s'appliquent à l'isolation : on choisit rarement consciemment d'habiter un logement mal isolé. On prend les logements que l'on trouve, et ceux-ci ont d'autant plus tendance à être mal isolés qu'ils sont anciens, mal entretenus, et meilleurs marchés. Sanctionner la mauvaise isolation reviendrait donc à sanctionner la pauvreté.
Comme souvent, les pulsions d'intervention de l'État et d'ingéniérie sociale, afin de corriger des « vices de comportement » (ici, le gaspillage d'énergie), se transforment vite en usine à gaz coûteuse et attentatoire aux libertés. Il serait bon de garder ce genre de choses à l'esprit, alors que l'on se tourne vers d'autres vices à combattre.
PS Sur le même thème : « La loi des conséquences inattendues » ou encore ici.
Commentaires
Parfaitement résumé.
En plus il est question d'instaurer une véritable usine à gaz fiscale, avec règle différenciée selon :
- le type de chauffage
- le type de logement (collectif, individuel)
- la région, l'altitude, l'orientation (et l'humidité? c'est important pour le confort, pourtant je n'en ai pas entendu parler)
Enfin, ceux qui ont déjà investi de fortes sommes pour isoler leur logement n'ont peut-être pas envie de payer pour subventionner ceux qui n'en ont rien fait! Pourtant c'est ce qu'implique un système qui tiendrait compte de la qualité de l'isolation (idée mathématique élémentaire mais certainement hors de portée de beaucoup d'élus). En prévoyant ce genres de choses, on incite en réalité des gens à ne PAS investir dans l'isolation, mais à attendre une aide quelconque.
En voulant mettre de la justice thermique dans la facturation, on commet une injustice capitalistique. Mais je me doute que l'investissement ne compte moralement pour rien pour la majorité actuelle, dont une part de l'électorat déteste les "possédants", majorité qui ne voit pas le problème à taxer la plus-valu (ayant lieu à un instant donné) sur un capital (qui est mis en jeu entièrement) comme le revenu (même en CDI pour un salaire garanti sans part variable) d'un travail (qui a lieu dans la durée), principe d'"égalité" de choses différentes (revenu régulier certain, revenu ponctuel incertain), ce qui me semble être le signe du délabrement moral ultime.
Evidemment la mise en place d'un système très complexe conduirait à la naissance de la spécialité de conseiller fiscal thermique, afin d'expliquer à chacun comment il peut adresser une réclamation pour démontrer que son cas particulier n'est pas justement pris en compte. Traiter ces demandes de prise en compte de cas particuliers demanderait un surplus de fonctionnaires, alourdissant encore le coût déjà extravagant de l'administration (coût double puisque tout formulaire pris en comte par un fonctionnaire a été rempli par un administré, parfois après lecture et relecture d'une notice incompréhensible qui semble prévoir tous les cas de figure sauf le sien).
Ce pays s'enfonce dans le délire égalitariste (idéaux-logie qui a bien démontré sa toxicité concernant l'école) et risque bien de finir à la mode grecque (qu'on ne me dise pas que les grecs n'ont rien vu venir et qu'ils n'y sont pour rien, victimes innocentes d'un gouvernement corrompu : le gouvernement était à l'image du pays).
@simple-touriste: Oui, je ne l'avais pas noté mais si on veut éviter une injustice en pénalisant les pauvres mal isolés pour leur mauvaise isolation (à laquelle il ne peuvent pas grand chose), on risque d'inciter les personnes plus aisées à ne pas isoler.
Et en effet, il règne un climat détestable, où chacun rend les autres responsables de ses problèmes : ceux qui gagnent 1000€/mois considèrent que celui qui en gagne 3000 est un gros richard qui a certainement eu son job en intriguant; si les étudiants échouent c'est de la faute des enseignants (et pas de leur travail); et, en parallèle, une certaine droite vitupère contre les fonctionnaires, qu'elle prétend bien payés à ne rien faire.
faut savoir d'ou ça vient tout ça.
les économistes spécialisés dans les domaines concernés disent, à raison, que l'électricité, ou l'eau, sont aujorud'hui vendus à des prix en dessous de leur prix "optimal" (je ne détaille pas)
il faut donc augmenter le prix, disons de l'eau, notamment pour inciter à lutter contre le gaspillage.
