Je lis que des élus UMP réclament à répétition au gouvernement de soumettre la question du mariage homosexuel à référendum.

La mauvaise foi fait, semble-t-il, partie intégrante de la vie politique et il est bon de ne pas trop s'en émouvoir, sous peine de tressaillir et pester chaque jour. Toutefois, parfois, certaines remarques, certains slogans font preuve de tellement de malhonnêteté intellectuelle, d'inconséquence ou de lâcheté, qu'on est tenté de marquer sa désapprobation.

L'article 11 de la Constitution énumère un ensemble limitatif de cas où l'on peut faire appel au référendum. Il semble, du moins d'après tous les juristes que j'ai lus sur le sujet, que la réforme du mariage ne saurait rentrer dans aucun d'entre eux. Il faudrait donc, pour soumettre ce projet de loi à référendum, procéder d'abord à une réforme constitutionnelle, elle-même éventuellement par référendum.

L'UMP a été au pouvoir pendant 10 ans, période pendant laquelle il y a eu plusieurs réformes constitutionnelles, principalement via le Congrès parlementaire ; notamment, en 2008, une réforme modifiant la constitution sur plusieurs points et étendant légèrement le champ d'action du référendum. Il ne me semble pas pourtant que les parlementaires qui aujourd'hui réclament un référendum sur le mariage homosexuel au nom de la souveraineté populaire aient à l'époque saisi l'occasion d'honorer celle-ci par une large extension du champ du référendum.

L'UMP au pouvoir n'a d'ailleurs pas non plus adopté la loi organique sans laquelle ne peut s'exercer l'extension du champ du référendum adoptée par la révision constitutionnelle de 2008. D'après Wikipédia, un projet de loi à cet effet a été déposé en 2010 à l'Assemblée nationale. Deux ans pour déposer un projet, et ensuite deux ans sans qu'il ne soit mis à l'ordre du jour (que ce soit sur décision du gouvernement ou dans une « niche » parlementaire), quel manque d'enthousiasme !

Il est vrai qu'il est confortable, quand on est dans la majorité, de pouvoir approuver au Parlement des réformes en expliquant que le pouvoir est chez les élus du peuple et pas dans la rue (les manifestants étant parfois décrits comme des protestataires professionnels), et ensuite, quand on est dans l'opposition, de prétendre le contraire.