De l'utilité de nos sacro-saintes règles administratives
Par David Monniaux le lundi, octobre 1 2012, 20:55 - Recherche scientifique - Lien permanent
La recherche publique est une bureaucratie (certaines grandes entreprises, probablement presque toutes, aussi), avec des règles qu'on nous présente comme très utiles et importantes. Quelques exemples :
- Il fut un temps où l'on demandait des « RIBs originaux ». Un PDF dans le mail ou une photocopie, houla non, quelle horreur... mais parfois on acceptait un fax. (Cela fait des années que j'imprime mes RIBs moi-même..)
- Quand on part en déplacement, il faut ramener tickets et cartes d'embarquement, et ce même s'ils ont été achetés par l'organisme qui paye la mission et donc qu'on ne demande pas leur remboursement. Enfin, il fallait, car avec les billets électroniques ça n'a plus guère de sens... quant aux cartes d'embarquement, elles sont de nos jours imprimables à volonté. Personne n'a jamais pu m'expliquer l'utilité de cette procédure, car on a de toute façon les factures des dits billets. (Conséquences pratique : il faut stocker les papiers, les confier à une secrétaire qui les colle précautionneusement sur une feuille... et il y a quelques années, on envoyait tout à des bureaux régionaux. Curieusement, c'était sacro-saint avec les billets papier mais superflu maintenant qu'il y a des billets électroniques, comme si la technique imposait le changement de règle.)
- Le matériel informatique inventoriable ne peut être détruit ou donné aux œuvres sans l'autorisation d'un service lointain et perpétuellement indisponible. Le matériel en panne (et non réparable, ou dont la réparation ne serait pas rentable) ou très obsolète est donc stocké pendant des années. J'ai vu à Paris une pièce entièrement occupée par du vieux matériel recouvert d'une couche de poussière noire (au prix du m² parisien !).
- Pour un déplacement (en jargon administratif, on dit une « mission » ; celui qui part est le « missionnaire », et sur au moins un formulaire j'ai vu un champ pour rentrer sa « position » administrative) en France, il y a un plafond de remboursement de 60€ par nuitée d'hôtel, ce qui est manifestement trop bas pour certaines grandes villes (n'oublions pas que si l'on se déplace, c'est généralement en train donc adios les hôtels pas chers en périphérie ; par ailleurs passer 3 h dans les transports en commun n'est pas un bon usage du temps disponible, car c'est d'autant pris sur le temps disponible pour l'activité pour laquelle on se déplace). Aussi nous permet-on de réserver des hôtels via une agence de voyage, avec plafond de 90€ en province voire plus sur Paris. Problème : les agences ont une furieuse tendance à indiquer des hôtels à 3 km du lieu demandé (alors qu'il existe des hôtels à moins de 90€ au bon endroit), et l'une d'entre elles payait les hôteliers en retard, aussi ceux-ci renâclaient-ils à prendre ses bons de réservation ; enfin il semble que les hôtels facturent plus cher via l'agence que si l'on réserve directement en tant que particulier (!). On m'a montré un cas où l'agence voulait loger à Roissy-Charles de Gaulle une personne qui devait aller à Paris. Question : pourquoi ne pas mettre un plafond de 90€ et basta ? Rappelons également que le chercheur prend en général ses missions sur un budget géré localement à son équipe, donc il n'a pas intérêt à faire des dépenses somptuaires...
- Pour les enseignants-chercheurs qui partent en mission à l'étranger, il faut non seulement l'ordre de mission mais aussi une autorisation d'absence à signer par la direction de l'établissement et à demander 6 semaines voire 2 mois à l'avance. (S'agit-il de se prémunir contre le cas d'un enseignant-chercheur qui, sciemment, programmerait ses missions pendant ses enseignements ? Bonjour l'ambiance de confiance...)
