Sur la pseudo-autonomie des universités françaises
Par David Monniaux le jeudi, octobre 25 2012, 11:51 - Enseignement - Lien permanent
Tribune dans Le Monde au sujet de la pseudo-autonomie des universités françaises, dont je partage dans l'ensemble les constats et les suggestions (en étant cependant conscient que je ne connais pas très bien les problèmes).
Un paragraphe me paraît cependant peu clair, sans doute de part des pudeurs de langage :
« Il faut d'abord parvenir à dissocier la politique de l'enseignement supérieur de celle de la jeunesse, que le président Hollande a placée, à raison, parmi les priorités de son quinquennat. L'attribution à la jeunesse d'un statut visant à son autonomie sociale et financière dans un contexte de chômage de masse est une nécessité politique de l'heure. Une vraie politique d'enseignement supérieur doit se préoccuper de la formation tout au long de la vie et non seulement de la prise en charge des flux annuels de bacheliers. »
Doit-on comprendre que les gouvernements successifs ont considéré l'université comme un parking à jeunes, qui permet de leur donner un statut donnant droit à différents avantages (logements, tarifs réduits...) sans les décompter dans les statistiques du chômage, mais sans réelle interrogation sur leurs besoins en terme de formation ?
Commentaires
Les étudiants eux-mêmes ne s'interrogent pas forcément sur leurs besoins en terme de formation, hélas. J'en ai déjà vu revendiquer des modalités d'examen plus favorables uniquement pour que tout le monde ait son diplôme...que les connaissances correspondantes aient été acquises ou pas. Le tout au nom de la lutte contre les inégalités sociales : puisque l'on discrimine au diplôme, donnons des diplômes à tout le monde.
@Fugace: C'est curieux qu'ils ne pensent pas à plus d'un coup en avance (à savoir : si tout le monde a le diplôme d'université et que celui-ci ne vaut rien, les employeurs exigeront une autre forme de distinction).
Il me semble d'ailleurs que certains « syndicats » étudiants (peu représentatifs, d'ailleurs, vu les participations faibles) encouragent ce point de vue (examens que l'on peut repasser n fois et compenser de multiples façons, etc.). Il est vrai que le système s'auto-entretient (si tu es rigoureux dans une filière, un cours, les étudiants s'inscrivent ailleurs, donc la filière ou le cours n'ouvre pas, ce qui est pénible pour l'enseignant-chercheur qui l'a préparé et qui doit se trouver un autre enseignement pour faire son quota d'heures, etc.).
@Fugace : Les étudiants ne font pas des études pour apprendre quelque chose, mais pour obtenir des diplômes. Cela n'est en rien un phénomène nouveau.
De ce que m'en disent mes anciens étudiants, les employeurs ne considèrent plus le diplôme que comme un filtre préliminaire.
Ensuite, ils affinent leur sélection soit en proposant un stage soit carrément en refaisant passer des examens "internes".
Certains étudiants aimeraient bien quand même apprendre quelque chose, conscients qu'il y a un monde au-delà de l'université... mais David a raison : le système s'auto-entretient.
Ce qui m'agaçait le plus quand j'en ai discuté avec des partisans de la facilité, c'était leurs arguments à base de pseudo-lutte des classes, qui confondent causes et conséquences jusqu'à l'absurdité. L'université est sélective, parce qu'elle a besoin de l'être pour remplir son rôle. Et on l'empêche de l'être.
Et on se retrouve avec la situation décrite par miko : les employeurs ne peuvent plus se fier aux diplômes. L'une des conséquences, c'est de favoriser le recours aux réseaux (on embauche quelqu'un dont on nous a dit du bien, ou qui sort d'une formation dont on sait qu'elle est encore efficace), or le recours aux réseaux est susceptible d'accentuer les inégalités sociales et contribue à empirer la séparation en classes sociales... précisément le phénomène contre lequel l'étudiant partisan de la facilité voulait lutter.
En effet, je ne comprends pas en quoi la facilité des études serait en faveur des étudiants socialement défavorisés. Quels sont les arguments donnés par les "partisans de la facilité" ?
@PB : je ne connais pas leurs arguments mais je suppose qu'une possibilité est de dire que les étudiants de familles pauvres doivent travailler à côté afin d'assurer leur subsistance alors que les étudiants issus de familles moins pauvres peuvent se consacrer pleinement à leurs études et donc obtenir leurs diplômes plus aisément.
@Fugace: Pire. La dévaluation des diplômes conduit à l'allongement des durées d'études. Jadis, on pouvait enseigner en école primaire avec le bac + formation complémentaire rémunérée (voire sans le bac, si j'ai bien compris), et on pouvait passer le CAPES en ayant une licence (bac+3). Maintenant, on exige un master.
Cela revient à favoriser les étudiants dont les parents ont les moyen de payer des études longues. Ajoutons que le problème n'est pas tant les coûts d'inscription (faibles en France) que le logement, les transports, etc., donc au passage on favorise les gens qui vivent dans une ville universitaire.
Pour contrer cela, il faudrait un programme ambitieux de logements étudiants et de bourses, mais rallonger les formations rend pareil programme économiquement infaisable.
Fugace : Si on parle des "réseaux" au sens "je suis dans une grande boite donc on trouvera bien un poste pour le fils Machin même si c'est une tanche" alors oui, ça accentuer les inégalités sociales.
Mais il y a aussi la notion *saine* de "réseau" au sens de "ce type a prouvé qu'il était bon donc on le prend...qq son bout de papier". Cette notion de "réseau" est parfaitement égalitaire :)
@PB : Med et David t'ont donné des éléments de réponse, globalement j'ai vu trois "arguments" : 1) les gosses de riches n'ont pas besoin de travailler pour survivre : plus de temps et d'énergie pour bosser leurs examens 2) ils travaillent dans de meilleures conditions (ils peuvent se payer les bouquins au lieu d'être restreints par l'accès à la BU, ils ont généralement plus de place qu'on n'en a en chambre d'étudiant....) 3) ils peuvent (via papa-maman) se payer des professeurs particuliers pour réviser ou s'ils butent sur un point.
Donc les riches ne sont pas si méritant d'avoir en moyenne de meilleurs résultats que les pauvres, "donc" pour rééquilibrer il faut que les pauvres aussi aient leur diplôme. (Inutile de me signaler toute erreur de logique, je ne suis pas d'accord avec la conclusion).
@David : oh que oui, et cette dévaluation commence tôt, vu l'évolution du brevet et du bac ne serait-ce que sur les 30 dernières années. L'absence d'alternatives au collège unique + lycée général se fait aussi cruellement sentir (un bac pro ne valant "rien" si on veut ensuite passer par l'université), tout ce qu'on "propose" aux élèves c'est le redoublement, si démotivant voire stigmatisant, alors qu'ils n'ont pour certains que le tort d'être un peu plus lents ou exigeants pédagogiquement que leurs camarades, et réussiraient bien mieux s'ils avaient 14 ans au lieu de 12 entre CP et Terminale. Du coup ce temps qu'on ne leur donne pas avant le bac est "récupéré" avec intérêts derrière, tout ça pour retarder le moment où le jeune entrera sur un marché de l'emploi saturé.
@Xavier : je ne suis pas sûre d'adhérer : je parle du problème de la première expérience professionnelle, donc avant l'étape "ce type a prouvé qu'il était bon". C'est cette occasion de faire ses preuves autrement que par le diplôme qui manque parfois, et que l'on se procure souvent par réseau.