La HADOPI et Rihanna
Par David Monniaux le lundi, septembre 17 2012, 13:07 - DADVSI - Lien permanent
Mes lecteurs connaissent ma position sur les lois DADVSI et HADOPI. Loin de la caricature de ceux qui réclament le « tout gratuit » ou qui expliquent que les artistes devraient vivre exclusivement de concerts et ne plus toucher de droits sur la musique diffusée, je me suis contenté de remarques qui me semblent plutôt de bon sens :
- Avant de réclamer des lois visant à assurer la continuité de son modèle économique actuel (modèle finalement assez récent dans l'histoire culturelle occidentale), qu'elles soient répressives ou qu'elles instaurent des subventions ou des quotas, les industries du divertissement et de la culture feraient bien de clarifier leurs coûts. En effet, elles mettent sans cesse en avant les « artistes » et les « auteurs », mais quand on se documente un peu, on a l'impression qu'artistes et auteurs, à moins d'être très connus, sont très mal payés dans le système actuel, alors que les cadres dirigeants de certaines sociétés chargées de répartir l'argent sont très bien payés... Peut-être s'agit-il simplement d'un défaut de communication, mais en tout cas, un peu de transparence me paraît un préliminaire nécessaire à toute revendication. (Nous n'avons toujours pas cette information, alors qu'on évoquait la mise en place d'un Centre national de la musique financé par le contribuable...)
- Il serait également bon de s'assurer, avant d'adopter une loi ayant une composante technique, que celle-ci n'ait pas d'impact sur d'autres secteurs, éventuellement aussi fragiles que les dites industries de la culture et du divertissement. Par exemple, le blindage juridique des « mesures techniques de protection » (DRM) pouvait aboutir à interdire la réalisation de logiciels libres lisant les contenus (audio, vidéo, mais maintenant livres, BD...) ainsi protégés, et même à renforcer des monopoles dans ces domaines. Il ne me paraissait d'ailleurs pas dans l'intérêt des artistes et auteurs qu'ils soient alors à la merci des grandes entreprises internationales du logiciel et du matériel qui produisent les dits systèmes de DRM : tous ces artistes qui se plaignent des « majors » de la musique sentiront bien qu'à côté d'Apple ou de Sony, il s'agit de petits anges.
- Au sujet des DRM : ceux-ci causeront des problèmes incessants de compatibilité, d'où mécontentement des consommateurs, et ce d'autant plus que les vendeurs de contenus seront incapables de fournir le support technique nécessaire : les vendeurs de logiciels utilisant des DRM doivent typiquement mettre en place une hot-line, ce qu'ils peuvent se permettre en raison du prix de leur produits... on ne fera pas cela pour des chansons à 1,50€ !. (On a depuis, me semble-t-il, abandonné les DRM sur l'audio, trop pénibles.)
- Punir le défaut de sécurisation de la connexion Internet, c'est probablement punir l'ignorant qui ne sait pas (re)mettre un mot de passe sur sa connexion WiFi, dont le PC a été bricolé par le petit cousin, etc., et non le pirate chevronné qui sait se tenir au courant des nouveautés et notamment de ce qui est ou non contrôlé par la HADOPI. (Évidemment, avec la surveillance du p2p, les gens sont passés au direct download type MegaUpload, ou au « streaming ».)
Enfin, j'ironisais sur les prétentions des industriels à mettre en avant la culture, alors que l'essentiel de ce qui est diffusé (du moins en ventes) relève du divertissement ; j'ai notamment à plusieurs reprises expliqué qu'HADOPI protégerait en premier lieu le dernier Rihanna. De ce point de vue, je préfère la franchise de la langue anglaise, où l'on parle volontiers d'entertainment...