-Ah oui, mais les pauvres ma bonne dame, ne pouront plus boire d'eau!
-Très bien, donnons les premiers litres, vendons les suivants à prix très beas, et ne faisons payer cher que ceux qui servent à remplir la piscine.
sauf que... ca ne marche aps, pour les raisons que vous mentionnez.
que faire alors? très simple: montez le prix de l'eau, et donnez en argent liquide (hem) à tout le monde de quoi boire à sa soif.
ça s'appelle l'allocation universelle, ou dans ce cas précis les cash transferts en subsitution des subventions, plusieurs pays pauvres sont en train de mettre ça en oeuvre, et ça marche très bien.
En Israël, l'eau (qui est évidemment plus un problème qu'en France !) est facturée suivant le système décrit ici: on déclare qui occupe un logement à la mairie, et les factures sont faites en fonction. Je ne sais pas comment c'est contrôlé, mais je n'ai pas eu l'impression que ça pose énormément de problèmes. Par contre, c'est une société publique qui s'en occupe.
Ce billet est assez exagéré je trouve. La surconsommation des ressources naturels n'est pas un petit problème et ce n'est pas un problème qui concerne quelques rares personnes. C'est un problème qui concerne la majorité d'entre nous. Ce billet ne reconnaît pas ce fait et c'est justement le rôle pédagogique de ce type de mesure que corriger cela.
Le prix progressif des ressources naturel est une mesure de justice sociale qui assure que les plus modestes ne soient pas les plus impactés par l'augmentation du coût... alors même que se sont les plus riches qui sont le plus responsable de cette augmentation. Si une telle mesure n'est pas prise on va au devant un problème tout simple: les plus pauvres n'auront plus les moyens, un problème déjà présent et qui s'aggrave d'année en années.
Nous avons donc d'un coté un problème social et écologique, de l'autre de protection de la vie privée. La question est de savoir si la solution n'est pas pire que le problème. À mon avis, la réponse est non - et de loin. Surtout que le concept de progressivité des prix devrait à l'avenir s'appliquer à d'autres ressources que l'eau.
Concernant le recueil du nombre de personnes dans un foyer, une information qui me semble en-effet nécessaire au calcul d'un prix progressif. Cette information est déjà plus ou moins disponible pour l'État ; même si ce n'est pas de manière simple. Le recueil de cette information peut se faire par des biais traditionnels comme la taxe d'habitation. En Allemagne, il est obligatoire de s'enregistrer auprès de la commune lors d'un déménagement ; cela pourrait être envisageable.
Concernant le risque de fraude, c'est bien une manière française de penser à cela avant quasiment toute autre chose. C'est à mon avis à l'État de s'assurer du recueil de cette information et donc de faire le nécessaire pour que la fraude ne soit pas massive.
Les entreprises prestataires privées (lorsque c'est le cas) devront en-effet avoir accès à cette information et des mesures devront être prisent pour assurer la confidentialité de cette information. Mais je peux t'assurer que des entreprises comme Orange ou ERDF en savent déjà bien plus (oui, ce n'est pas un vrai argument, mais il faut le savoir).
Concernant la consommation d'énergie (électricité) des logements. Il est obligatoire d'afficher cette consommation dans toute annonce de location ou de vente. Cette information doit être intégrée par tout bon candidat locataire, comme celle de la taxe d'habitation dans le calcul de son loyer. Je ne connais personne qui ne fait pas ce calcul.
Existe-t-il un système d'isolation efficace contre un climat aussi détestable ?
L'Etat, c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde...
