Les mauvaises positions de la France dans les classements internationaux
Par David Monniaux le jeudi, juillet 5 2012, 20:00 - Enseignement - Lien permanent
La presse se fait encore l'écho de classements internationaux où les universités françaises font piètre figure. Quelques réflexions.
Avant toute chose, j'aimerais que ceux qui commentent sur ce genre de sujets se renseignent sur ce en quoi consiste la recherche scientifique moderne, et qu'ils lisent un petit ouvrage appelé la Bulle Universitaire, par Libero Zuppiroli.
Ayant été invité dans diverses universités étrangères, je crois pouvoir fournir des éléments expliquant largement les mauvais classements français :
Les classements type « Shangai » font la part belle à la science bling-bling, qui n'a à peu près aucun rapport avec la qualité des formations dispensées. Vous n'imaginez tout de même pas qu'un prix Nobel ou Turing, ou un médaillé Fields, recruté dans une université américaine ou suisse à 4 fois la paye qu'il pourrait espérer en France, va aller enseigner aux étudiants de base ? Bien sûr que non, les enseignements pour ceux-ci sont souvent assurés par de jeunes doctorants inexpérimentés !
Les universités françaises sont largement sous-financées par rapport aux grandes universités étrangères auxquelles on les compare. Leurs campus sont, dans l'ensemble, des taudis en comparaison.
L'université française fait partie de la fonction publique d'État et en reprend la bureaucratie tatillonne, brouillonne et dépassée par les événements. Les procédures sont confuses, et souvent exagérément lourdes, chaque échelon rajoutant ses propres règles et ses propres archives afin de se « couvrir » ; des bureaucrates sont en pouvoir de tout bloquer par leur simple inaction. L'informatisation est souvent à la fois source de rigidités et de dysfonctionnements.
Une partie (minoritaire, mais non négligeable) des personnels techniques et administratifs sont incompétents pour les fonctions qu'ils assurent, cela étant en partie dû à des critères de recrutement inadaptés (par exemple, personnels ne parlant pas anglais dans des services devant traiter d'affaires internationales). Il est difficile, voire impossible, tant de promouvoir les personnels compétents et travailleurs que de sanctionner les tire-au-flanc. Il est d'ailleurs curieux que les gouvernements successifs aient toujours voulu réformer l'université en ajustant les statuts et le recrutement des chercheurs et enseignants-chercheurs, et jamais en réexaminant la gestion des personnels administratifs et techniques.
En raison des deux points précédents, diverses tâches qui, dans d'autres contextes, seraient assumées par des personnels de soutien ou de support, sont assurées par des enseignants-chercheurs, qui, de plus, doivent sans cesse batailler pour que les choses soient faites en temps et en heure, perdant tant leur temps que leur énergie.
Les classements internationaux type Shangai considèrent qu'une bonne université est une université qui attire enseignants et étudiants étrangers. En France, nous avons la loi Toubon qui impose (en théorie) l'usage du français, et une bureaucratie hostile à ce qui vient de l'étranger, quand nous n'avons pas en plus la volonté de renvoyer les étudiants étrangers chez eux. Il s'ensuit une politique incohérente, où d'un côté on recrute des étudiants étrangers qui ne parlent ni français ni anglais et n'ont pas les prérequis, de l'autre on veut renvoyer des scientifiques de haut niveau formés aux frais de la France.
Si la durée annuelle d'enseignement nominale d'un enseignant-chercheur (192 heures de travaux dirigés) peut paraître faible, il faut bien comprendre qu'elle n'inclut ni la préparation des cours, ni la rédaction de supports (« polycopiés »), ni la correction d'examen, ni la majeure partie de la gestion de l'enseignement. En raison des désorganisations et dysfonctionnements décrits plus haut, cette gestion peut largement consommer l'énergie des enseignants-chercheurs, notamment en raison des interruptions et aléas qu'elle impose. Il est difficile d'être efficace en recherche quand on doit gérer des problèmes d'étudiants convoqués aux mauvaises dates, de matériels pas mis en place ou mal configurés, etc.