Schadenfreude, comme disent les américains. La première condamnation pour défaut de sécurisation de connexion Internet est justement un internaute ignorant, les téléchargements illicites étant réalisés par son épouse avec qui il était en instance de divorce (qu'on lui reproche donc de n'avoir pu contrôler ; je vous laisse imaginer la réaction, justifiée, des féministes si les maris contrôlaient l'accès Internet de leur épouse...) ; et les œuvres illicitement téléchargées étaient justement de Rihanna.
À ce point, que puis-je faire, que puis-je dire, à part « je vous l'avais bien dit » ? (et comme me le fait remarquer un collègue, il n'y avait pas besoin d'un grand clerc pour cela)
Commentaires
"mais quand on se documente un peu, on a l'impression qu'artistes et auteurs, à moins d'être très connus, sont très mal payés dans le système actuel, ... Peut-être s'agit-il simplement d'un défaut de communication"
Oui, je confirme qu'il s'agit d'un défaut de communication. L’absence de bonne communication au grand public est à peu près la seule chose que j'ai à reprocher à la Sacem. Un grand nombre de compositeurs (dont je fais partie) ne sont pas des stars et pourtant gagnent leur vie surtout grâce aux droits d'auteur perçus par la Sacem auprès des chaînes TV et radio. La répartition, en générale, est plutôt juste, selon des status votés par les sociétaires, et impartial, càd je touche autant de droits d'auteur que Rihanna si ma musique est diffusé sur le même canal à la même heure.
Je t'invite de venir à la prochaine réunion d'information de la Sacem (mieux serait l'AG mais seulement les sociétaires ont accès aux AG). Je t'informerai de la date, si tu veux.
A+
B
@FilmTunes: Merci de ce témoignage. Au sujet de la SACEM, ce que j'en sais elle qu'elle répartit assez exactement les droits qu'elle perçoit au pro-rata des diffusions, mais qu'elle a des frais de traitement assez élevés (relevés par la Commission de contrôle des SPRD). Deux remarques : 1) vous êtes compositeur de musiques de film, je croyais qu'alors vous deviez percevoir les droits via la SACD ? 2) Rihanna touche des droits d'auteur ? je pense qu'elle n'écrit pas elle-même ses chansons, elle doit plutôt percevoir des droits voisins et des cachets...
Sinon, nous sommes d'accord que l'aspect « communication » est important : ce qui me choque, c'est qu'on réclame de nouvelles lois en disant qu'on va mal, sans pour autant expliciter les flux financiers en jeu.
On peut également discuter de l'intérêt sociétal d'un système qui rémunère en proportion stricte du succès ; à vue de nez, cela donne des rémunérations en loi de puissance, avec une ultra-minorité qui touche beaucoup et des gens pas franchement moins méritants qui touchent beaucoup moins.
Par ailleurs, d'autres secteurs artistiques sont bien moins lotis. J'ai lu des témoignages d'illustrateurs / auteurs BD, il semble assez courant dans ce domaine de pressurer les « petits » auteurs (droits peu élevés, paiement en retard, cession de droits pour tous supports à venir, etc.).
D'abord je réponds aux deux remarques:
1) Non, la SACD s'occupe des œuvres "dramatiques", notamment les musiques de théâtre et bien sur l'opéra.
2) Oui, c'est vrai et je suis content que vous connaissez la différence entre interprète et auteur/compositeur tandis que la plupart des internautes font cet amalgame et écrivent n'importe quoi sur les droits d'auteur. Je donnais l'exemple de Rihanna car elle est mentionnée dans le billet.
Ill se trouve que beaucoup d'interprètes sont aussi compositeurs de leurs chansons (soit véritablement ou parce qu'ils font pression pour co-signer un pourcentage...). En tout cas, Rihanna a co-signé un grand nombre des chansons dont elle est interprète comme auteur-compositeur. C'est facile à vérifier sur le moteur de recherche public de la Sacem
http://www.sacem.fr/oeuvres/oeuvre/...
qui contient toutes les œuvres (sauf si les ayant-droits de souhaitent pas qu'elles y figurent).