Frédéric Bastiat
@Kelson, Lyoa: Bien entendu, c'est possible d'établir combien il y a de personnes par logement en exigeant, par exemple, que chaque résident français soit identifié par un numéro unique et qu'il notifie les autorités de chaque déménagement. Sachez cependant qu'il y a en France, depuis les années 1970, une certaine hostilité aux fichages systématiques et aux interconnexions de fichiers; sans parler de questions pratiques comme la bureaucratie chargée de traiter ces informations. Je conçois que la situation est différente en Suisse et en Israël.
Quant à la fraude... Il se trouve que la France est un pays où chacun soupçonne les autres (ses voisins, les autres professions, les autres groupes sociaux, etc.) de bénéficier d'avantages indus et de chercher à carotter. Au sujet de l'hébergement, il me semble me rappeler qu'il y a un certain nombre d'années on avait supprimé la nécessité de fournir un justificatif de domicile à l'appui d'une demande d'inscription dans les écoles, collèges et lycée... et on s'était aperçu que des parents inscrivaient leurs enfants dans de « bons » lycées à l'aide d'adresses de complaisance.
Par ailleurs, vous esquivez le fond du débat, qui est que les gens n'ont en pratique pas le choix du mode de chauffage et de l'isolation. Ton explication, Kelson, montre que tu considères qu'il y a un marché du logement où le locataire fait un choix éclairé parmi des possibilités multiples, et que ce sont les plus riches qui gaspillent. En réalité, les plus modestes prennent les logements qu'ils trouvent et qu'on accepte de leur louer, et il n'est pas clair que ce soient eux qui consomment le moins d'électricité.
Pour prendre un exemple concret : la dessinatrice Tanxx loue un appartement très mal isolé et quasi insalubre, finalement assez cher, parce que c'est très rare de trouver des propriétaires qui acceptent de louer à des artistes qui ne peuvent justifier de revenus réguliers suffisants. Par comparaison, je loue un appartement assez bien isolé et moderne, ce qui est aisé vu ma situation professionnelle. Avec le système proposé, Tanxx, qui tire le diable par la queue, paierait son électricité plus cher que moi.
Dans le même ordre d'idées : le banlieusard forcé d'utiliser son automobile, faute d'un salaire suffisant pour se loger à proximité de son lieu de travail ou des transports en commun pratiques, paye beaucoup de taxe sur les produits pétroliers, contrairement au cadre sup qui a les moyens de se payer un appartement dans Paris.
" les économistes spécialisés dans les domaines concernés disent, à raison, que l'électricité, ou l'eau, sont aujorud'hui vendus à des prix en dessous de leur prix "optimal" (je ne détaille pas) "
Ben il faudrait, parce que mon pif me dit que cette notion est complètement fumeuse.
" La surconsommation des ressources naturels n'est pas un petit problème et ce n'est pas un problème qui concerne quelques rares personnes. "
Quelles ressources? L'eau? En France elle ne manque pas! L'énergie électrique non plus. Il faudrait diminuer les pointes et non la base qui est assurée par l'électronucléaire! (à quand la facturation électrique selon le prix spot?)
S'attaquer en priorité à ces deux sujets, c'est clairement hors-sujet. C'est du foutage de g.
" Nous avons donc d'un coté un problème social et écologique, de l'autre de protection de la vie privée. "
Non!
Nous avons d'un coté une idée "généreuse" mais inepte, et de l'autre une usine à gaz délirante grotesque, injuste, inapplicable.
" Concernant la consommation d'énergie (électricité) des logements. Il est obligatoire d'afficher cette consommation dans toute annonce de location ou de vente. "
C'est de l'humour? Le fameux diagnostic énergétique ne vaut rien. C'est une fantaisie coûteuse. D'ailleurs les concepteurs de l'usine à gaz donc il est question ici ont exclus l'utilisation de ce diagnostic, parce qu'ils savent qu'il ne vaut rien. Ce diagnostic est une invention inutile de la prolifique gauche française.