- De même, pourquoi imposer le passage par une agence (mobilise : une secrétaire qui parle avec l'agence et renvoie ses réponses) pour réserver des trains, dont le prix est de toute façon fixé par la SNCF ? Idem pour les avions : toutes les agences interrogent la même base, apparemment. (Je suppose que c'est parce que sinon tout le monde irait au plus rapide, sur voyages-sncf et Opodo...)
- On nous répète que les marchés publics servent à payer moins cher, mais comment dans ce cas expliquer leur existence sur des produits comme le livre, dont le prix est unique (modulo 5% de rabais optionnel) ? Soyons sérieux. (Je suppose que, comme pour les agences de voyages, il s'agit de faire plaisir aux entreprises concernées.)
- De nombreux documents exigent la signature du directeur de laboratoire (voire : d'UFR ou du président de l'Université) alors qu'il n'y peut strictement rien. (Exemple : demande de remboursement de l'abonnement de transports en commun. C'est de droit, le directeur ne peut s'y opposer, ce n'est pas pris sur son budget, et on voit mal ce qu'il peut contrôler vu que les seules informations présentes sont également connues des services de ressources humaines à qui ce document est destiné.)
- Pourquoi faut-il, pour rembourser des frais par virement à un étranger, lui demander 36 informations (adresse de la banque etc.) alors que le moindre site de banque en ligne permet un virement instantané avec simplement un IBAN ?
- Je vous passe le récit des convocations à certaines réunions où le circuit de signatures et validations met en jeu facilement 6 personnes. Bonus spécial quand un document a été envoyé par courrier papier et qu'il faut donc le scanner pour le renvoyer aux services compétents.
- Il y a un certain manque de proportionnalité dans le traitement des enjeux. On peut passer un temps considérable à savoir si on a ou non le droit de payer tel ou tel machin relativement bon marché, et d'un autre côté, j'ai chiffré un contrat européen à coup de feuille de tableur avec une aide administrative assez faible (et hop, on bouge 25000€ entre deux lignes...).
Chacun de ces points peut paraître anecdotique et même mesquin, mais leur accumulation implique non seulement des lenteurs dans le travail de recherche, mais aussi l'emploi de nombreux personnels administratifs (*) — or, nous sommes en période de rigueur, et dans certaines institutions de recherche les coûts salariaux représentent 80% du budget... Il serait donc bon de se demander à quoi ces procédures servent !
Une fois évoqués les problèmes triviaux, nous pourrions ensuite passer aux choses plus délicates, par exemple le cas des stagiaires auxquels la loi nous fait obligation de verser une gratification... mais celle-ci ne pourrait être imputée comme du personnel car le stagiaire n'est pas du personnel ; ou encore le recrutement de contractuels, dont les règles demandent au moins un master en droit du travail + en droit public + des arrachages de cheveux (saviez-vous que certaines universités ne cotisent pas aux ASSEDIC mais versent directement les allocations chômage, et que donc celles-ci prennent un pourcentage sur certains contrats de travail pour financer une caisse de chômage, sauf que ces frais ne sont pas imputables sur les contrats européens, alors que les ASSEDIC si ?). Nous pourrions également évoquer les demandes de financement avec moult « workpackages », « délivrables », diagrammes de Gantt et accords de consortium, bref, une gestion de projet industriel avec un produit final alors qu'on a affaire à de la recherche scientifique, avec les aléas que cela suppose (on peut même s'amuser avec les annexes financières, notamment quand le découpage en catégories et en périodes change entre le document de soumission et le document final).
Ce que je trouve amusant, c'est comment certains points sacro-saints (vous comprenez sinon quelle horreur il pourrait y avoir des dérapages !) disparaissent parfois. Par exemple, naguère, toute commande devait passer par divers services, avec demande de devis, rédaction d'un bon de commande, réception de facture, paiement par virement (donc facilement 4 personnes). Paiement par carte bancaire ? Mon bon monsieur vous êtes inconscient, d'ailleurs quels fournisseurs acceptent la carte bancaire ? (à peu près tous les organisateurs de colloques et tous les fournisseurs de « littérature grise », madame) Puis finalement certains établissements ont distribué des cartes bancaires à des responsables et le ciel n'est tombé sur la tête de personne (après une période assez curieuse où des cartes avaient été confiées à des services administratifs dont les employés n'avaient pas accès aux courrier électronique et ne parlaient pas anglais, mais étaient cependant chargés de passer des commandes à l'étranger).