Les grandes universités étrangères auxquelles on compare les universités françaises peuvent sélectionner leurs étudiants (cas des américaines), recrutent sur un diplôme de lycée plus sélectif que le baccalauréat français (cas des écoles polytechniques fédérales suisses), et peuvent éventuellement rejeter des étudiants insuffisants. Le système universitaire français fonctionne de telle façon qu'entre rattrapages divers et possibilités d'appel, il est assez difficile de rater son diplôme, même si on n'a pas les compétences que celui-ci est censé sanctionner ; il semble que les pouvoirs publics considère l'université comme une garderie pour jeunes adultes. Les effectifs élevés de certaines filières engendrent des charges élevées d'enseignement.
Une partie importante de la recherche française se déroule au sein d'institutions de recherche (CNRS, INRIA, etc.) dont les chercheurs ne sont pas comptés dans les classements internationaux type Shangai, même quand leur équipe est hébergée dans une université. Ainsi, à ma connaissance, mes travaux ne sont pas comptés au profit de l'Université Joseph Fourier, qui héberge mon laboratoire.
Nous avons en France la manie de la confusion terminologique et de la superposition des structures, souvent répertoriées sous des acronymes abscons et dont on change le nom tous les 10 ans. Tandis qu'un scientifique étranger se présentera comme venant, par exemple, de l'Université Stanford, un français se présentera comme (cas vu) « Université Denis Diderot, Paris 7 / INRIA / Paris Sorbonne » (je ne me rappelle plus de l'expression exacte, mais c'était long comme le bras).
On a cru intelligent d'importer en France la gestion par projets à l'américaine (les scientifiques demandent l'essentiel de leurs crédits à des agences gouvernementales). Le résultat a été la création de nouvelles bureaucraties et procédures bureaucratiques, très coûteuses en temps d'une part pour les chercheurs et enseignants-chercheurs d'autre part pour les personnels administratifs, sans pour autant aligner des moyens à l'américaine !
Voilà. Si nous voulons réellement monter dans ces fameux classements internationaux (ce qui n'est pas évident, voir la Bulle Universitaire), il me semble qu'il faut agir sur les points ci-dessus, au lieu de multiplier les restructurations incompréhensibles et les réformes du statut des enseignants-chercheurs. Là, on reproche à l'université française de ne pas être championne de tennis alors qu'on lui a lié une main dans le dos...
Commentaires
Indeed !
Point 9. D'après mes souvenirs de chargé de bibliométrie en université, cela dépend de la signature de tes articles. SI tu signes CNRS/Grenoble X, ce sera compté pour les 2 institutions (mais 2 x moins pour chacune). Et bien entendu les personnels des UMR reçoivent des instructions de leurs tutelles en contradiction l'une avec l'autre...
@RM: Le CNRS ne compte pas pour Shangai car ce n'est pas un établissement d'enseignement. Les personnels CNRS titulaires de prix ne comptent pas pour l'université qui héberge leur laboratoire.
Quelques remarques et ajouts, à chaud et en vrac :
Point 1 : on peut certainement contester les classements pour plein de bonnes et mauvaises raisons. Mais le problème c’est qu’ils sont là et que les effets sur les étudiants sont considérables. Donc il faut les prendre en compte (pas le choix).
Point 7 : je pense que les missions des EC sont devenues beaucoup trop nombreuses. En plus de pallier aux insuffisances des personnels administratifs et techniques, on a donné aux EC des missions sur l’innovation, les relations industrielles, l’insertion des étudiants, trouver l’argent pour faire leur recherche, prospecter pour attirer les étudiants dans les formations. Il n’y qu’une seule solution pour s’en sortir : différencier les profils des EC (bref moduler les services).
Point 9 : je pense qu’il n’est pas complètement correct. S’il y a l’université en signature des publications, alors c’est affecté aux universités (pour Shanghai, qui est un classement des universités). Rappelons que 80 % des labos sont des UMR. S’il n’y avait pas cette prise en compte, jamais une seule université n’apparaîtrait dans les classements.
Ajout 1 : les universités en France ne sont pas des vraies universités (sauf quelques unes, depuis très peu de temps). Les universités ont été découpées en 1968 en plusieurs entités disciplinaires et administrativement indépendantes (et géographiquement aussi). Or l’université c’est (devrait être) un lieu de possibilité de dialogue entre les grands champs disciplinaires. Une université devrait couvrir un spectre quasi complet des champs scientifiques. L’université est par nature pluridisciplinaire.
Ajout 2 : les universités sont loin d’être les institutions nobles de l’ESR en France. On y compte des myriades de (petites) grandes écoles qui attirent les meilleurs étudiants. Coté recherche, on compte aussi de nombreux organismes de recherche qui captent l’essentiel des moyens du pays consacrés à la recherche. Bref notre système est doublement dual, jusqu’à en être caricatural.
