Je lis ici ou là que le projet d'aéroport près de Nantes, à Notre-Dame des Landes, a comme origine une idée d'aéroport capable d'accueillir le Concorde. On met en exergue ce fait pour illustrer à quel point ce projet serait décalé par rapport aux préoccupations actuelles (épuisement des ressources pétrolières, réchauffement climatique), provenant d'une époque où l'on considérait que plus, plus loin, plus vite, c'était forcément mieux.

Je vais citer d'autres exemples amusants.

Il y a quelques années, un collègue déplorait que l'on continue de dépenser des sommes importantes pour la recherche sur le sodium liquide, motivées par son utilisation comme caloporteur dans les réacteurs à neutrons rapides. En effet, on avait annoncé la fermeture de Superphénix, et par ailleurs il était douteux que l'on recommence à en construire.

Cependant, le CEA a lancé la construction d'ASTRID, un nouveau réacteur à neutrons rapides au sodium liquide ! C'est d'autant plus troublant qu'entre temps, il y a eu l'accident de Fukushima, qui a mis en évidence la difficulté d'intervenir sur une installation nucléaire (les piscines au dessus des réacteurs, c'est ballot : si on a un problème sérieux sur l'un on ne peut intervenir sur l'autre, etc.) et l'intérêt de pouvoir recourir à des mesures d'urgence comme le pompage direct d'eau de mer ou de rivière ; toutes choses bien évidemment impossibles avec le sodium liquide, qui s'enflamme au contact de l'humidité et a besoin d'être constamment maintenu en fusion sous peine de se solidifier dans les canalisations.

Revenons à l'aéronautique. La NASA travaille sur divers projets de recherche visant à permettre l'augmentation de la densité du trafic aérien (diminution des distances entre avions, atterrissage par mauvais temps...), ceci dans l'optique d'un doublement de ce trafic (du moins aux États-Unis) dans les décennies à venir. Entre temps, il y a eu l'envolée du prix du pétrole et la mise en évidence du réchauffement climatique occasionné par l'utilisation des carburants fossiles...

Il y a clairement dans tout cela un effet « le paquebot est lancé, continuons ». Faut-il invoquer ce que certains psychologues sociaux appellent le « piège abscons » ?