Le site d'informations Atlantico, reprenant le journal Le Vif, nous explique que, selon la thèse de Letizia Monico, de l'Université d'Anvers, les rayonnements ultra-violets dégraderaient certains des jaunes utilisés par Van Gogh, et que par conséquent il faudrait faire attention aux éclairages de LED dans les musées.

Tout d'abord, quelques remarques de forme. Je suis agréablement surpris que cet article cite par son nom l'auteure de la thèse en question. Trop souvent on lit des brèves de presse du type « une étude américaine montre que... », ce qui ne donne aucune information sur le type d'étude (ici, une thèse de doctorat) ni sur où la consulter.

Il semble toutefois que les informations présentées dans cette thèse l'aient également été dans quatre articles publiés en 2011 et 2012 dans Analytical chemistry, l'un portant sur des échantillons artificiellement vieillis, l'autre sur des échantillons originaux de peintures. Certes, Mme Monico en est le premier auteur, mais il faut également noter deux françaises, avec affiliations indiquées au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France et à l'ESRF, le synchrotron grenoblois ; l'une d'elles, Marine Cotte, est chargée de recherche au CNRS.

In fine, tous ces articles de presse semblent reprendre ce communiqué de l'Université d'Anvers, qui a visiblement bien fait sa communication.

Sur le fond, comme bien expliqué dans le communiqué, le problème des LED n'est pas l'ultraviolet, mais le bleu. En effet, comme expliqué sur ce site spécialisé du Rensselaer Polytechnic Institute ou encore sur Wikipédia, une diode « blanche » est en fait le plus souvent constituée d'une diode bleue sur laquelle on a appliqué un phosphore qui convertit une partie de la lumière bleue en lumière jaunâtre.

Il existe également aussi des LED ultraviolettes couvertes de phosphore émettant dans le visible, mais j'ignore si elles sont commercialisées. En tout le communiqué parle plutôt de danger de la lumière bleue et ne mentionne nulle part de problèmes liés aux ultraviolets qui seraient émis par les LED. Il est donc fort probable que la mention du danger des rayonnements ultraviolets des LED soit une addition des journalistes.

Pourquoi cette façon de présenter les choses m'agace-t-elle ? En expliquant au grand public que les LED endommagent les peintures de Van Gogh, on l'amène à se demander si elles ne pourraient pas endommager également les humains, qui pourraient être amenés à rejeter ce procédé économique d'éclairage et à lui préférer des techniques plus anciennes. Parmi celles-ci, il y a les tubes fluorescents (improprement appelés « néons »), constitués d'un tube émettant notamment des ultraviolets entourés d'une couche de phosphore ; certains (des vieux modèles, apparemment ?) ont des pics d'émission importants dans le bleu... De l'ultraviolet proche pourrait-il également passer ? Certains évoquent également les rayonnements radiofréquences émis par l'électronique qui assure le fonctionnement du tube (j'avoue ne rien connaître au sujet).

Pour en revenir à l'article d'Atlantico : à une époque où l'on s'émeut, à tort ou à raison, des OGM, des rayonnements électromagnétiques divers et variés (lignes à haute tension, téléphone portable, WiFi...), etc., il serait bon d'être plus rigoureux.

(Je me demande si l'on aurait pu proposer à la vente la bonne vieille télévision cathodique dans le climat culturel actuel. Après tout, elle est basée sur un tube qui émet des rayons X...)