Une difficulté récurrente pour quiconque veut s'informer est de s'assurer du sérieux, de la véracité des faits rapportés, sinon de leur vérité. Pour ma part, quand je lis un article, un livre, aussi bien scientifique que généraliste, je me fais une impression de cela notamment en comparant les informations présentées sur les sujets que je connais à ce que je sais : si cela a l'air fantaisiste ou naïf, je suis plus circonspect concernant les informations sur les sujets que je ne connais pas.

Cet article d'un blog de journaliste de Rue89 prétend expliquer « les dessous du procès des scientifiques » (5 scientifiques membres d'une commission d'experts ont été condamnés par la justice italienne à 6 ans de prison). Elle explique doctement que ceux-ci n'ont pas été condamnés pour n'avoir pas su prévoir le tremblement de terre (ce qui est impossible dans l'état actuel de la science et est peut-être impossible pour des raisons fondamentales), mais pour avoir sciemment présenté à la population une information biaisée et lénifiante.http://www.resif.fr/org.php

Il m'est difficile de jauger de la véracité des informations présentées : je n'ai pas accès aux documents officiels du procès. Cependant, je peux me raccrocher aux informations sur des sujets que je connais (*), et je trouve notamment cette phrase :

« Joël Dyon, attaché de presse de l’Institut de physique du globe (le lieu où travaillent les sismologues français), précise [...] »

Telle qu'écrite, cette phrase signifie que l'ensemble des sismologues français travaillent à l'Institut de physique du globe. Premier fait : il existe en France deux instituts de physique du globe, l'un à Paris (IPGP) l'autre à Strasbourg (IPGS), ce dernier s'étant longtemps occupé du RENASS (réseau sismologique français) ; M. Dyon travaille à celui de Paris. Deuxième fait, plus important : l'ensemble des sismologues français ne travaille pas à l'IPGP, il y en a dans les universités (notamment à l'Université Joseph Fourier de Grenoble), à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et même au Commissariat à l'énergie atomique, direction des applications militaires (CEA-DAM) ; on pourra se rapporter par exemple à cette page.

Bien entendu, cette erreur peut sembler bien vénielle, si ce n'est qu'elle laisse supposer comme souvent en France qu'il y a un unique organisme parisien qui s'occupe d'un sujet donné. Il n'en reste pas moins qu'elle peut laisser supposer que l'auteure de l'article ne s'est guère renseignée sur le milieu scientifique dont elle discute, et surtout qu'elle a pris la première personne qu'elle ait pu joindre. Il est peut-être significatif que Joël Dyon ne soit pas sismologue, mais responsable de communication et documentation ; quitte à parler avec l'IPGP, on aurait par exemple pu prendre l'avis de Pascal Bernard (qui, certes, était peut-être injoignable).

Plus loin, l'article parle d'un « rapport Barberi ». Aucune référence bibliographique, aucun lien permettant au lecteur de le retrouver et de vérifier les informations rapportées dans l'article.

On pourra me reprocher de pinailler sur des détails. Cet article se propose de démontrer la culpabilité de 5 personnes condamnées à de la prison ; il me semble que la charge de la preuve est alors du côté du journaliste.

(Deux petites remarques pour finir. Cet épisode, comme celui de Séralini et des OGM, démontre la nécessité d'avoir une recherche scientifique indépendante des pressions tant des responsables politiques que des industriels.

Je me demande également si nous ne manquons pas en France d'un système permettant à des journalistes de trouver des chercheurs ou universitaires spécialisés le sujet qui les intéresse, une sorte de carte des compétences détaillée.)

(*) Il se trouve que je connais des sismologues.