Vous trouverez beaucoup de détracteurs de la Sacem qui témoignent sur internet, dont souvent certains sociétaires frustrés pour des raisons qui en réalité sont sans rapport avec la Sacem. C'est un fait humain: on se plaigne si quelque chose ne marche pas mais on ne loue pas assez souvent les choses qui fonctionnent (ou les élèves qui réussissent bien. De mon autre profession, enseignant de maths, je sais que c'est un défaut, surtout des profs...)
> "mais qu'elle a des frais de traitement assez élevés"
Je ne trouve pas. Elle répartit environ 85% (inclusivement l'action culturelle) des sommes perçues. Donc les frais de gestion sont de 15%. Voir Page 52 du rapport annuel :
http://www.sacem.fr/files/content/s...
> "Par ailleurs, d'autres secteurs artistiques sont bien moins lotis. "
C'est possible et en tout cas pas une raison de baisser les bras et accepter la baisse sous le prétexte que d'autres aussi ont des problèmes. C'est pourquoi je soutiens absolument la Sacem. Si je devais moi-même négocier avec chaque diffuseur je n'aurais jamais des tarifs pareils, et surtout beaucoup plus de frais de gestion que 15%.
Sur les forums internet on lit souvent un mythe (évidemment soutenu par Google & Co.) : les artistes se feraient exploiter par les grands groupes de média et les droits d'auteur ne serviraient qu'aux "grands" et pas aux "petits" artistes. Le contraire est vrai, j'en suis l'exemple type. Grâce à la Sacem les chaînes de TV ou éditeurs vidéo me payent pour leurs diffusions ou édition DVD; mais je n'ai rien vu venir des diffusions de mes œuvres sur des centaines sites de streaming ou torrent. Je n'ai pas la patience de leur écrire tous les jours de supprimer les vidéos que je n'ai pas mises.
PS : "Schadenfreude" disent les américains ? Mais surtout les allemands !
@FilmTubes : (J'ai corrigé un copier-coller malheureux dans votre message.)
Réponse à vos remarques :
Comme vous le savez peut-être si vous avez lu ce que j'ai écrit sur les lois DADVSI et HADOPI, je me suis raisonnablement documenté ; il n'est donc pas surprenant que je connaisse des choses aussi élémentaires que la différence entre droit d'auteur et droits voisins.
Le droit d'auteur en matière musicale a été créé, en quelque sorte, contre les interprètes (et contre les gérants des salles de spectacle dans lesquels ils se produisaient) : ceux-ci touchaient des cachets sans pour autant rémunérer les auteurs. Sans surprise, les intérêts des auteurs-compositeurs et des interprètes ne coïncident pas toujours, et d'ailleurs les SPRD d'auteurs (SACEM, SACD) et d'interprètes (ADAMI, SPEDIDAM) n'étaient pas sur la même ligne au moment de DADVSI.
Comme vous le soulignez, la situation se complexifie parce que de nombreux artistes interprètent leurs propres créations. Vous déplorez l'amalgame et l'ignorance de « nombreux internautes », mais il me semble qu'elle a été attisée tant par les médias (qui parlent systématiquement de « droit d'auteur ») que par certaines actions de communication de l'industrie, qui ont fait intervenir exclusivement des artistes interprètes dans le débat public (forcément, ils sont plus connus que les auteurs et paroliers). Par ailleurs, comme vous le faites remarquer, certains interprètes (ou, plutôt, sans doute, leurs gestionnaires) forcent la main à leurs auteurs-compositeurs en s'imposant comme co-auteurs (il me semble ainsi avoir lu que Sting s'est ainsi retrouvé co-auteur de Money for Nothing alors que sa seule contribution de composition est la ligne « I want my MTV »).
