Un assistant parlementaire se plaint d'être payé moins qu'un ouvrier (en se ramenant à un taux horaire, mais nous ignorons combien d'heures il travaille par semaine) en étant payé 2000€/mois net, somme qu'il juge manifestement insuffisante car il a deux masters en droit (bac+6) : il demande à son député de l'augmenter à 3500€. Il insiste sur le fait qu'il est précaire (il peut être renvoyé si son député cesse d'avoir confiance en lui, ou à la prochaine échéance électorale si celle-ci est malheureuse ; disons qu'il a un CDD de 5 ans).

Quelques points factuels :

  • D'habitude, quand on parle de précarité, on parle de CDD courts (quelques mois, 1 an) pas d'un emploi de 5 ans.
  • Un titulaire d'un doctorat (bac+8, souvent bac+9 ou +10 suivant la durée de la thèse), ayant éventuellement fait un post-doctorat, peut se retrouver demi-ATER, c'est-à-dire enseignant-checheur d'université en CDD d'un an, à 1170€/mois net.
  • Je vous rassure, s'il se fait recruter comme maître de conférence (rappelons : typiquement bac+9 + 1 ou 2 ans de post-doctorat à l'étranger, pendant lesquels il a éventuellement dû jongler avec les logements, son compagnon ou sa compagne, etc.), il touchera dans les 2000€/mois net. Le post-doctorant (CDD précaire d'un an, typiquement) touche dans les 1900€/mois net.
  • 3500€/mois net, c'est environ la paye d'un professeur des universités deuxième classe, 5e échelon (on peut pinailler sur les primes etc.), soit un poste que l'on obtient typiquement quand on a plus de quarante ans (*).
  • C'est à ma connaissance également au delà de ce que gagne un ingénieur un peu expérimenté (disons d'âge environ 33 ans) dans l'aéronautique. Je peux ceci dit me tromper.

Le seul domaine que je connaisse où l'on puisse obtenir vite et sans s'expatrier des salaires de cet ordre et largement au delà, c'est la finance. Là, évidemment, je ne m'étonne plus de rien (et notamment pas de l'attraction que ces emplois exercent sur les diplômés des meilleures écoles de notre pays, où ils ont reçu une excellente formation essentiellement payée par le contribuable).

Quant aux comparaisons avec les ouvriers... mon grand-père mineur s'est bouzillé le dos et a perdu une phalange, ce qui il me semble est assez difficile quand on travaille dans un bureau à l'Assemblée.

Cet article serait donc incomparablement plus solide s'il donnait des éléments factuels sur la durée effective du travail. Par exemple, est-elle élevée en session (combien ?), et nulle hors session parlementaire?

PS Mon propos, dans cet article, est essentiellement de mettre en perspective la pénibilité d'un emploi de bureau par rapport à celui d'un ouvrier, et de rappeler qu'il existe des professions intellectuelles au niveau de qualification plus élevé qu'un double master en droit, au niveau de paye inférieur à ce qui est indiqué, et qui sont qui plus est encore plus précaires.

Cependant, contrairement à d'autres, je me garderai bien de lancer la pierre à celui qui est payé 2000€/mois (à Paris qui plus est, et probablement avec obligation de résider dans Paris-centre pour cause de séances de nuit) et voudrait gagner plus ; rappelons que nous sommes dans une société où des footballeurs dont le salaire mensuel a deux zéros de plus se plaignent qu'ils pourraient devoir payer plus d'impôts, et où des grands patrons qui doivent leur position à leur réseau ou à leur héritage se plaignent du « coût du travail ».

Je connais d'ailleurs au moins une personne qui a refusé un emploi sur Paris notamment parce que le salaire de débutant (dans les 1800€ net/mois) lui paraissait faible au regard des coûts de l'immobilier dans cette ville. Il a pris un poste mieux payé dans une ville moins chère.

(*) Comme d'habitude avec les progressions de carrière, ceci est indicatif : cela dépend de la discipline, du niveau scientifique, de la chance, etc. Je pense par exemple que Cédric Villani a dû atteindre ce niveau à environ 32 ans, mais il est dans un autre plan d'existence.