Contradiction à quelques lignes d'intervalle
Par David Monniaux le samedi, juillet 14 2012, 11:14 - (Mal)journalisme - Lien permanent
Dans cet article du Guardian britannique au sujet d'un potentat africain recherché en France:
Premier paragraphe :
French police have issued an arrest warrant for the son of Equatorial Guinea's president as part of an investigation into African autocrats' suspected "ill-gotten gains".
Troisième paragraphe :
When the 41-year-old, known as Teodorin or TNO, failed to show up, Roger Le Loire, the judge heading the unprecedented French investigations into the assets of three African heads of state and their families, immediately issued an arrest warrant.
Dans le premier paragraphe, c'est la police qui crée un mandat d'arrêt (plus probablement, en droit français, un mandat d'amener). Dans le troisième, c'est un juge d'instruction.
La nuance est de taille. Dans les pays anglo-saxons, il y a une croyance tenace qu'en France et plus généralement dans les pays sous influence du « code Napoléon » (Napoléon étant un repoussoir pour les britanniques et par extension pour ceux qui ont adopté leur culture) le pouvoir (exécutif) peut faire arrêter n'importe qui ou fouiller n'importe quel lieu, tandis que dans les pays de tradition judiciaire britannique, il faut l'approbation d'un juge, voire d'un jury. Celui qui s'arrêterait au premier paragraphe (les dépêches de presse sont justement écrites pour que l'on puisse s'arrêter au début et connaître le cœur de l'affaire) pourrait croire qu'en France, la police peut d'elle-même décider d'arrêter un suspect, hors flagrance.
Autrement dit, l'approximation journalistique n'est pas culturellement neutre. Elle reprend les présupposés et croyances du public auquel elle s'adresse.
Commentaires
Je ne suis pas expert en droit, mais il me semble que le procureur de la république peut délivrer un mandat d'arrêt (ou de recherche), c'est certes un magistrat, mais ça ne paraît pas une si grosse erreur de l'assimiler à une partie de la chaîne de commandement policière, vu sa dépendance à l'égard du pouvoir exécutif.
Comme Teodorin n'a pas répondu à sa convocation, un mandat d'amener, délivré par le juge d'instruction est produit. Nulle contradiction ici.
@kuk: Sauf erreur de ma part, dans le cas d'une information judiciaire, c'est le juge qui convoque et qui peut, le cas échéant, émettre un mandat d'amener.
Article 70 du Code de Procédure Pénale (CPP) :
Article 77-4
Le procureur de la république peut dans certaines conditions délivrer un mandat de recherche
De ce que j'ai compris de la presse française dans cette même affaire, le parquet doit autoriser la délivrance du mandat d'arrêt, ce qui pourrait expliquer l'erreur. Par ailleurs il ne faut pas écarter la possibilité d'une erreur de traduction entre le fait de requérir un mandat et le fait de le prononcer. Enfin, je ne suis pas persuadée que la presse française ne commette pas la même erreur de temps à autres.
A noter une bonne initiative de PC INpact, qui s'est apparemment directement adressé à un tribunal pour obtenir une décision de justice, et qui en a mis le texte intégral en ligne (à comparer avec des organes de presse qui ne citent que par extraits les "rapports confidentiels" ou les "décisions de justice dont ils on eu connaissance" ou "obtenu copie"):
http://www.pcinpact.com/news/74364-...
Est-ce de l'ironie ? A la fin du résumé d'un jugement britannique: http://www.judiciary.gov.uk/Resourc... , pourtant rédigé par une personne très autorisée (le juge lui-même), on lit :
"This summary is no more than that – a summary. For a fuller understanding of the case and the issues arising, readers, and particularly representatives of the news media upon whom the public rely so much for information, are encouraged please to read the full judgment."