Ajout 3 : Il y a globalement une assez mauvaise utilisation des (maigres) ressources à l’université. L’offre de formation y est délirante (et illisible), la mutualisation des moyens de formation est quasi inexistante (intra et inter universités), la GRH est inexistante aussi (incluant aussi la formation des personnels en interne, ce qui peut expliquer le faible niveau de compétences des personnels d’accompagnement).
Ajout 3 : l’université souffre de nonisme qui conduit au refus de toute réforme (donc évolution).
@Rachel: Sans oublier qu'avec la complexité des lois et règlements (sur les études, les étudiants en apprentissage, les stagiaires, les CDD, les financements français, les financements européens, la propriété intellectuelle...), combinée avec le manque ou l'incompétence des services, ainsi que leur incapacité à parler autre chose qu'un sabir plein d'acronymes jamais expliqués, l'universitaire scientifique devrait en plus être expert en droit et en comptabilité publique.
Une partie substantielle de mon activité de recherche consiste à :
- Trouver des craies pour faire cours, mais aussi du matériel de "luxe" genre rétroprojecteur;
- Chercher une salle avec fenêtres pouvant s'ouvrir et/ou se fermer;
- Chercher une autre salle quand plusieurs cours ont été programmé en même temps dans la même salle;
- Chercher à ouvrir la classe à 8h quand les administratifs n'arrivent pas avant 9h;
- Chercher le bon interlocuteur quand on s'est fait répondre "c'est pas mon boulot" par un bureaucrate;
- Chercher quelsss papiers remplir pour être autorisé quoi que ce soit;
- J'en passe et des bien plus ardus.
Comment le classement de Shangai et le CNU prennent ils en compte toute cette activité intense de recherche ?
Sur le point 1, cela dépend des disciplines. En Économie aux US, la nécessité d'attirer des étudiants de premier cycle (dont les frais de scolarité financent une large partie du budget) fait que les cours de première année, et particulièrement les cours d'introduction, sont assurés par les stars du département dans les universités les plus prestigieuses.
Cela fait ainsi des années de Greg Mankiw fait le cours Econ 101 (Introduction à l'économie) à Princeton. Krugman faisait également des cours de premier cycle à Standford et à Yale. Je ne crois pas qu'il s'agisse de cas isolés.
Sur le point 4, il me semble que toi comme moi avons été témoins de la forte puissance de mobilisation des personnels administratifs. Ils peuvent facilement paralyser l'université.
@EC patrouveur: J'ai résisté à l'envie de citer des exemples concrets, on m'aurait dit que j'évoquais des « anecdotes » ou encore que je grossissais l'importance de petits problèmes quotidiens...
Pour revenir sur le cas du baccalauréat: il s'agit effectivement de le donner aux élèves et de se gargariser des progrès que l'on a fait en 50 ans.
Maintenant tout le monde a le niveau du BAC, tout le monde a profité des réformes très efficaces de l'enseignement et a vu son niveau miraculeusement progresser ! Dès lors ce diplôme est devenu un "certificat d'aptitude à commencer à apprendre enfin quelque chose".
Je ne critique pas les enseignants qui font ce qu'ils peuvent avec des programmes rachitiques, ni les élèves qui subissent ce système. Je critique bien une politique défaillante qui s'apparente plus à de l'électoralisme. Ils ont fait la promesse d’améliorer l'enseignement. Mais à défaut d'être compétents et efficaces dans ce domaine (pour une bonne partie) ils ont donné le BAC à tout le monde histoire de montrer les progrès de l'éducation.
Finalement ce sont les étudiants qui paient le plus cher cette politique. Plusieurs générations ont été ainsi sacrifiés.
Tout ça pour dire que le niveau des étudiants entrant dans le supérieur n'est pas connu avant les premières évaluations qu'ils subiront dans le supérieur. On se retrouve donc avec plusieurs groupes d'élèves de niveau radicalement différent dont certains n'ont pas leur place dans leur filière.
Tout cela contribue à la difficulté d'organiser l'enseignement supérieur puisqu'il faut filtrer les élèves. C'est dommage car certains élèves se retrouvent sans diplôme car mal orientés.
