Le départ de Gérard Depardieu
Par David Monniaux le dimanche, décembre 16 2012, 11:21 - Société - Lien permanent
Gérard Depardieu quitte la France et cite son imposition selon lui excessive, produit de la politique fiscale du gouvernement précédent.
J'avoue m'en inquiéter bien moins que du phénomène suivant : quand j'ai un(e) étudiant(e) talentueux intéressé par mes sujets de recherche, la plupart du temps, il ou elle n'envisage pas de rester en France pour une thèse, mais me demande conseil et recommandations pour aller aux États-Unis (et après, je les retrouve éventuellement en Suisse etc.). Il en est de même quand je tente de recruter des post-doctorants : les français, poussés en cela par les politiques de recrutement, veulent aller aux États-Unis ou autres lieux à forte valorisation (Oxford, etc.) et bien évidemment un américain ne viendra pas en France, sauf exception.
Je ne les en blâme pas, tant la politique menée en France en matière d'enseignement supérieur et recherche a suscité inquiétude et confusion (discours sur la médiocrité au plus haut sommet de l'État, réformes bureaucratiques, complication du mille-feuille administratif, et maintenant rigueur budgétaire qui n'ose dire son nom, sans parler des salaires de début de carrière, qui font notamment hésiter à prendre un poste sur Paris).
Une fois que ces jeunes filles et ces jeunes gens seront diplômés de Berkeley ou d'Harvard (pour reprendre l'exemple de deux lettres de recommandation que j'ai récemment signées pour un polytechnicien), croyez-vous qu'ils iront fonder des start-ups en France ?
Commentaires
L'ingénieur prolétaire (du sans souci) qui pourrait passer du côté ob$cur...
Il est vrai que créer une nouvelle entreprise est un défi risqué et qu'il faut bien du courage pour se lancer en France.
L'économie nous rattrape toujours et ce n'est pas en tentant de niveler (vers le bas) les revenus que l'on s'en sortira dans notre pays.
L'utopie sociale-communiste, si elle est séduisante, est loin d'être mûre pour se concrétiser.
Aussi, je vais dorénavant "jouer avec les règles libérales d'outre-atlantique" mais je garderai un coin de ciel bleu dans ma tête : "Liberté, Egalité, Fraternité."
J'ai commis l'erreur de vouloir être généreux, voilà tout.
Mais l'influence de l'argent, éternel "Veau d'Or", ne se laisse pas balayer d'un simple revers de la main !
Le principe de Réalité est une pilule (de 3e génération ?) dure à avaler.
Quoiqu'il en soit, je reste ici et je ne jette aucunement la pierre à personne : chacun est libre d'aller où il veut (et c'est encore heureux).
"Hein, quoi, vieux, on est pas bien là, à la fraîche !?"
@Fred : presque, seuls les riches sont libres d'aller où ils veulent.
Les brillants étudiants allant proposer leur force de travail aux pays les plus attractifs ne font effectivement rien de plus moralement condamnable que notre bon Gérard national, si ce n'est que ceux-ci ont effectivement besoin de conditions de recherche favorables que ne peut parfois leur offrir leur pays. Doit-on condamner moralement les individus qui mettent à profit (personnel) la liberté offerte par le système actuel de libre échange ?
Votre billet est juste, la « fuite des cerveaux » (ou des porte-monnaie) la plus grave ce n'est pas celle de l'ancienne génération qui a déjà fait son beurre (et payé ses impôts), c'est celle des chercheurs / investisseurs / ingénieurs de demain qui ne pensent plus qu'à partir dès lors qu'ils en ont les moyens.
J'ai assisté à un colloque organisé sur le sujet par la région IDF, avec les universités et les grands organismes de recherche. Plus précisément ça parlait des doctorants et post-doctorants formés en France, partis à l'étranger et qui voulaient revenir. Outre les salaires, le principal obstacle cité était la lourdeur administrative pour s'inscrire aux concours de recrutement, trouver un logement alors qu'on n'a pas de compte en banque en France, ouvrir un compte en banque alors qu'on n'a pas de logement sur place, etc. Apparemment les gens tentent une fois ou deux le CNRS puis laissent tomber et on ne les revoit plus en France.
Andouille quitte Gribouille
http://www.lejournaldepersonne.com/...
"La Belgique n'est pas assez pauvre pour accueillir toute la richesse du monde"
dixit un belge exilé en France...
@Jastrow: Le concours du CNRS a longtemps été d'une grande absurdité :
- On auditionnait tout le monde avec un doctorat, même ceux dont le dossier montrait qu'ils n'avaient aucune chance d'être recrutés.=
- Conséquence, des auditions de 10 minutes, qui ne permettent pas de juger grand chose, mais obligatoires (l'absence est éliminatoire).
- Comme on est radins et qu'il y a énormément de candidats, les frais de transport pour se rendre à l'audition ne sont pas remboursés.
Il est également possible que l'information transmise aux candidats ait été trompeuse, pour des motifs légaux : par exemple, en pratique, il est quasi obligatoire d'avoir pris contact avec un laboratoire et d'obtenir son soutien, et très fortement recommandé d'obtenir des lettres de recommandation, mais cela n'est pas expliqué dans la documentation officielle.@david :
Point par point :
1) oui c'est débile. Pourquoi est ce ainsi?
2) On ne choisit pas un type *à vie* (ni même pour un CDI) sur UN entretien. Que l'entretien dure 10min ou 2heures ne change rien. J'espère bien qu'on sélectionne un candidat qu'on a vu à l’œuvre autrement que pendant cette mascarade. A la limite, l'entretien peut servir pour les McD, pour tester si le type sait s'expliquer de façon claire, concise et précise....mais c'est bien tout.
3) mouhaha ça doit faire hurler de rire les étrangers et les gens habitués à des moeurs un peu moins saugrenues.
@xavier: En vérité, la personne est sélectionnée au vu de son dossier et, si j'ai bien compris, au vu de l'appréciation du laboratoire où elle candidate, dans lequel elle a typiquement donné des séminaires. Autrement dit, un processus officiel déficient est doublé d'un processus officieux.
Évidement et, en un certain sens, heureusement.
Comme c'est évident pour tout le monde, quand en finira t on avec cette mascarade?
@xavier: Quand un décret ou un arrêté en aura décidé autrement ?
:) (sourire niais).
Je voulais dire "est ce que les qui siègent dans ces commissions en ont marre et militent pour un changement ou tout le monde s'en fout?
Remarque...est ce que la situation actuelle viole les textes? Ce n'est pas évident. Est ce que ça dit que seul l'entretien doit être pris en compte comme critère d'évaluation?
Effectivement, mais dipardiou c'est plus vendeur ;->
Sinon, avez-vous regardé/écouté cette émission sur France-Culture :
http://www.franceculture.fr/emissio...