J'avais écrit il y a quelques semaines un billet où j'exprimais des réserves au sujet des hautes rémunérations des vedettes du cinéma français, alors que ce cinéma est subventionné directement ou indirectement (obligations de production pour les chaînes de télévision, y compris celles financées par la redevance TV, versée même si on ne regarde pas ces chaînes; quotas divers; taxe sur les places de cinéma revenant à taxer les films étrangers, notamment américains, pour financer les films français; « redevance » copie privée prélevée sur des supports sans que ceux-ci servent nécessairement à stocker des films, encore moins des films français). Je l'ai supprimé car, je l'avoue, je ne connais pas bien ce sujet et mon billet reposait sur des sources fragiles ; les flux financiers sont complexes, et la puissance publique intervient de multiples façons.

J'invite donc mes lecteurs abonnés au Monde à consulter cette tribune, que je résume pour les autres : la thèse de son auteur, distributeur et producteur de cinéma, est que le cinéma français se permet de payer les acteurs français bien au delà de ce qu'ils devraient l'être au pro-rata des entrées de leurs films (et ce y compris alors qu'ils accumulent les échecs) parce qu'il bénéficie d'aides et notamment de financements obligatoires par les chaînes de télévision. Je suis bien entendu incapable de vérifier si cela est vrai.

Je répète cependant mon point de vue fort simple : une industrie, une activité ne devrait pas pouvoir à la fois se prévaloir de la libre entreprise afin de justifier de pouvoir accorder des rémunérations élevées pour une minorité de stars, et bénéficier de la subvention publique, directe ou indirecte.

Tout ceci me dérange cependant moins que les déclarations du « libéral » Serge Dassault, l'entreprise dont il a hérité ayant bâti une partie de sa fortune sur la vente d'armements à l'État, et ce même quand elle n'arrive pas à exporter ses matériels. Dans un monde vraiment libéral et soumis à la libre concurrence (ce qui n'est certes assurément pas le cas des programmes d'armement, voir affaire des ravitailleurs de l'US Air Force), pareille entreprise aurait dû fermer... (Ceci n'ôte bien sûr aucune valeur aux produits de Dassault Systèmes et aux avions d'affaire Falcon, qui eux sont vendus sur des marchés concurrentiels.)