<<Le système universitaire français fonctionne de telle façon qu'entre rattrapages divers et possibilités d'appel, il est assez difficile de rater son diplôme, même si on n'a pas les compétences que celui-ci est censé sanctionne>>
Rire jaune de l'e-c qui a passé sa journée hier en jury
David:
"Il est d'ailleurs curieux que les gouvernements successifs aient toujours voulu réformer l'université en ajustant les statuts et le recrutement des chercheurs et enseignants-chercheurs, et jamais en réexaminant la gestion des personnels administratifs et techniques."
C'est un peu exagéré. Pour autant que je sache, ces personnels sont évalués annuellement par leur supérieur (ce qui n'est pas vraiment le cas des EC, si tant est qu'on peut leur trouver un supérieur), et leur progression dépend de l'évaluation. Après, si ils ont un statut de fonctionnaire, ils sont protégés comme tels et réformer le statut des fonctionnaires est une autre question.
Rachel:
"Une université devrait couvrir un spectre quasi complet des champs scientifiques. L’université est par nature pluridisciplinaire."
Pitié, je suis dans une université pluridisciplinaire (sciences+ lettres + droit + médecine +..., oui ça existe encore en France et je ne parle ni d'une fusion récente ni d'un PRES), et le moins qu'on puisse dire est que ça ne marche pas mieux. On pourrait espérer un "dialogue" entre les différentes composantes, mais la centralisation du pouvoir fait plutôt que (de mon point de vue qui est "à la base") le "dialogue" se résume à une négociation entre les composantes prise individuellement et le pouvoir central (la Présidence). Certes, ce pouvoir central est une émanation de différentes composantes, mais les intérêts et les visions de la recherche et de l'enseignement sont tellement différents entre les différentes composantes que cette émanation n'est pas du tout cohérente. Je n'ai rien contre les dialogues entre e.g. philosophes, mathématiciens, médecins et juristes, mais quand ce dialogue se résume à (ré)expliquer pourquoi, non, ce n'est pas parce qu'en fac de lettres on fait A qu'il faut imposer de faire A en fac de médecine (et ce dialogue concerne aussi les élus étudiants...), ce n'est pas très productif.
Bref, oui aux universités pluridisciplinaires, mais à condition que chaque composante ait une autonomie digne de ce nom, ce qui n'est vraiment pas le cas.
@Damien: Je ne résiste pas à te rapporter une anecdote datant d'une dizaine d'années : une université avait un agent administratif alcoolique et inefficace, qu'elle déplaçait d'un service à l'autre (chaque chef de service ou de laboratoire désirant s'en débarasser rapidement) ; dans le laboratoire où il était affecté, il importunait les doctorantes (comme une ex-doctorante m'a raconté, il valait mieux ne pas rester isolée le soir). Ce type avait une notation administrative élevée (style 19/20) qu'il était impossible de baisser.
Cela pourrait être un incident isolé, mais on m'a rapporté un problème similaire dans une autre administration : un alcoolique refusant de se soigner, ivre à son travail, importunant ses collègues et qu'il fallait tenir à distance du public. Les syndicats s'opposaient à son licenciement (mais, bien entendu, pas un seul des cadres syndicalistes ne voulait de ce personnel dans son service — pas fous).
Bref, tes arguments sur la notation me paraissent ne pas refléter la pratique encore récente. Je voudrais toutefois indiquer que je n'évoquais pas ici la possibilité de licencier les rares éléments vraiment insuffisants, mais simplement l'adaptation des compétences aux tâches affectées (p.ex. personnels parlant anglais pour les tâches à l'international) et la possibilité effective de récompenser les personnels efficaces (ça m'attriste profondément quand je vois un personnel catégorie B ou C parfaitement efficace mais qu'il est quasi impossible de promouvoir).
Quelques comms rapides:
"Il est difficile, voire impossible, tant de promouvoir les personnels compétents et travailleurs que de sanctionner les tire-au-flanc."
Ce n'est pas tout à fait exact selon moi: les personnels compétents sont très vite promus (ou demandent très vite leur mutation quand ils se rendent compte que leur boulot est débile et/ou que tout le monde a remarqué qu'ils étaient la seule personne compétente du service et qu'ils sont harcelés). Bref, la conclusion reste la même: à un poste donné, on a de grandes chances de finir par avoir un nullard qui lui restera 20 ans. Mais le turnover incessant ne facilite pas les choses.
