Dans les récents débats au sujet du mariage des couples de même sexe et des sujets connexes, les uns et les autres, notamment les opposants à ces mesures, ont tenté d'argumenter. En tant que scientifique, je n'ai pu que constater la médiocrité de ce débat, que ce soit au niveau de l'argumentation logique ou au niveau des faits.

Un député a ainsi affirmé :

Deuxième axe de réflexion : souvent, le terroriste présente ce défaut qu’il n’a jamais rencontré l’autorité paternelle : il n’a jamais eu à se confronter avec des limites et avec un cadre parental, il n’a jamais eu la possibilité de savoir ce qui est faisable ou non faisable, ce qui est bien ou mal. (Murmures sur les bancs du groupe SRC.) N’y a-t-il pas une certaine contradiction dans vos propos et ceux de votre gouvernement, alors que vous cherchez désespérément à reposer un cadre, à rétablir un sens, une symbolique, à soutenir, dans le même temps, un projet qui va jusqu’à rayer le mot de père du code civil ? (Protestations sur de nombreux bancs du groupe SRC.) Poussez vos cris d’orfraie, mais cela est tout à fait cohérent, mes chers amis : vous provoquerez dans les années à venir la confusion des genres, le déni de la différence des sexes et la psychose !

Il faut avouer qu'attribuer en quelques phrases le terrorisme à l'absence d'autorité paternelle, la confusion des genres, la différence des sexes et à une forme de « psychose » est audacieux ; je ne céderai toutefois pas à la facilité d'une citation d'Audiard. J'avoue m'interroger sur la compatibilité de cette théorie avec l'existence de terroristes dans les pays musulmans, des sociétes à différence de sexes marquées (dans les mœurs et dans la loi) et où le père a prééminence. Surtout... où sont les arguments factuels ?

D'autres en appellent à la psychanalyse. Je ne suis évidemment pas spécialiste de psychologie, mais il me semble avoir compris que cette théorie est contestée, et qui a eu une assez mauvaise influence sur l'approche de l'autisme en France, en soutenant des traitements cruels et inefficaces et en culpabilisant les familles. On devrait donc chercher de meilleurs arguments.

Il me semble que si la question est de savoir si les familles homoparentales peuvent élever des enfants mieux, moins bien ou de la même façon que des familles « normales », la meilleure méthode est de confier cette étude à des professionnels, à savoir des chercheurs en psychologie et sociologie, afin notamment qu'ils réalisent des études de terrain, des statistiques etc. (ce qui est bien sûr bien supérieur à théoriser dans le vague, ou à partir d'anecdotes plus ou moins frelatées). (*)

Bien entendu, il faudra alors payer un peu (cela coûte de l'argent de faire des enquêtes) et attendre un peu, mais est-ce inacceptable s'agissant de grandes réformes ?

Hélas, l'idée même de demander une expertise scientifique pour éclairer le débat politique paraît hérétique, tant nous aimons argumenter sur des « valeurs », des « intimes convictions » et autres idées préconçues. Il ne peut alors s'agir que d'un dialogue de sourds, comme toute dispute basée sur la foi ; pour ma part, je préfère une discussion basée sur les faits, les argumentations serrées et la logique.

(*) Dans le même ordre idées, je rappelle que pour les questions d'informatique et d'Internet, il y a en France d'excellents spécialistes au CNRS, à l'INRIA et dans les universités. On pourrait penser à leur demander un avis, au lieu de n'écouter que les intérêts économiques.