De la nécessité de financer des études de sciences humaines et sociales
Par David Monniaux le dimanche, décembre 16 2012, 23:03 - Société - Lien permanent
Dans les récents débats au sujet du mariage des couples de même sexe et des sujets connexes, les uns et les autres, notamment les opposants à ces mesures, ont tenté d'argumenter. En tant que scientifique, je n'ai pu que constater la médiocrité de ce débat, que ce soit au niveau de l'argumentation logique ou au niveau des faits.
Un député a ainsi affirmé :
Deuxième axe de réflexion : souvent, le terroriste présente ce défaut qu’il n’a jamais rencontré l’autorité paternelle : il n’a jamais eu à se confronter avec des limites et avec un cadre parental, il n’a jamais eu la possibilité de savoir ce qui est faisable ou non faisable, ce qui est bien ou mal. (Murmures sur les bancs du groupe SRC.) N’y a-t-il pas une certaine contradiction dans vos propos et ceux de votre gouvernement, alors que vous cherchez désespérément à reposer un cadre, à rétablir un sens, une symbolique, à soutenir, dans le même temps, un projet qui va jusqu’à rayer le mot de père du code civil ? (Protestations sur de nombreux bancs du groupe SRC.) Poussez vos cris d’orfraie, mais cela est tout à fait cohérent, mes chers amis : vous provoquerez dans les années à venir la confusion des genres, le déni de la différence des sexes et la psychose !
Il faut avouer qu'attribuer en quelques phrases le terrorisme à l'absence d'autorité paternelle, la confusion des genres, la différence des sexes et à une forme de « psychose » est audacieux ; je ne céderai toutefois pas à la facilité d'une citation d'Audiard. J'avoue m'interroger sur la compatibilité de cette théorie avec l'existence de terroristes dans les pays musulmans, des sociétes à différence de sexes marquées (dans les mœurs et dans la loi) et où le père a prééminence. Surtout... où sont les arguments factuels ?
D'autres en appellent à la psychanalyse. Je ne suis évidemment pas spécialiste de psychologie, mais il me semble avoir compris que cette théorie est contestée, et qui a eu une assez mauvaise influence sur l'approche de l'autisme en France, en soutenant des traitements cruels et inefficaces et en culpabilisant les familles. On devrait donc chercher de meilleurs arguments.
Il me semble que si la question est de savoir si les familles homoparentales peuvent élever des enfants mieux, moins bien ou de la même façon que des familles « normales », la meilleure méthode est de confier cette étude à des professionnels, à savoir des chercheurs en psychologie et sociologie, afin notamment qu'ils réalisent des études de terrain, des statistiques etc. (ce qui est bien sûr bien supérieur à théoriser dans le vague, ou à partir d'anecdotes plus ou moins frelatées). (*)
Bien entendu, il faudra alors payer un peu (cela coûte de l'argent de faire des enquêtes) et attendre un peu, mais est-ce inacceptable s'agissant de grandes réformes ?
Hélas, l'idée même de demander une expertise scientifique pour éclairer le débat politique paraît hérétique, tant nous aimons argumenter sur des « valeurs », des « intimes convictions » et autres idées préconçues. Il ne peut alors s'agir que d'un dialogue de sourds, comme toute dispute basée sur la foi ; pour ma part, je préfère une discussion basée sur les faits, les argumentations serrées et la logique.
(*) Dans le même ordre idées, je rappelle que pour les questions d'informatique et d'Internet, il y a en France d'excellents spécialistes au CNRS, à l'INRIA et dans les universités. On pourrait penser à leur demander un avis, au lieu de n'écouter que les intérêts économiques.
Commentaires
"les cons osent tout, c'est à ça qu'on les reconnait"
Encore plus grave, voire attristant : le député que vous citez est psychiatre de formation.
Je trouve la remarque sur les pays musulmans terriblement efficace et j'aurais aimé voir la tête du député si on lui avait répondu cela !
Mediapart a fait une partie du boulot en publiant plusieurs articles (de vulgarisation) sur la littérature scientifique (essentiellement anglo-saxonne du reste) existant sur le sujet de la descendance des couples homosexuels.
"D'autres en appellent à la psychanalyse. Je ne suis évidemment pas spécialiste de psychologie, mais il me semble avoir compris que cette théorie est contestée"
???
Je ne suis évidemment pas spécialiste de psychologie, mais il me semble avoir compris qu'il y avait un consensus sur le fait que la psychanalyse se situait quelque part entre l'imposture et les fantasmes délirants d’individus traumatisés par les tragédies grecques, les rêves érotiques et les nœuds borroméens.
"C'est curieux, chez les marins, ce besoin de faire des phrases"
"En tant que scientifique, je n'ai pu que constater la médiocrité de ce débat, que ce soit au niveau de l'argumentation logique ou au niveau des faits."
C'est pour moi le seul intérêt de ce "débat" : mesurer la médiocrité de notre classe politique. Mais aussi celle des journalistes : pourquoi personne ne demande aux opposants au mariage homo/pour tous s'ils se souviennent de ce qu'ils ont prophétisé concernant le PACS? (La classe politique ne se renouvelant pas trop vite en France, ils ont tous certainement dit quelque chose à ce sujet, généralement un prophétie apocalyptique, du style destruction de la civilisation si le PACS entrait en vigueur.)
Par ailleurs, je me demande ce qu'il se passerait si un enfant adopté par un couple de lesbiennes, donc manquant d'autorité paternelle et de la notion du bien et du mal, se mettait en plus à utiliser Internet :
- il/elle se fait violer (sur Internet, via Internet, enfin en rapport avec Internet)?
- il/elle devient nazi?
- il/elle devient terroriste?
- il/elle devient pédophile?
- il/elle devient pédonazi?