"Le résultat a été la création de nouvelles bureaucraties et procédures bureaucratiques, très coûteuses en temps d'une part pour les chercheurs et enseignants-chercheurs d'autre part pour les personnels administratifs, sans pour autant aligner des moyens à l'américaine !"
Eh oui, beaucoup de choses fonctionnent comme ça en France: on copie ce que font les autres avec 20 ans de retard, en feignant de ou en ignorant toute différence culturelle ou de fonctionnement, et avec 10 ou 100 fois moins de budget. Bref, quand mon ex-chef US passe 50% de son temps à chercher des budgets, c'est souvent pour des sommes de l'ordre du million et alors qu'il a 15 étudiants à plein temps qui font tourner le labo. Quand je fais la même chose, c'est pour 100k€, avec un post-doc, un thésard co-encadré et un stagiaire bac+2... c'est sûr qu'on n'a pas le même rythme de publication (sans parler de différence de talent).
@Rachel: "Il n’y qu’une seule solution pour s’en sortir : différencier les profils des EC (bref moduler les services)."
Pas d'accord, c'est encore une approche top down dont nous sommes friands ou comment colmater les problèmes en bout de chaîne plutôt que d'essayer d'y remédier à la base. Si les personnels administratifs étaient mieux choisis, les services moins pléthoriques, et les règles de fonctionnement plus souples, il n'y aurait pas besoin de "moduler" pour transformer un EC en bureaucrate ou en appariteur professionnel. Qu'il y ait des décharges ou surcharges ponctuelles sur demande ou "bourse" (chaire d'excellence, IUF etc) me semble légitime, mais je ne suis pas pour une généralisation du procédé. D'autant qu'on sait comment ça se passe: si un Prof. américain devient directeur de département, il a la possibilité de retourner à la recherche une fois son poste bureaucratique achevé. En France, un "loser" qui ne fait plus que de l'enseignement et de la paperasse est grillé à vie.
Rachel:
"Il n’y qu’une seule solution pour s’en sortir : différencier les profils des EC (bref moduler les services)."
Pourquoi pas pour différencier les profils. Mais pas pour se contenter d'une modulation des services, qui n'est pas une différentiation de profils mais juste un système de récompense-punition.
Idéalement, deux personnes qui font le même travail devraient avoir le même statut et les mêmes conditions (avancements, obligations, services, etc.), sinon ça engendre forcément des rivalités et des rancoeurs.
Mais à l'inverse, quand deux personnes ne font plus du tout le même travail, mieux vaut que leurs obligations soient différentes. Evidemment, avoir un système qui marche n'a rien de simple.
Et on attend quoi pour faire le ménage ?
Que le ministre vienne en personne donner des coup de pieds aux administratifs inefficaces et valide lui même qu'ils savent parler anglais ? ou qu'il définisse lui même les critères d'admission aux examens et limite les voies de contournement ? Qu'il se charge en personne de l'affectation des cours aux salles et de la gestion des clefs ?
Il y a certainement de nombreux problèmes qui sont issus "d'en haut" mais un grand nombre des dysfonctionnements de nos universités sont dus à notre propre immobilisme.
Vous proposez quoi? De vous dévouer pour passer à la chevrotine tous les administratifs incompétents?
Régler les problèmes d'en-bas, ça correspond à ce que dit EC patrouveur. On le fait, parce qu'on n'a pas le choix, et on continuera à le faire s'il le faut. Sauf que ça règle rien, ça permet juste d'éviter de couler.
@Couard Anonyme: Vous savez comme moi que l'enseignant-chercheur de base n'a aucune prise sur les points évoqués ci-dessus, bien qu'on le rende responsable du résultat final.
Prenons un exemple : pendant des années, un célèbre établissement d'enseignement parisien avait confié son marché de fourniture de Macintosh à une société incapable de livrer des Macs, et son marché de fourniture d'ouvrages en langues étrangères à une société britannique incapable de traiter convenablement les commandes. Croyez-vous que les commissions chargées des marchés tenaient compte des plaintes des personnels affectés par ces dysfonctionnements ?
Mon humble avis : la débureaucratisation passe par la décentralisation et la simplification des procédures, et surtout l'application d'une culture de la confiance et de la vérification a posteriori, remplaçant celle de l'immobilisme et de la vérification a priori.