Les procédures considèrent tout le monde comme un fraudeur en puissance et multiplient donc les précautions a priori. Mais, me dira-t-on, le fait d'être chercheur à bac+8 n'exclut pas la malhonnêteté ! Pourtant, il serait aisé, en cas de contrôle et de fraude, d'appliquer des sanctions administratives ou des retenues sur salaire : un professeur des universités n'a aucun avantage à laisser son poste et disparaître dans la clandestinité...
Je suis sûr que chacune de ces procédures partait d'un bon sentiment : éviter que des fonctionnaires ne se gobergent en hôtel de luxe aux frais du contribuable, éviter qu'ils n'attribuent leurs commandes à leur copains, etc. Reste qu'on combat parfois un problème minoritaire avec un remède pire que le mal, car, chaque service voulant se protéger et « ouvrir le parapluie », chaque obligation nouvelle se traduit par une avalanche de mesures.
J'avoue ainsi mon scepticisme quant à une suggestion récente (de l'Académie des Sciences et de l'AERES, si je ne m'abuse) que les soumissions de projet ANR soient validées par les établissements gestionnaires. L'intention est louable : ces établissements devront aligner des ressources pour gérer ces projets, il serait normal qu'ils donnent leur accord. Mais réfléchissons à ce que cela voudrait dire en pratique... ça risque de se traduire par « chaque projet devra être signé par la présidence de l'établissement ou une poignée de personnes ayant délégation ». Vu que les projets sont souvent rédigés et soumis dans un emploi du temps très tendu, c'est sans doute une mauvaise idée !
Essayons de faire des choses simples. Ne mettons pas en place des procédures où il faut faire intervenir 4 personnes pour ce qui pourrait être traité par 1 ou 2. Ayons un peu de bon sens. Regardons ce qui se fait quotidiennement ailleurs. Faisons un peu confiance aux gens au lieu de les traiter comme des escrocs et/ou des grands inconscients.
(La dernière fois que j'ai râlé sur les procédures sur ce blog, un quidam est venu m'expliquer que non les choses fonctionnaient bien et que je n'avais qu'à suivre une formation en droit public et en procédures de marchés... On croit rêver.)
PS Je sens poindre l'objection que je suis un nanti qui se plaint de pas grand chose, et que dans d'autres administrations la situation est pire, que les gens se cotisent pour acheter des ampoules électriques, etc. Une différence notable est que la recherche est en concurrence mondiale. Dans certaines disciplines, dont l'informatique, il est très difficile d'attirer en France les bons candidats (et même d'inciter les français à rester en France) notamment parce que nous avons une réputation exécrable de bureaucratie inefficace, tatillonne, mesquine et discourtoise.
(*) Au CNRS, si je ne me trompe pas dans les décomptes au vu du bilan social, il y a environ 4700 administratifs pour 11000 chercheurs. C'est un peu difficile à évaluer car la plupart des laboratoires CNRS sont des unités mixtes avec des universités, où il peut y avoir une majorité de CNRS parmi les administratifs tandis que les chercheurs CNRS sont une minorité (majorité d'enseignants-chercheurs universitaires).
Commentaires
Ma fac refuse les photocopies (ça pourrait être des faux), mais accepte les PDF provenant de documents scannés. Allez comprendre.
Les marchers ne sont pas fait pour faire des économies, mais pour contrôler les dépenses. Enfin, ça doit être l'idée.
Ceux qui touchent l'allocation perte d'emploi au lieu des ASSEDIC ne cotisent pas à la retraite. Encore un scandale.
