Une question à propos de Paris-8
Par David Monniaux le jeudi, décembre 20 2012, 11:04 - Société - Lien permanent
J'entends régulièrement parler des conditions dantesques de fonctionnement de l'Université Paris-8 (« Vincennes » qui a déménagé à Saint-Denis), par la presse, mon médiatique collègue Baptiste Coulmont et mon collègue associé et eschatologue à ses heures Jean-Noël Lafargue. Je lis parfois qu'il y a là bas 300 doctorants en philosophie, ce qui semble énorme dans l'absolu (à titre de comparaison, il y a environ 290 doctorants en informatique toutes universités confondues à Grenoble+Chambéry, qui est il me semble le deuxième centre français dans cette discipline après Paris).
Bien entendu, les thèses en philosophie et en sciences exactes ne sont pas comparables : il est très rare que les doctorants en philosophie bénéficient d'une allocation de recherche, et ils font donc leur doctorat typiquement en parallèle d'un emploi d'enseignant en lycée ; les durées sont donc bien supérieures. J'aimerais toutefois savoir combien il y a d'enseignants-chercheurs (ou, soyons fous, chercheurs) habilités à diriger les recherches en philosophie à Paris-8, ce qui permettrait de connaître le nombre moyen d'étudiants encadrés. (Je ne trouve pas de listes d'enseignants-chercheurs sur le site de l'UFR Arts, Philosophie, Esthétique de Paris-8, alors que l'école doctorale à laquelle je suis rattachée publie une liste des personnels pouvant diriger des thèses.)
Commentaires
" toutes universités confondues à Grenoble+Chambéry"
MOU HA HA HA...rien que le pluriel...MOU HA HAHA
simplification de l'état? mon c.
@xavier: Les dites universités et écoles ont déjà fusionné leur collège doctoral et sont en voie de rapprochement progressif (PRES Grenoble) ; in fine peut-être fusion.
Bien..mais rien que le fait qu'il en existe plusieurs m'exerce les zygomatiques :)
S'il y a une tendance au rapprochement fusionnel, tout va bien...pourvu qu'ils ne fassent pas d'enfants.
@xavier: Cela date il me semble de la loi Faure : dans les villes avec de grosses ressources universitaires, on a découpé thématiquement (à Grenoble : sciences exactes vs sciences sociales vs lettres et sciences humaines, quoique ce soit un peu plus compliqué que cela). Ajoute les grandes écoles (à Grenoble, l'Institut polytechnique) qui sont séparées...
Edgar était donc un con.
C'était une autre époque et je suppose qu'il y avait des raisons pour ça... Cela dit, je trouve que c'est un mauvais procès fait à Grenoble où j'ai typiquement vu beaucoup plus de convergence des différents organismes que dans les autres endroits où je suis passé. Rien que le fait que presque tout soit sur un même campus est un relatif succès.
@simon : oui, de mauvaises raisons.
Pour le reste, point n'est besoin de se lancer dans une défense de son clocher : Je ne raille pas les efforts actuels pour rendre la situation un poil moins ridicule à Grenoble, à Parias ou ailleurs. Je me délecte simplement du fait qu'on ait réussi à pondre une merde pareille (c'est un fait :)).
Pour en revenir au thème initial, il ne faut pas oublier que Paris 8 a une histoire absolument particulière, transférée de force à Saint Denis et sur une surface, de mémoire, à peu près trois fois inférieure à celle dont elle disposait à Vincennes ; j'en parle ici : http://dirtydenys.net/index.php?pos... En d'autres termes, les conditions n'y ont jamais été aussi mauvaises qu'au début des années 1980, et n'ont jamais cessé de s'améliorer depuis, à force d’agrandissements avec notamment la très belle bibliothèque de Pierre Riboulet. Maintenant, en sociologie, on est d'autant plus a l'étroit que le territoire a récemment été envahi par la science politique, ce qui s'est traduit par cette curiosité géométrique de la classe à l'intérieur de la classe. D'un autre côté, j’ai un peu peur que Baptiste, à l'ENS, ait été élevé dans la soie.