Encore un exemple concret : pour aller à un colloque à l'étranger (donc, par exemple, aller une réunion à Lausanne venant de Grenoble), un enseignant-chercheur doit non seulement demander un ordre de mission (normal), mais aussi une autorisation d'absence à demander 6 semaines à l'avance, cette autorisation devant passer par son laboratoire, sa composante (UFR) et finissant, si j'ai bien compris, aux services centraux (présidence) puis retransmission dans l'autre sens. À quoi rime pareille procédure ? S'agit-il de traiter les cas exceptionnels d'enseignants-chercheurs qui voudraient se défiler de leurs services d'enseignement en mettant l'université devant le fait accompli d'une mission à l'étranger ? Pourquoi créer des problèmes pour 99% des gens pour des cas rarissimes ? Pourquoi mobiliser quatre personnels administratifs pour ce qui ne devrait en mobiliser qu'un ?
"la débureaucratisation passe par la décentralisation et la simplification des procédures"
J'ai l'impression que pour les services centraux d'une université, il y a antinomie entre "simplification" et "décentralisation". Par exemple, pour le passage que tu décris labo -> UFR - > présidence, il est fort possible que la présidence préfère le passage par l'UFR pour n'avoir qu'un seul interlocuteur par composante, qui de plus sera disponible au téléphone (alors que l'EC...).
Et si en plus on veut informatiser les procédures, alors là...
Mon université a une commission dont le but explicite est la "simplification" des procédures. Je ne vais pas dire qu'ils ne font rien (je n'en sais rien), mais je crois qu'il y a un mur réglementaire : dès lors qu'on n'a le droit de rien faire sans accord explicite d'un service central (en gros), et sachant que les universités sont des gros bouzins (20000 étudiants c'est forcément un gros bouzin) il est assez inévitable qu'on empile les couches intermédiaires.
(Cela dit, en lisant le message de EC patrouveur, je constate que mon université (enfin mon UFR) fonctionne plutôt bien : jamais de pb de craie, souvent des vidéoprojs, pas de pb de salles (logiciel ADE) et on trouve pratiquement toujours un admin présent à 7h45.)
@Damien: Tu apportes toi-même la réponse : dès lors qu'on n'a rien le droit de faire sans l'aval d'un service central. C'est la mentalité control freak, exactement l'inverse de la décentralisation.
Ça m'étonnerait que le président ou le provost d'une grande université américaine s'amuse à signer des autorisations pour que les professeurs aillent en conférence dans l'état d'à côté, ou signe les contrats de travail de doctorants...
Note : je suis bien conscient que je suggère à la fois des évolutions réglementaires et des évolutions de mentalité.
@David
Certes, mais j'ai l'impression qu'il faudrait une évolution réglementaire d'une ampleur comparable à celle de la loi de 1968. Ce serait remettre en cause le coeur du fonctionnement actuel des universités. A côté de ça, la LRU, c'est de la bibine.
@Damien: Dans ce cas, pourquoi vouloir sans cesse se comparer à Oxford ou Cambridge, tandis qu'on veut être géré comme un lycée ? Un peu de cohérence.
@David
D'une part, je ne sais pas qui est ce "on" qui veut être géré comme un lycée (je ne dis pas qu'il ne faut pas de réforme, je dis juste qu'il faut mesurer l'ampleur de la tâche et ne pas s'arrêter à mi-chemin). Et, dans un sens, les lycées sont gérés de façon nettement plus cohérente et efficace que les universités (il faut dire que les lycées, eux, ont un objectif bien défini).
D'autre part, la plupart des universités françaises ne cherchent pas à se comparer à Oxford ou Cambridge (qui ne sont pas des références en terme d'organisation, mais c'est une autre histoire). C'est d'ailleurs du grand n'importe quoi de vouloir regarder ce que font les universités étrangères les plus prestigieuses sans regarder globalement l'environnement universitaire autour.
> l'enseignant-chercheur de base n'a aucune prise
> sur les points évoqués ci-dessus, bien qu'on
> le rende responsable du résultat final.
Le président de mon ancienne université est ... un universitaire. De même que tous les vice-présidents. Et ainsi de suite, de haut en bas. Il fut un temps où même le ministre était un universitaire (pour le meilleur et surtout le pire).
Or tous ces universitaires ont été à un moment ou à un autre des "enseignants-chercheurs de base" et ont du faire face à tous les problèmes ci-dessus mentionnés. Et comme ce sont des gens avisés qui ont pour seul but le meilleur fonctionnement de l'université, ils sont prêts à prendre à bras le corps les problèmes et les résoudre... non ?
