Je lis un certain nombre de personnes qui défendent certaines causes, notamment le féminisme, et sont promptes à dénoncer les attitudes, les propos, qui dénotent, ou même simplement suggèrent, un certain machisme, racisme, etc.

Parfois, cela donne des accrochages amusants. Une comparaison vulgaire mais courante, y compris chez ceux qui défendent des causes « progressistes », est d'assimiler l'attitude et l'humiliation d'un « dominé » (au sens sociologue) subissant les décisions d'un « dominant » (employeur, gouvernement, etc.) à la sodomie passive (« on va encore se faire fourrer » et autres propos du même genre). D'autres vont alors argumenter que pareille comparaison est homophobe. On peut s'amuser longtemps à décortiquer les propos des uns et des autres...

C'est donc avec un certain amusement triste que j'ai lu sous la plume d'une militante une plaisanterie mettant en jeu la maladie de Parkinson.

Il se trouve qu'à Grenoble travaille un des plus grands spécialistes mondiaux du traitement des formes sévères de cette maladie, Alim-Louis Benabid. Comme il l'explique fort bien, la maladie de Parkinson fait souvent sourire, car on l'assimile au cas de personnes âgées qui « tremblotent » et sont donc un peu lentes pour accomplir certaines tâches. Outre le fait qu'il ne soit finalement pas très amusant de voir des gens âgés peiner dans leur vie quotidienne, ce point de vue répandu dans la population ignore le cas de formes plus sévères de cette maladie, s'attaquant à des patients jeunes, qui progressivement deviennent paralysés alors qu'ils sont en pleine possession de leurs facultés mentales, avec comme destinée plusieurs décennies à regarder passer le temps en étant cloué sur place. Autrement dit, plaisanter avec cette maladie, c'est comme plaisanter sur la myopathie. Je sais bien que Desproges a fait remarquer que l'on peut rire de tout, mais pas avec n'importe qui, y compris du cancer, mais il y a la manière de le faire...

Ajoutons que ces formes sévères de la maladie de Parkinson admettent des traitements médicamenteux (L-Dopa notamment), mais que celui-ci perd de l'efficacité avec le temps, les doses nécessaires augmentant et leur durée d'action diminuant. Après, il y a le traitement par stimulation cérébrale profonde, dont mon collègue Benabid a été un des pionniers : des micro-électrodes sont implantées dans le cerveau et une stimulation électrique appropriée supprime les symptômes de la maladie. Il va de soit qu'il s'agit d'une opération délicate, et présentant certains risques. Là encore, il n'y a guère de quoi rire.

La morale de cette histoire ? Il est facile, même quand on se veut à la pointe du combat pour l'égalité et le respect, de laisser échapper des propos dont on ne mesure pas à quel point leur humour peut être blessant.