Il y a quelques années, j'avais été auditionné au sujet de la sûreté et de la sécurité de fonctionnement des ordinateurs de vote. N'ayant pas eu en main un de ces systèmes pour pouvoir l'expertiser, je m'étais tenu à une analyse du règlement technique gouvernant l'usage de ces machines. Lors de mon exposé, j'ai expliqué que toute discussion sur la sécurité informatique appelle une discussion des menaces auxquelles le système doit faire face, ou, ce qui revient au même, à quelles personnes et quels dispositifs on fait ou non confiance (par exemple, ce n'est pas pareil d'analyser la sécurité d'un ordinateur si l'on ne s'intéresse qu'à des attaques distantes par le réseau, ou si l'on permet à l'intrus de l'ouvrir et de récupérer le disque dur).

J'ai alors émis l'hypothèse que, peut-être, il fallait considérer la possibilité que d'éventuelles fraudes proviendraient non pas de « hackers » essayant, par exemple, de « pirater » ces engins à l'aide d'ondes radios (scénario à la War Games très populaire chez les journalistes), mais bien des services assurant la garde ou la maintenance des dites machines, surtout que celles-ci sont acquises et stockées par des collectivités locales dirigées par des élus qui ont, a priori, un intérêt à influencer le résultat. J'ai illustré mon propos par l'évocation des affaires de fraude aux listes électorales.

Je me suis alors fait proprement incendier ; on m'a dit que je montais en épingle des affaires pas encore jugées, que je lisais trop le Canard Enchaîné, etc., et qu'au final je ferais mieux de m'en tenir à la technique, ce pourquoi on m'avait fait venir. Très clairement, l'idée que les personnes ayant un intérêt à influencer le résultat d'une élection puissent vouloir le faire paraissait une horreur qu'il ne fallait surtout pas évoquer ; j'aurais sans doute eu plus de succès en parlant du danger posé par les « Anonymous ».

Un constat, maintenant : suite aux élections internes de l'UMP, des personnalités de ce parti s'accusent l'un l'autre de fraudes ou du moins de négligences importantes, et menacent de faire intervenir la justice. Ceci, je ne l'ai pas lu dans le Canard Enchaîné... Si les élus de ce parti ne se font pas confiance les uns aux autres pour organiser un scrutin interne, comment les citoyens seraient-ils censés leur faire confiance pour organiser un scrutin politique ?

Encore ne s'agit-il que d'une contestation sur des problèmes « low tech ». Imaginons qu'il y ait eu du vote électronique ; il y aurait en plus de tout cela des querelles d'experts, des révélations du type « un des actionnaires de l'entreprise qui a fourni le matériel est la belle-sœur de M. X, dirigeant dont les préférences pro-Y sont bien connues », etc.