@Couard Anonyme: Je crains que ce raisonnement ne soit inadapté. Premièrement, on pourrait aussi l'appliquer aux responsables politiques : avant d'être Président de la République, François Hollande a été simple énarque et donc a dû expérimenter ce qu'est l'administration de l'intérieur ; cela ne veut pas pour autant dire que le fonctionnaire de base peut réformer l'administration. Deuxièmement, un président d'université ne peut pas grand chose aux règlementations ou, par exemple, à d'éventuels dysfonctionnements de son agent comptable (qu'il ne nomme pas et sur lequel il n'a guère de prise)...
> un président d'université ne peut pas grand chose
> aux règlementations ou, par exemple, à d'éventuels
> dysfonctionnements de son agent comptable
> (qu'il ne nomme pas et sur lequel il n'a guère de
> prise)...
Et c'est là que le président est censé aller voir son ministre de tutelle pour lui demander de régler les problèmes qu'il ne peut pas régler lui même...
La hiérarchie administrative est là pour résoudre les problèmes de fonctionnement. Sinon à quoi bon avoir une hiérarchie administrative. Et quand là hiérarchie administrative ne fait pas son boulot, il faut la changer.
Le système ne continue de marcher que parce que les enseignants chercheurs plutôt que d'exiger la résolution du problème de fond, ont préféré couvrir avec leur propre temps les petites inefficacités, au détriment de la qualité de leur recherche et de leurs enseignements. Avec le résultat que l'on connait.
@Damien: En effet, un lycée a une mission bien identifiée et bien plus cadrée qu'une université. C'est d'ailleurs ce à quoi je faisais allusion : un lycée recrute ses élèves localement (sauf exception), n'a pas de relations internationales (sauf exception) et assure une unique mission d'enseignement, alors qu'une université recrute ses étudiants bien plus largement, et a des missions d'enseignement, de recherche, de prestige (de fait, oui), le tout dans un contexte international.
Quant aux comparaisons, elles nous arrivent d'en haut : nos universités les moins dysfonctionnelles regardent leur position dans le classement de Shangaï, se vantent de chaque BidulEX qu'elles obtiennent, signent des accords d'échange ou de coopération avec des établissements prestigieux... Il y a une certaine volonté d'être plus gros que le bœuf !
Cela finit par être agaçant, car l'idée répandue sous le gouvernement précédent (plus ou moins explicitement, avec parfois des accès de vulgarité comme dans le célèbre discours du président Sarkozy) était que ces classements reflètent la médiocrité de la majorité des (enseignants-)chercheurs français. Or, il est très clair que les missions assignées à ces universités de prestige étrangères et celles des universités françaises sont différentes (s'imagine-t-on que Stanford accueille tout élève de highschool de la Baie de San Francisco ?), de même que les conditions de travail. C'est ce à quoi je faisais référence avec le joueur de tennis la main dans le dos, dont on s'étonne qu'il soit moins performant que les meilleurs champions.
"Le système ne continue de marcher que parce que les enseignants chercheurs plutôt que d'exiger la résolution du problème de fond, ont préféré couvrir avec leur propre temps les petites inefficacités, au détriment de la qualité de leur recherche et de leurs enseignements. Avec le résultat que l'on connait."
Comme s'il était si simple que ça de dire: je ne fais que recherche et enseignement et rien d'autre, et si le système s'écroule tant mieux.
Tout est connecté.
Quand on commande du matériel, va à un congrès, ou recrute un étudiant/CDD, qu'il y a des emmerdes, on est bien obligé de s'y coller pour les résoudre sinon on n'avance pas. Si je ne recrute pas mon post-doc et que je ne peux pas acheter le matériel dont j'ai besoin, j'ai beau jeu de dire "je ne m'en occupe pas, régler les pbs administratifs n'est pas mon job, je m'occupe de ma recherche", concrètement je ne fais rien.
Idem pour l'enseignement: quand un étudiant n'est pas content, vous croyez qu'il va gueuler à la scolarité ou chez le Prof?
Les commentaires précis de DM sur l'absence de confiance et la procédurocratie me semblent très justes. Non seulement ça plombe l'emploi du temps et les finances, mais ça plombe profondément le moral. On se dit : à quoi bon ? alors que quand on interagit avec un admin efficace, c'est vraiment super bon pour le moral (probablement parce que c'est rare), on se remet sur son coeur de métier avec plaisir.