En ce qui concerne la SACEM, j'ai lu les rapports de la Commission permanente de contrôle des SPRD, un organisme près la Cour des Comptes. De mémoire (je n'ai pas le temps de les relire maintenant), ils relevaient que les coûts de structure de la SACEM étaient élevés, ainsi que les salaires des cadres dirigeants, en comparaison de postes équivalents dans d'autres structures. Bien entendu, il y a une certaine difficulté à estimer si 15% de coûts de fonctionnement, c'est peu ou beaucoup : la SACEM dit que ses coûts s'expliquent par sa méticulosité à prendre en compte les diffusions même restreintes afin de correctement rémunérer les petits auteurs.
Au sujet de Rihanna, mea maxima culpa. J'avais, je ne sais pas pourquoi, dans la tête l'idée qu'elle chantait les chansons écrites par ses producteurs.
Comme vous le soulignez, avec le système actuel de droits, les SPRD sont indispensables à la plupart des auteurs. Il est bien entendu impossible pour chaque auteur de surveiller chaque diffuseur et négocier bilatéralement des droits.
En ce qui concerne la BD et les arts graphiques, je ne veux évidemment pas dire qu'il est souhaitable d'étendre à tous le mauvais fonctionnement d'un domaine de l'art. Je voulais simplement souligner l'incongruité qu'il y a pour l'industrie de l'édition à, d'un côté, tempêter contre les infractions au droit d'auteur via les sites de téléchargement ou le peer-to-peer, et d'autre part proposer des contrats léonins aux auteurs.
Enfin, en ce qui concerne la Schadenfreude, il s'agit évidemment d'un mot allemand, mais son emploi a l'air assez répandu dans l'américain contemporain, d'où une vague tentative d'humour de ma part (sous l'influence des Petits Cailloux de Bruno Poizat, qui dit « en Singapourien » pour dire « en anglais »), qui est visiblement tombée à plat.
Au sujet de l'article original :
Comme vous l'avez bien vu, je déplore notamment une communication tout à fait déficiente de la part des sociétés d'auteurs et des autres représentants du monde de la culture. Schématiquement (on trouvera bien sûr des exceptions), celle-ci a consisté à envoyer des vedettes connues déclarer dans les médias que le monde de la musique était pris à la gorge, qu'ils ne pourront bientôt plus travailler, que les jeunes artistes ne peuvent plus faire carrière etc. Il me semble avoir ainsi entendu Johnny Halliday, assurément pas une référence en matière d'économie, expliquer comment le piratage c'était mal. Excusez-moi, mais ça sonne un peu comme quand on nous sort Bernard Arnault sur les impôts confiscatoires qui décourageraient les jeunes entrepreneurs : j'ai un peu de mal à compatir devant cet attrait soudain pour la Belgique. Pour prendre une autre comparaison, ça fait furieusement penser à ces syndicats agricoles qui mettent en avant le pauvre petit paysan des Alpes de Haute Provence pour justifier des subventions qui profitent plutôt aux grands 'emexploitants.
Ce que j'aurais aimé, ce sont des explications claires sur les flux financiers en jeu. Quand j'achète un CD disons 15€, les parts typiques qui partent au distributeur, à la fabrication du CD, au bénéfice des producteurs, aux coûts de structure, etc., et finalement aux auteurs, compositeurs et interprètes. Sur le sujet, on manque d'informations fiables. Vous semblez dire que l'opinion selon laquelle les grandes sociétés pressurent les artistes (à part les plus connus) est issue de la propagande de Google et consorts ; mais j'ai lu des choses très semblables chez Steve Albini, dont on ne peut nier qu'il connaît l'industrie musicale.
Comprenez bien mon point de vue. Quand un cadre supérieur d'une SPRD défend telle ou telle mesure, je peux raisonnablement me demander à quel point il la défend dans l'intérêt de ses sociétaires, ou dans son propre intérêt, de la même façon qu'on ne doit pas croire systématiquement un responsable politique quand il prétend parler au nom des intérêts des Français. Quand un cadre supérieur de l'industrie phonographique parle des « artistes », je n'oublie pas que son intérêt immédiat est de payer le moins possible ceux-ci afin de dégager des bénéfices pour ses actionnaires et pour son propre salaire. Par ailleurs, je sais qu'à force de fonctionner dans une structure, on finit par défendre celle-ci et non les objectifs qu'elle était censé remplir.
