Un article du Nouvel Observateur explique, au sujet de recherches sur la toxicité des OGM :

Cette bataille, l’ex-ministre de l’Ecologie et première vice-présidente de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire à Strasbourg, la mène depuis quinze ans au sein du Criigen (Comité de Recherche et d’Information indépendantes sur le Génie génétique) avec Joël Spiroux et Gilles-Eric Séralini. Une simple association 1901 qui a pourtant été capable de réunir de bout en bout les fonds de cette recherche (3,2 millions d’euros) que ni l’Inra, ni le CNRS, ni aucun organisme public n’avaient jugé judicieux d’entreprendre.

Une petite explication sur le fonctionnement de la recherche publique. L'article laisse entendre que 3,2 millions d'euros est une somme qu'un organisme national comme le CNRS ou l'INRA peut facilement sortir pour payer une expérience dirigée par un chercheur. C'est une bien curieuse vision de la recherche scientifique en France en 2012.

Depuis une dizaine d'années, la politique publique a été de retirer une bonne partie des crédits des mains du CNRS, INRA et autres organismes menant effectivement les recherches pour les confier à l'ANR (Agence nationale de la recherche) et autres circuits de financement (pôles de compétitivité). Le chercheur désireux de mener une expérience ne peut pas s'adresser au CNRS pour obtenir des moyens dépassant disons 20000€ ; il doit demander un financement à l'ANR ou à l'Europe. Un financement ANR dans mon domaine de recherche, c'est de l'ordre d'un million d'euros pour 4 ans à répartir sur plusieurs équipes ; j'ignore les mœurs en biologie mais ça m'étonnerait que l'ANR sorte 3 millions d'euros sur une expérience.

Une somme pareille, un chercheur peut l'obtenir dans des cas exceptionnels en demandant un advanced grant à l'European Research Council (ERC), qui sont extrêmement sélectifs. Pour aller au delà de ces sommes, il faut faire un projet européen, avec donc de multiples partenaires répartis dans l'Union européenne et pays associés, et probablement des partenaires industriels (autrement dit, une usine à gaz).

SOYONS UN PEU SÉRIEUX Le chercheur français, en 2012, passe une bonne partie de son temps à chercher non pas des inventions, des découvertes ou concepts scientifiques, mais des sous. Vous croyez sérieusement qu'il suffit d'agiter un sujet ayant une importance sociétale (la toxicité des OGM, le traitement du cancer, la fiabilité des avions, etc.) pour pouvoir obtenir 3 millions d'euros ?

(Je finis par avoir des doutes sur le coût de cette expérience : 3,2 millions d'euros pour s'occuper de 200 rats sur 2 ans, ça me semble bien excessif. L'essentiel des coûts seront salariaux, et un chercheur en postdoctorat coûte environ 45000€ par an avec les charges sociales... Enfin, cela m'étonnerait qu'ils aient « crypté leurs courriels comme au Pentagone », ne serait-ce que parce que les moyens de chiffrement du Pentagone ne sont pas publiquement disponibles.)