Quant au doctorat, je ne peux que parler pour ma chapelle : la courte liste des HDR en sociologie est accessible sans difficulté (http://www2.univ-paris8.fr/sociolog...) et la quantité de doctorants à mon labo a priori pléthorique (http://www.gtm.cnrs.fr/Navigation/m...). Pour autant que je sache, mon directeur n'a que trois doctorants et ma co-directrice seulement moi, puisqu’elle n'est pas HDR.
@Denys: Je suis bien conscient qu'il y a un problèmes de locaux.
Pour information, et par rapport à la réflexion sur Baptiste, l'ENS ça n'a pas toujours été magnifique : quand il y était il y avait notamment un bâtiment d'internat avec WC à la turque et électricité branlante, le fameux « pavillon », qui a depuis été détruit ; il y avait de plus assez régulièrement des fuites d'eau, dont l'une il y a environ 6 ans de cela a mouillé une partie des collections de la bibliothèque de lettres et sciences humaines. Pour continuer sur la thématique des WC chère à Baptiste, le campus de Jussieu n'était pas en reste (WC à la turque en sous-sol, sales et mal entretenus). Même à Paris-9, où j'ai été enseignant il y a une dizaine d'années, les WC étaient parfois assez limite, il est vrai en partie en raison de dégradations.
Le problème de l'entretien des sanitaires, parfois défectueux y compris dans certaines grandes écoles réputées et bien dotées, me semble de nature psychologique et organisationnel : s'en occuper n'est pas une tâche glorieuse et dont on puisse se vanter, et c'est souvent sous-traité à des entreprises privées que l'on ne contrôle pas. Parfois, les services jouent au ping-pong pour savoir qui doit payer pour l'entretien de tel ou tel bloc de sanitaires (ce qui veut dire qu'ils ne sont pas entretenus). Que l'on me permette donc de pouffer quand, ensuite, on met des affiches sur la contamination par la grippe-A et l'usage des gels hydroalcooliques. Commençons donc par avoir des verrous qui ferment, du papier toilette et du savon.
Sur le nombre de doctorants par HDR, mon laboratoire en est à 29 pour 14 HDR (soit environ 2/HDR), le tien à 4,5. Ça paraît encore raisonnable... Le chiffre de 300 doctorants en philosophie me paraît d'autant plus énorme que cette documentation semble lister 10 membres permanents dans les équipes de recherche. Il y a quelque chose qui ne colle pas.
"ENS ou université... avec WC à la turque"
Encore une fois merci pour nous dévoiler ce superbe moment d'anthologie, truculent et drôle.
Hélas, nous sommes bien le 21/12/2012, et à quoi servent encore ZFC et Bourbaki, le jour d'après ?
L'Univers s'en va-t-il aux latrines pour jamais ?
Sic transit gloria mundi.
L'état des toilettes d'un bâtiment n'est pas un sujet sans importance. L'état est parfois suffisamment mauvais pour faire fuir certains candidats.
C'est l'occasion de rappeler l'existence de ce site peu ragoûtant (datant de 7 ans ou quelque chose comme ça ?):
http://chiottes.jussieu.free.fr/
Alors il y a apparemment 25 HDR (dont trois émérites) et 5 MCF qui ont le droit de postuler à la direction de thèses sur des compétences précises et sous réserve d'un accord collégial. http://www-artweb.univ-paris8.fr/sp...
Par ailleurs, chez moi en arts plastiques il y a pas mal de thèses qui traînent plus que trois ans.
Historiquement, Paris 8 a des effectifs très importants dans l'UFR Arts/Philo. On a été la fac de Deleuze, Châtelet, Negri, Lyotard, Foucault, Balibar, Badiou, Rancière et bien d'autres.
La médecine du travail et l'inspection du travail, ordinairement vétilleuses, ne se sont -elles jamais inquiétées de l'insalubrité des commodités de Paris 8?
@Jean-No: Cela fait au bas mot 10 doctorants par directeur de thèse, c'est énorme.
@régis: ces services sont-ils compétents pour les conditions de travail dans les établissements publics ?
Dix, c'est beaucoup mais ça dépend de la durée des thèses. Pas mal de thèses n'ont pas forcément vocation à être terminées, j'en ai peur.
@SB: oui, bien sûr, ces services sont compétents, mais dans la pratique les établissements publics bénéficient d'une bienveillance particulière...