Enfin, je répète mon agacement quant à l'appel permanent à la « culture » quand un peu de franchise évoquerait le « divertissement »...
Une remarque finale :
Votre remarque sur votre rémunération et celle de Rihanna est bien entendu rigoureusement exacte. Elle se place dans un modèle où la rémunération de l'auteur et de l'interprète est proportionnelle à la diffusion (ce qui n'est pas tout à fait exact : comme vous le soulignez, un interprète a succès peut obtenir un deal plus avantageux). Or, le succès n'est pas proportionnel au mérite, notion d'ailleurs assez difficile à définir.
Il me semble que cela va produire des revenus distribués selon une loi de puissance : les auteurs de « tubes » vont gagner énormément, les auteurs de chanson plus confidentielles (mais qui auront, a priori, passé à peu près le même temps pour les composer) ne vont pas gagner grand chose. (Je relève que la composition musicale est chez vous une activité annexe ; peut-être auriez-vous une vision différente si vous en viviez exclusivement.)
Richard Stallman (dont on pourrait discuter longtemps des positions) a proposé une rémunération en racine cubique du succès. Ceci permet de garder la croissance des revenus en fonction du succès, tout en rémunérant mieux les petits auteurs. Je n'ai pas les compétences économiques pour analyser son système.
"Punir le défaut de sécurisation de la connexion Internet, c'est probablement punir <b>l'ignorant</b>"
Un peu faible comme argument (si c'est bien l'argument habituel selon lequel l'ignorance est considérée comme une excuse) :
<strong>Si</strong> on considère que cet ignorant met en danger (à lui seul) l'équilibre économique de tout un secteur qui représente x milliers d'emplois etc. voire peut-être toute la civilisation, alors la conclusion doit être qu'il faut l'informer, l'éduquer ... et le sanctionner s'il s'obstine dans sa coupable indifférence au risque qu'il fait courir à l'industrie musicale ...
On en revient à l'analogie bateau du permis de conduire : si on considère qu'un Wifi non chiffré est un grand danger pour la société alors il faut exiger de toute personne qu'elle démontre sa compétence à activer le chiffrement avant de connecter un point d'accès Wifi, avec un test de capacité ou un truc du genre.
Si on revient sur terre, on s'aperçoit évidemment que la société n'est pas vraiment globalement menacée par les Wifi non chiffrés.
Mais l'argument de
"l'excuse possible du "j'savais pas m'sieur" implique qu'on ne peut rien faire"
me heurte à chaque fois.
"Enfin, je répète mon agacement quant à l'appel permanent à la « culture » quand un peu de franchise évoquerait le « divertissement »..."
Si on s'en souvient encore, dans 30 ans, le divertissement actuel sera peut-être considéré comme "culturel" (sous entendu ringard et limite chiant).
Quelle importance? Un fait culturel n'est pas forcément à défendre. Je ne doute pas du fait que la corrida fait partie d'une culture, je ne vois pas cela comme une justification d'un spectacle de la souffrance animale.
Si je dis "Bienvenue chez les Ch'tis" fait parti de la "culture", ça ne veut pas dire que je pense que c'est un bon film, mais que c'est un fait culturel, que c'est "notable" comme on dit chez WP. (La télé-réalité aussi.)
On peut éventuellement dire que Rihanna fait parti de la culture musicale d'une partie de la population, cela n'implique pas de faire des lois pour défendre l'industrie musicale (ou "l'industrie du divertissement" ou "l'industrie de la musique divertissante").