I'm FBM and I approve this message. :-)
@EC Patrouveur: En 1999, dans une formation CIES, une enseignante-chercheuse en chimie m'expliquait doctement que c'était plus sécurisé d'accéder à (était-ce pubmed?) par l'interface telnet que l'interface Web (ah ah ah ah ah le telnet ce n'est pas chiffré, tandis que le Web peut l'être, donc c'est plutôt le contraire !). De très nombreuses personnes ont des idées bizarres en matière de sécurité !
Passer commande de billets de trains par marchés publics coûte de l'argent, me semble-t-il...
Encore récemment: quand on décide d'aller faire des manipes chez un partenaire scientifique, ce n'est pas toujours 3 mois à l'avance, mais plutôt 15 jours/3 semaines. Il reste encore des tarifs intéressants, mais il faut agir vite.
Hélas, le temps qu'on remplisse l'ordre de mission, validé par le département puis la structure au-dessus, puis qu'on nous renvoie les documents à signer, qui sont ensuite envoyées à l'agence sous réserve que les lignes de crédit soient bien ouvertes comme il faut... on obtient si on a de la chance le billet 3 ou 4 jours avant le départ.
Du coup on paye plein pot, et en plus il y a des frais de dossier. Récemment, 160euros + 10, alors que j'aurais pu trouver si j'avais fait moi-même (en me faisant rembourser après) à 120 ou 130.
Je sens que je vais rigoler pour la conf' de janvier qui n'accepte l'inscription qu'avec carte de paiement.
Chez moi, pas d'autorisation d'absence me semble-t-il, par contre ils ont déjà mis en place la signature par tout le circuit (du département à l'administration générale) avec vérification de viabilité financière avant dépôt d'ANR. Cela dit, sans le savoir j'ai tout squizzé (je n'avais vu ça ailleurs donc ça ne m'était même pas venu à l'esprit - et comme tu dis déjà que les deadlines sont serrées, si en plus on doit faire valider par 10 mecs jamais là qui de toute façon signent déjà sans lire 600 docs par jour - argument que m'a sorti texto la chef de la RH), je me suis fait un peu engueuler mais je n'ai jamais encore vu un établissement refuser un financement ANR... (finalement, ils étaient plutôt contents quand je l'ai eue, surtout que c'était la seule du département...).
@mixlamalice: Je ne comprends en effet pas cette obsession de vouloir contrôler à la soumission — après tout, l'établissement peut refuser la subvention une fois qu'elle est attribuée, si elle lui semble non viable financièrement !
Surtout dans le cas des ANR ou autres gros projets qui sont assez bien codifiés et ou le risque (que ça ne soit pas viable) semble vraiment minime...
Parfois, j'ai l'impression que la logique est qu'un EC qui ne fait pas de recherche du tout est "budgété", alors qu'un EC qui fait de la recherche sur un contrat "extérieur" à l'établissement (qui ne donne pas d'argent) "coûte" de l'argent à l'établissement...
Mon autre hypothèse est que certains instituts ont laissé passer un peu trop de contrats "portnawak" type prestas de service sous payées sans aucun droit de regard etc... et que du coup ils sont maintenant ultra-paranos même sur les trucs très "routiniers"...
Pour le 5), oui, je connais des cas. On m'a même parlé de gens malades uniquement le mardi après-midi (devine quand ils avaient cours), ou qui partaient en mission à chaque session de jury.
Sinon, pour les ASSEDIC, tu as fréquenté un établissement qui n'y cotisait pas. Apparemment, comme un chômeur est payé par le dernier employeur (et non pas le dernier plus gros ou quelque chose du genre), si on ne cotise pas aux ASSEDIC, c'est à l'établissement de payer. Je connais des endroits où il est interdit de recruter un chômeur en vacations, puisque l'établissement devient alors le dernier employeur, même pour 3h de TD (les droits au chômage, c'est deux ans).