" parce que c'est très rare de trouver des propriétaires qui acceptent de louer à des artistes qui ne peuvent justifier de revenus réguliers suffisants. "
Ce qui ce comprend, puisque la gauche française au pouvoir ininterrompu en France a surprotégé les locataires au détriment des propriétaires, toujours à cause de sa haine des possédant.
En ce qui concerne le diagnostic énergétique, on m'a plusieurs fois rapporté des résultats surprenant, style deux appartements du même immeuble, même modèle, évalués différemment. Il ne doit donc être utile qu'à de grosses imprécisions près... peut-être d'ailleurs pas plus qu'une simple inspection de bon sens (modernité des huisseries, double vs simple vitrage, etc.).
@simple touriste: Le diagnostic énergétique, c'est la gauche ? Par ailleurs, il ne faut pas surestimer le pouvoir de celle-ci : au cours des 20 dernières années, elle n'a été au pouvoir que 5 ans...
Sauf que tout en économie est affaire d'incitations. Et qu'on a affaire ici typiquement à une tragédie des biens communs. Donc il faut bien trouver un système.
D'ailleurs, on le fait déjà, à coup d'arrêté municipal interdisant le lavage des voitures ou l'arrosage des pelouses en cas de sécheresse. There is no free-lunch, mais il doit bien y avoir une solution.
(le problème que j'ai avec la détestation de l'intervention de l'Etat par les internautes libéraux est qu'elle nie systématiquement l'existence même de problème sur les biens communs, que ce soit sur le réchauffement climatique, la sécheresse ou le risque de mort par armes à feu quand n'importe quel tonton Gérard peut s'acheter une mitraillette)
@David
Je continue de penser que c'est possible d'avoir le nombre de personnes par foyer sans en arriver aux extrémités que tu évoques.
Si tu penses vraiment que en moyenne un riche consomme moins de ressources qu'un pauvre, alors en-effet tout cette facturation écologique n'a aucun sens. Mais ce n'est pas le cas. C'est une considération générale qui ne contredit ni le fait qu'il y a dans le détail des exceptions, ni celui que leur consommation puisse être plus écologiquement efficace (par ex. -30% d'énergie au m2, mais logement +50% en surface). La facturation progressive impactera proportionnellement plus les plus gros consommateurs, en majorité les plus riches.
Tes deux derniers exemples montrent surtout que la facturation progressive n'est pas la panacée... il y a probablement des cas de figures où cela peut coincer. Cela montre bien qu'il est d'autant plus difficile d'avoir une vrai transition écologique si une part importante de la société est pauvre. C'est pourquoi aucune politique écologique ne peut se faire à mon avis sans un pendant social ; au risque d’accroître les inégalités. Un vrai tarif social fonctionnel est par exemple une mesure de type à éviter certaines injustices flagrantes que pourrait générer une politique écologique autiste.
Tout ceci me fait penser à l'usine à gaz de la taxe d'habitation, qu'on avait prévu de remettre à plat tous les 4-5 ans. Hahaha.
@Tom Roud: Je précise que mon message n'est aucunement motivé par l'idée libérale, mais par mon habitude de l'administration française, où tout dispositif incitative nécessite la mise en place de procédures, l'affectation de personnels, évoque la possibilité de fraudes donc d'une exigence de justificatifs multiples.
@ DM:
Ma remarque valait surtout pour le point Bastiat du commentaire 8. Bastiat, mort 120 ans avant l'énoncé économique de la tragédie des biens communs. Mais c'est sûr, Bastiat ça fait de jolies citations. Et aussi pour commentaire 10 qui commence par nier tout problème.
Sur le fond, je ne vois pas tellement comment on peut faire autrement que par des incitations économiques ou fiscales, on ne va pas mettre en place non plus un marché de droits à l'eau pour les particuliers.
" @simple touriste: Le diagnostic énergétique, c'est la gauche ? "
Il me semble que c'est une idée de gauche.