@simple touriste: Votre remarque pointe une sorte de polysémie du mot « culture ». Au sens de la sociologie, bien sûr Rihanna est un fait culturel, de même que le rap, le Nouveau Roman ou la modalités de la défécation. Ce mot a toutefois pris en France, notamment lorsque l'on parle de l'action publique, un sens plus restreint qui sous-entend une certaine noblesse de l'activité, une nécessité de préservation et/ou de subvention. Certains jouent très bien de ce double sens.
@simple touriste: Ce qui me dérange en effet, c'est une sorte de disproportion entre les moyens que certains exigent pour endiguer le « piratage » et son impact réel. Rappelons-nous par exemple cette prétention de Mme Christine Albanel, ministre de la Culture, à vouloir définir une « liste blanche » d'une centaine de sites censés représenter l'essentiel des besoins des français et qui seraient seuls accessibles depuis les Wifi ouverts, ou encore ceux qui voudraient pouvoir examiner les emails à la recherche de fichiers, ou encore ce chanteur qui expliquait doctement que l'on pourrait arriver à filtrer le piratage vu qu'on filtre Internet en Chine.
Comme la population n'est pas forcément convaincue de l'intérêt social de mesures intrusives censées profiter aux industries du divertissement, celles-ci n'hésitent d'ailleurs pas à vouloir utiliser des infrastructures mises en place pour des motifs plus nobles (lutte contre la propagande raciste, le terrorisme ou la pédophilie).
L'argument de la défense des revenus des artistes qui se vendent bien (hier Britney Spears, aujourd'hui Rihanna) est que les artistes rentables subventionnent via les maisons de disques ceux qui se lancent. Bien entendu cet argument est rarement (jamais?) chiffré. (C'est normal : après tout le quantitatif relève de la basse technique, alors que le qualitatif relève de la philosophie, il vaut mieux manipuler les concepts purs débarrassés de nombres.)
Je ne suis pas sûr que cet argument convainque grand monde. J'ai souvenir d'une "pub" où Britney Spears, il y a quelques années (avant sa "descente aux enfers" comme on dit), expliquait que le "piratage c'est mal"; bref, ce n'était peut-être pas le choix le plus pertinent pour porter ce message.
On a dit et répété que Nicolas Sarkozy "divisait les français". On a ironisé sur le propos d'un premier ministre concernant la "France d'en bas". On parle relativement peu du fait que ce discours de défense du revenus de artistes les moins à plaindre divise fortement, non pas spécialement les français, mais les citoyens de beaucoup de pays entre les "ayant droits" (de la "culture") et les autres (les "ayant devoir de payer la taxe sur la copie privée"). Certaines prises de positions des représentants des artistes et ayant-droits ( http://david.monniaux.free.fr/dotcl... ) sont au moins aussi "clivantes" que les discours de Nicolas Sarkozy, mais cela n'a pas l'air d'offenser les principaux pourfendeurs médiatiques du "sarkozysme".
"une certaine noblesse de l'activité"
Imaginons que :
s/Rihanna/Mozart/
Est-ce que cela changerait la conclusion?
@simple-touriste: Mozart est depuis longtemps considéré comme une grande figure culturelle. Je doute que l'on se rappelle beaucoup de Britney Spears dans 20 ans ; qui de nos jours se rappelle, par exemple, de Kim Wilde, pourtant une star du début des années 1980 ? Il y a quantité d'artistes qui étaient jadis des vedettes et qui sont maintenant tombés dans l'oubli (en forçant le trait, qui tombent dans l'oubli dès que la classe d'âge qui était jeune au moment de leur heure de gloire meurt).
Un critère supplémentaire, donc : le succès pérenne.
"Un critère supplémentaire, donc : le succès pérenne."
Ce qui n'aide pas beaucoup aujourd'hui, sauf si on a un moyen de déterminer ce qui aura un succès pérenne.
On pourrait étendre ce débat à "l'art moderne" qu'on voit à la FIAC.