@mixlamalice: Je pense qu'il faut vraiment distinguer d'une part les contrats de recherche type ANR d'autre part les contrats industriels (prestations de service, recherche finalisée).
@JCDubacq: Certes. Maintenant,
- Comment ce monsieur obtenait-il ses autorisations d'absence ? N'est-ce pas le signe qu'on ne contrôle pas grand chose, dans les faits ?
- Faut-il embêter l'immense majorité des enseignants-chercheurs honnêtes pour quelques cas ? À la limite, pourquoi ne pas créer des autorisations permanentes pour les personnels qui ne posent pas de problèmes ?
- Faut-il 6 semaines voire 2 mois pour vérifier un emploi du temps ?
- Est-il bien nécessaire de faire remonter à la direction de l'établissement et non pas simplement à la composante enseignement concernée ?
Rappel également : si l'enseignant-chercheur sabote ses cours (heures assurées, mais cours nul), on ne peut rien ou presque. :-)bonsoir,
pour le point 5: c'était pareil à Reims, mais on pouvait squizzer ça facilement sur deux semaines, surtout si on prernait le papier dans ses petites mains et que l'on faisait le tour des signatures locales avant d'aller le poser diretement sur le bureau de la bonne secretaire (je l'ai eu une fois en 48H). Pour ce qui est de truander ses enseignements, j'en ai vu de tellement belles à Reims que personne prendrait un chemin aussi compliqué.
Point 8: Il y a la theorie et la pratique. J'ai pas trop envie de m'etendre sur ce sujet, mais oui le directeur de labo de Reims d'alors m'a envoyé boulé et à essayer de faire jouer ses contacts pour me niquer la permission d'aller à une conf ou j'avais posé trois articles differents (trois idées differentes sur deux sujets, pas des itérations). On avait pas d'argent alors j'avais concentré ma production annuelle sur une date. Finalement, j'ai eu un financement d'une autre universite par un collegue qui avait une bourse sur plusieurs universités... à méditer.
@Nico: Pour le point 8, je me suis mal exprimé : je parlais des abonnements de transport en commun. Tout employé a droit à s'en faire rembourser 50%, le formulaire comprend des informations comme l'adresse personnelle de l'employé et celle de son lieu de travail (connues toutes deux des ressources humaines), il n'y a rien qui intéresse le directeur de laboratoire, mais il faut quand même sa signature.
C'est une manie très française que d'exiger la signature de nombreuses personnes très occupées. Je n'ai ainsi jamais compris pourquoi une autorisation de soutenance de thèse devait être signée du président de l'université... et il fut un temps où les contrats d'allocataires de recherche étaient à signature du Recteur (il me semble avoir entendu en 1999 « ah ben votre contrat il n'est pas signé et puis il ne risque pas de l'être tout de suite parce que le Recteur n'est pas encore rentré de vacances », ce qui m'avait un peu étonné parce que j'aurais cru qu'un recteur, c'était sur le pont à la rentrée scolaire...).
Bien évidemment, en pratique, le haut responsable a un parapheur et ne lit pas ce qu'il signe à la chaîne.
(Je plaisante parfois sur ces choses :
DM : ...mais je ne pourrai pas car je serai à Rennes.
directeur : À Rennes ? Que vas-tu faire à Rennes ?
DM : C'est pour la réunion du projet BIDULE, tu devrais le savoir c'est toi qui a signé l'ordre de mission.
directeur : Si tu crois que je me rappelle de tous les machins que je signe !)
Ma complémentaire santé m'a demandé d'envoyer un papier de la CPAM par fax, en me précisant que je pouvais garder l'original. Ah ah !
CR2 CNRS affectée à l'Inria (oups pardon, à Inria) et occasionnellement vacataire à l'université, je confirme que tout est tristement vrai. Ici, nous avons même mieux sur au moins deux points :
- le RIB original est effectivement demandé, mais il est possible de s'arranger avec un screenshot internet, à la condition expresse... qu'une URL en https soit imprimée en haut de la page. Comme ça, vous comprenez, c'est sécurisé ! Le RIB PDF gracieusement imprimable depuis le site de la banque, et semblable en tous points au RIB du chéquier, n'est en revanche pas recevable.