" Par ailleurs, il ne faut pas surestimer le pouvoir de celle-ci : au cours des 20 dernières années, elle n'a été au pouvoir que 5 ans... "
Non, elle est au pouvoir presque tout le temps, parce qu'elle a décalé le NPOV médiatique vers l'extrême gauche. (Les journalistes donnent la parole à un représentant de chaque parti politique pour commenter chaque actualité notable, mais comme il n'y a pas de parti libéral représenté ou même largement connu, on a sur les question économiques x fois le même son de cloche socialo-soviétoïde : Le Pen parle d'UMPS, mais il faudrait dire UMPSFNPdG.)
La gauche est au pouvoir dans les esprits.
L'idéaux-logie (et non l'idéologie, comme l'a involontairement souligné Ségolène Royal : il y peu d'idées et beaucoup d'idéaux) de gauche s'est imposée au point d'être reprise aussi par Jacques Chirac ("Le libéralisme, ce serait aussi désastreux que le communisme", etc.) et Nicolas Sarkozy (qui s'est toujours prononcé pour la taxation "égale" du capital et du travail!).
" Et aussi pour commentaire 10 qui commence par nier tout problème."
Alors, quelle ressource manque en France?
L'eau?
L'énergie électrique (hors problème des pointes de consommation)?
@Simple touriste: Tu peux aussi bien dire que les idées libérales se sont tellement répandues qu'elles n'ont plus besoin de parti pour les promouvoir :
« La dépense publique est trop élevée. »
« Il faut baisser les charges sociales. »
« Les fonctionnaires sont des médiocres. »
« Privatiser les services permet à la fois des économies et une meilleure qualité de service. »
@David
Les 2 premières affirmations sont vraies. Mais on entend souvent le contraire : il faut augmenter la dépense (collectivités locales comprises), recruter plein de fonctionnaires...
Les 2 dernières affirmations n'ont rien de libéral. Ce qui est vérifiable est que les fonctionnaires qui travaillent très efficacement en sont rarement récompensés (ou alors, très peu, ou alors, après un délai très très long).
"privatisation" n'est pas un concept pertinent. On peut privatiser les autoroutes, ça reste les mêmes autoroutes, avec les mêmes mauvaises pratique qu'avant la privatisation.
Un peu sur le mode, qui consomme le plus d'énergie, riches ou pauvres, ce petit sketch me fait toujours beaucoup rire: http://www.dailymotion.com/video/x8...
> Il se trouve que la France est un pays où chacun
> soupçonne les autres (ses voisins, les autres
> professions, les autres groupes sociaux, etc.) de
> bénéficier d'avantages indus et de chercher à
> carotter.
La France est le seul pays ou j'entends mes voisins au Starbucks raconter qu'ils fraudent... aujourd'hui deux intermittentes du spectacle. Dans les autres pays ils fraudent sans doute autant mais ne s'en vantent pas si ouvertement, ou bien ils le font dans une langue que je ne comprends pas, ou bien ils n'ont pas de Starbucks.
> le banlieusard forcé d'utiliser son automobile, faute
> d'un salaire suffisant pour se loger à proximité de
> son lieu de travail ou des transports en commun
> pratiques, paye beaucoup de taxe sur les produits
> pétroliers, contrairement au cadre sup qui a les
> moyens de se payer un appartement dans Paris.
Il suffit de rendre le logement en banlieue aussi cher qu'a Paris, alors le banlieusard sera forcé de devenir cadre sup bien payé et voila le problème résolu...
Plus sérieusement il n'y a aucune différence entre taxer peu le combustible et donner des subventions a des industries inefficaces et vouées a disparaitre comme l'automobile ou l'acier. Pourtant tu sembles favorable au premier et défavorable au second.
Ce n'est pas parce qu'il y aura DES perdants qu'il faut se priver d'incitations qui feront évoluer l'ensemble vers une solution plus optimale.
En revanche il faut que les incitations soient bien pensées pour éviter des effets pervers, ce qui est souvent difficile (et accessoirement empirique car nous avons peu de bases scientifiques pour les construire et évaluer des politiques d'incitation efficaces). Cela dit c'est pas demain que l'on comprendra qu'il va falloir faire un effort pour modéliser et calculer les politiques d'incitation et cesser de faire du doigt mouillé.
