Les problèmes de l'enseignement supérieur
Par David Monniaux le samedi, février 9 2013, 17:45 - Enseignement - Lien permanent
Un collègue blanchi sous le harnois a fait remarquer que la première chose qu'un nouveau gouvernement fait pour réformer l'enseignement supérieur, c'est modifier les procédures de recrutement, évaluation et promotion des enseignants-chercheurs. Il aurait pu ajouter « et créer des superstructures ». De fait, entre PRES, RTRA, bidulEX (LABEX, EQUIPEX, IDEX, etc.), pôles de compétitivité, instituts Carnot, tout le monde s'y perd. Et après l'agitation réformiste de la droite, que nous propose la gauche ? Des réformes en sens inverse sur certains points (la fameuse AERES serait remplacée par une agence plus légère, p.ex.).
Pour ma part, j'estime que l'on prend là le problème par le mauvais bout. La priorité, selon moi, c'est de débureaucratiser. L'enseignement supérieur français, nonobstant les prétentions à l'« autonomie », est en réalité totalement corseté de règlements tombant d'en haut, appliqués par des fonctionnaires vivant dans l'angoisse de commettre une erreur et préférant donc l'inaction à la possibilité théorique d'un problème. On pourra par exemple se rapporter à cette petite anecdote sur les stagiaires : comment la route de l'enfer est pavée de bonne intentions (d'une part, assurer aux stagiaires une gratification, d'autre part s'assurer que l'argent des projets de recherche est dépensé pour ce pour quoi il était prévu).
Débureaucratiser, dans les faits concrets, ce n'est pas glamour. C'est technique, cela ne permet pas de se montrer à une inauguration de structure machin, ce n'est pas marquant comme réformer le recrutement des professeurs. Autant dire que, politiquement, cela n'est guère motivant...
Commentaires
Debureaucratiser, oui, mais comment faire?
Si je comprends bien, l'administration est composée de fonctionnaires, qui évoluent selon l’ancienneté, et qui ne sont jamais gratifiés quand ils agissent de façon vertueuse, mais par contre sont punis si ils commettent des erreurs.
La structure d'incitations, pour le mec bossant dans l'administration de la recherche, est claire: mieux vaut ne rien faire (ça me rappelle les livres de scott adams et de christian morel)
Comment récompenser les administrateurs vertueux?
évolution de carrière corrélés aux résultats du labo?
d'autres idées?
(Pour être clair, mon idée est qu'une fois que les gens dans l'administration ou les super structures auront un intérêt direct à ce que tout ce passe bien, les règlementations absurdes et les procédures lourdes vont tomber d'elles même.)
@avs: On nous dit sans cesse qu'il faut faire évaluer les enseignants (ou, du moins, leurs enseignements) par les étudiants, c'est-à-dire leurs usagers. Pourquoi ne pas demander leur avis aux usagers des services administratifs ? :-)
Dans bon nombre de services, il y a 40% de personnes en CDDs quand ce ne sont pas des contrats de 10 mois renouvelables après 2 mois de carence. Limiter ces personnels permettrait déjà de faire, bon gré mal gré, un petit tri entre les procédures nécessaires et les superflues.
Il me semble aussi que ce n'est pas aussi simple que "La structure d'incitations, pour le mec bossant dans l'administration de la recherche, est claire: mieux vaut ne rien faire ".
Le pb est que le mec qui est bon dans l'admin de la recherche va partir très vite, soit parce qu'on lui file tout le boulot, soit parce qu'il trouve ou qu'on lui propose un meilleur job. On arrive aussi à se renvoyer le vraiment naze de service en service, ce qui limite sa nocivité. Par contre, le pas terrible, celui qui ne fait pas grand chose, pas très bien mais pas trop mal, va lui rester en poste très longtemps...
"Pourquoi ne pas demander leur avis aux usagers des services administratifs ? "
Oui, mais je doute que l'évaluation "je ne suis pas satisfait de untel car il est pointilleux et a tendance à appliquer les règlements à la lettre" soit vraiment prise en compte. :)
@mixlamalice: Oui, je m'étais à un moment demandé si la RGPP ne serait pas l'occasion de diminuer la bureaucratie, tout simplement par manque de personnel pour appliquer les procédures...
@Guego: Je ne me plains pas de personnels qui appliquent les règlements, mais de ceux qui préfèrent enterrer les dossiers, de ceux qui ne veulent pas prendre la responsabilité de répondre à une question qu'on leur pose, ou encore de ceux qui inventent des règlementations (à plusieurs reprises, je me suis aperçu que des réponses « on ne peut pas faire X » ne reposaient pas sur les règlements, et ai pu obtenir gain de cause; mais quel temps et quelle énergie dépensés !).
Débureaucratriser est difficile. Le Royaume-Uni a connu une inflation de son personnel administratif chargé des affaires coloniales à l'époque où l'Empire partait en miettes (cf loi de Parkinson)...
Commençons par réduire le nombre d'élus dont la pente naturelle est de se constituer une petite cour de clients, solliciteurs et subordonnés. Avec ses 36000 communes, ses agglomérations, ses départements, ses régions, son Paris et cerise sur la pièce montée la nébuleuse européenne la France a de quoi faire.
Méfions-nous de dénoncer le cumul des mandats: des élus aux indemnités réduites n'auront de cesse de multiplier leurs participations à des comités Théodule inutiles ou redondants, ou bien tromperont l'ennui dans des discussions byzantines ou carrément grotesques (voir le niveau des débats au conseil régional RA il y a peu)