- Pour obtenir le remboursement de "menues dépenses" engagées personnellement par l'agent, nous devons fournir... un relevé de compte ! Il me semble que cela viole une poignée de règles du genre confidentialité ou secret bancaire, mais on ne va quand même pas aller au tribunal administratif pour 25 euros, n'est-ce pas ?
Bref, un peu d'Ubu, un soupçon de Kafka, la fausse impression de faire une économie (au mépris de tous les coûts cachés), qui peuvent sembler des détails mais qui en effet pourrissent un peu le quotidien, et sont sources de gaspillages dont on ne prend certainement pas la mesure partout.
@Artefact: Cela fait des années que je m'interroge sur la nécessité d'avoir un « RIB original » — quelle fraude serait évitée ainsi ? La seule explication plausible à laquelle j'aie pu arriver est que c'est une règle venue d'il y a plusieurs décennies, quand les photocopieuses avaient tendance à baver / imprimer tout foncé / imprimer tout clair, et que les photocopies de photocopies devenaient vite illisibles avec risque d'erreur ; les administrations détestent les erreurs sur les virements (au mieux le virement est refusé et il faut demander des précisions et refaire, au pire on vire au mauvais compte...). Après, combinez ça avec le fétichisme des règles et les idées biscornues de certains sur la sécurité informatique.
Quant au relevé de compte, on m'a il me semble suggéré jadis de le fournir pour justifier d'une dépense payée par carte bancaire en ligne. Comme vous, je pense que c'est abuser, car mes dépenses ne regardent pas l'agent comptable et ses services. Il me semble me rappeler avoir fourni un relevé copié où j'avais noirci tout à part la ligne importante.
Je n'ai pas les chiffres pour le CNRS mais je soupçonne que c'est pareil. Il me semble ne jamais avoir rencontré de secrétaire de laboratoire qui soit un homme (j'ai en revanche vu cela pour des secrétariats de départements d'enseignement) ; on m'a au mieux cité le cas d'un ex-militaire.
Pour les petites dépenses, je croyais que les chefs de projets INRIA avaient des cartes achat ?
Bonjour,
en ce qui concerne l'achat de livres, le passage par le prestataire du marché public permet de bénéficier d'une réduction de 9% sur le prix public (contre 5% pour les particuliers). Mais si le libraire titulaire du marché ne peut pas vous le procurer, vous pouvez alors tout à fait passer par un autre prestataire
Merci en tout cas pour ce blog toujours très intéressant !
@bibli: Oui, bien sûr. Encore faut-il attendre que le titulaire du marché se décide à répondre ; j'ai connu un organisme où le titulaire du marché des livres en anglais mettait des semaines à réagir... avec notamment l'affirmation qu'un livre est « indisponible » alors qu'il était récent et en vente chez Amazon et dans des librairies du quartier.
C'est comme pour les hôtels en mission. Si vous vous obstinez (bienvenue dans les critères byzantins : à moins d'une demi-heure de trajet avec quels moyens de transport exactement ?), vous pouvez éventuellement obtenir un certificat permettant le passage hors marché.
Dans le même ordre d'idées, j'ai connu un établissement où le marché de fourniture des Macs (pardon, des « ordinateurs à base de processeurs PowerPC », même si je suppose qu'on aurait été très embêtés si quelqu'un avait voulu vendre du PowerPC sans MacOS dessus) était donné à une entreprise qui ne savait juste pas livrer des Macs (c'est ballot, hein !). Je suppose qu'en théorie, il était possible de dénoncer ce marché ; en pratique... les gens trouvaient des contournements, par exemple commander les Macs sur crédits CNRS, ou encore commander une « station de travail multimédia » qui se trouvait être (quelle coïncidence) un Mac.