@courad anonyme: "Cela dit c'est pas demain que l'on comprendra qu'il va falloir faire un effort pour modéliser et calculer les politiques d'incitation et cesser de faire du doigt mouillé."
mmmm. ça se fait, ça s'appelle l'économie publique, c'est une branche de la recherche avec des dizaines de milliers de chercheurs actifs dans le monde.
par contre le grand public (et les direigeants d'ailleurs) ne sont absolument aps informés. Jusqu'à mon bac+4 je pensais moi meme que l'économie c'était mettre un costard et dire qu'il faut virer des gens à la télé.
d'ailleurs je fais une thèse en économie du climat, et je modélise des trucs comme la différence entre taxer peu les carburants fossiles polluants et donner des subventions a des industries inefficaces, et je pense qu'il y a une différence: les effets redistributifs, et qu'ils sont pas assez étudiés, mais en tout cas on essaye.
@Couard Anonyme
" En revanche il faut que les incitations soient bien pensées pour éviter des effets pervers, "
Il faudrait définir ce qu'on appelle "effets pervers". Est-ce qu'un effet d'aubaine est "pervers"?
> ça se fait, ça s'appelle l'économie publique
L’Économie est non calculatoire (du point de vue de l'informaticien). En fait l’économie et la recherche opérationnelle sont deux faces d'une même monnaie, d'ailleurs les fondateurs de la RO ont été prix nobels d’Économie (Kantorovitch) puis les deux disciplines se sont séparées, justement par le calcul.
> Jusqu'à mon bac+4 je pensais moi meme que
> l'économie c'était mettre un costard et dire qu'il faut
> virer des gens à la télé.
Non... ça consiste a mettre un costard puis a transformer un problème macroscopique assez flou en une équation simple, faire une étude de variation en fonction des paramètres et arriver a une conclusion qualitative assez vague. Tellement vague que la génération suivante d’économistes arrive a démontrer par A + B exactement le contraire et qu'a la fin tout le monde a "mathématiquement raison".
@Couard Anonyme c'est gentil de parler comme ça de toute une profession.
C'est une opinion que vous avez forgée après vous être intéressé autant à mon domaine scientifique que je m’intéresse au votre, ou en regardant la télé?
Bon je ne suis pas certain que vous soyez scientifique. En regardant la télé moi j'ai appris que la physique fondamentale c'est raconter des conneries sur les petites cordes que dieu fait vibrer pour transmuter l'eau en hormone de croissance qui déforme les mentons.
mais peut être que ce n'est pas le cas, qui sait. peut on seulement espérer savoir un jour?
@couard: en fait, pour être constructif: vous ridiculisez ce que moi j'appelle les charlatans, qui font des "prévisions macroéconomiques" à la télé.
pour ma part, je ne regarde jamais la télé, mais je n'ai vu que très peu d'économistes s'exprimer dans les médias français depuis les 5 dernières années.
pour être clair, je vous donne des exemples de gens qui ne sont pas économistes et qui sont parfois présentés comme économistes: des pdg de banques, des analystes dans des grandes boites, y compris quand ils se disent experts sur tel ou tel marché, des consultants, des directeurs de banque centrale.
je voulais juste informer les lecteurs de ce blog qui liraient les commentaires que l'étude et la quantification des incitations et des effets pervers qu'elles peuvent induire est l'un des objets d'une discipline scientifique qui s'appelle la microéconomie.
Personnellement, quand j'ai appris ça il y 5 ans, c'était pendant mon premier cours d'économie publique, et j'ai trouvé ça marrant, le prof parlait d'outils pour formaliser et proposer une grille de lecture dans laquelle analyser posément une partie des problèmes sociétaux dont on parle dans les journaux.
Après j'ai arrété l'info et j'ai commencé l'économie. Alors j'ai un biais, j'ai l'impression que c'est intéressant comme information.