Beaucoup de choses sont possibles. Tenez, on peut même programmer un ordinateur en langage assembleur ; c'est juste très fastidieux. :-)
Je ne suis pas sûr que la remise de 9% compense les surcroîts de coûts de traitement des commandes (ne pas oublier que chaque heure de travail passée à régler des « broutilles » coûte plusieurs dizaines d'euros ; quand je me suis occupé des histoires de gratification de stagiaires, avec courriels, courrier papier, appels téléphoniques, etc., on a probablement dépensé plus d'un mois de gratification de stagiaire simplement pour savoir si on avait le droit de le payer).
Je suis prêt à parier que dans la plupart des bibliothèques scientifiques, les coûts salariaux environnés sont bien supérieurs aux coûts des acquisitions...
"De nombreux documents exigent la signature du directeur de laboratoire (voire : d'UFR ou du président de l'Université) alors qu'il n'y peut strictement rien."
Ces directeurs peuvent-il déléguer sa signature ou ses pouvoirs, comme cela se fait couramment pour les "haut gradés" des l'administration ? (ce n'est jamais le préfet qui signe lui-même une carte d'identité).
@SB: C'est possible, mais il y a parfois des bizarreries. Par exemple, certains documents pouvaient être signés par un directeur adjoint de laboratoire, mais pas d'autres, donc si le directeur est absent...
Quand on y réfléchit bien, la notion de "RIB original" n'a aucun sens. Le RIB est une donnée pas un document. On pourrait tout aussi bien le dicter ou l'écrire sur un post-it.
Vous demande-t-on une "adresse originale", un "numéro de téléphone original" ?
Nous sommes bien d'accord que cela n'a pas de sens. Il persiste pourtant en ce bas monde un cercle occulte des adorateurs du mythique RIB original. Après investigation, il semblerait que cela désigne "le RIB du chéquier". J'ai eu beau arguer que je n'allais pas commander un nouveau chéquier à chaque fois que l'on me demande mes coordonnées bancaires, cela n'a jamais étanché la soif des vrais croyants.
Je vois trois explications à ce phénomène (le goût du mysticisme mis à part) :
- le phénomène singe-banane-douche froide : on ne sait plus pourquoi ni depuis combien de temps on fait comme ça, mais si les autres font comme ça depuis toujours, c'est bien qu'il doit y avoir une raison ;
- l'effet parapluie : si jamais il y a un os, je pourrais dire que c'est pas de ma faute et que j'ai fait tout ce que j'ai pu ;
- la bonne vieille logique shadok : mieux vaut pomper et qu'il ne se passe rien, plutôt que risquer qu'il se passe quelque chose d'encore pire en ne pompant pas.
Je dirais un peu de tout ça, avec la vieille photocopie illisible comme graine de départ.
La carte achat ? C'est un peu comme le RIB original, tout le monde en parle mais personne ne l'a jamais vue ! (Sans parler des infinies complications entre statut Inria et statut CNRS...)
@Artefact: Ah. La carte achats existe au CNRS ; je l'ai vue (dans les mains de mon directeur de laboratoire). Depuis ce jour béni, le laboratoire est passé en délégation générale de gestion à l'université, laquelle n'a pas encore mis en place de carte achats. Back to square one.
Une anecdote pour montrer le côté rigide rigide de notre Chère administration.
Lors de la pandémie grippale de 2009, mon administration nous a demandé de remplir un formulaire (papier, bien sûr) sous peine de suspension de traitement en cas de fermeture :
devait être indiqué
-Nom, prénom, numéro numen
-e-mail pro (???)
-numéro tel fixe perso
-adresse perso (mais qui fait mes fiches de payes?)
-numéro portable (déjà fourni pour les cartes de visite mais bon)
-e-mail domicile
-numéro de fax (???)
et cerise sur le gâteau :
- autres ...
certains de mes collègues ont répondu : signaux de fumée, tamtam, téléphone arabe ...