J'ai passé l'autre jour une soirée à bidouiller des trucs pour gagner 400€ de fonctionnement. Le lendemain, je les perdais parce que le marché de l'agence de voyage ne voyait pas les avions au même prix que moi sur opodo. Et ce genre de crasse, c'est tout le temps.
On entend d'ailleurs aussi "le CNRS/l'université n'aime pas qu'on passe hors marché pour les déplacements". Je trouve ça marrant, ce genre de morale à 2 balles alors qu'on cherche à économiser de l'argent de notre instutiton, qu'on lui fait aussi souvent trésorerie. Et tout est comme ça. QQn + haut citait le marché passé avec une boite de GB pour les livres. On a eu les mêmes, je suppose, une catastrophe. Mais #@&!, qu'on laisse commander sur internet où on sera livré en 3 jours, pas en 3 mois.
Et sur les agents admin inefficaces, c'est
1) parce qu'ils ne sont pas évalués sur les mêmes critères que nous (eux=critère du paraluie), et certainement pas évalués pour le service qu'ils rendent à l'enseignement et la recherche
2) parce que leur évaluation est faite par leur supérieur hiérarchique qui, lui, a les mêmes critères de parapluie.
vu aussi : une demande de financement pour mission internationale (présentation orale à congrès top niveau) , coût environ 2000€ mission+inscription. Interclassement par la direction du labo, après consultation du conseil de labo, transmis à la composante, qui interclasse après conseil d'UFR, qui transmet au conseil scientifique de l'université, qui interclasse et alloue 100€ au gars (en lui demandant d'expliquer ses co-financements). Il lui reste à faire 19 dossiers comme ça pour financer sa mission, chacun exigeant de montrer comment le reste du montant est financé. Bien entendu, chacune des procédure prend plusieurs semaines.
@PR27
C'est pas vous le fan de la fonctionnarisation de tout service public ?
Parce que j'aurais envie de dire "tu l'as voulu, et bien tu l'as."
Un girondin.
C'est vrai que la privatisation des services publics et de l'enseignement supérieur ont donné de beaux succès...
@mixlamalice
Qui a parlé de privatisation ?
Je parle bien d'organisation jacobine poussée à l'extrême, fonctionnarisée de manière incroyable.
On est à la croisée des chemins: soit on réétatise tout et on supprime la gouvernance des universités avec un état-major au niveau du ministère, soit on délègue beaucoup plus.
Dans le premier cas, comme l'éloignement des pôles décisionnels sera très grand, il n'y aura pas création de procédures médiocres et inutiles juste pour fournir des métriques inutiles. Et dans l'autre cas les acteurs locaux seront responsabilisés et géreront au mieux leurs sous (avec les problèmes de baronnies que cela peut parfois engendrer...).
@PR27: J'hésite à rapporter d'autres anecdotes de dysfonctionnements, ou à critiquer les procédures : tout d'abord, on m'accusera de grossir l'importance de simples détails, ensuite je me suis déjà fait incendier sur ce blog pour avoir suggéré que les procédures étaient inadaptées.
Je ne résiste toutefois pas à rapporter l'anecdote suivante : il y a quelques années, le CNRS avait voulu que l'on puisse acheter en ligne par carte bancaire pour des petites fournitures et des inscriptions aux colloques, notamment à l'étranger, mais, de peur de « dérapages », avait distribué les cartes à des personnels de services régionaux, et ceux auxquels j'avais affaire ne parlaient pas anglais et n'avaient pas d'accès email.
(Au crédit du CNRS : il s'est aperçu de la stupidité de ce système et a mis les cartes dans les unités de recherche, un bon point pour lui.)
Je pense que cette anecdote illustre bien les problèmes auxquels on a affaire : peur maladive du « dérapage », peur de la nouveauté, décalage par rapport aux besoins (paiements par CB, langue anglaise quand on traite à l'international) et même par rapport aux procédures largement maîtrisées dans la population.
Toujours dans le comique : un conférencier invité copie-colle un RIB dans un email (pour remboursement de tickets), l'agente lui réclame l'envoi d'un RIB. Je suppose qu'il va lui envoyer un PDF — il y a quelques années encore, certains personnels exigeaient une version papier ou un fax !
tout à fait d'accord avec DM, sur la peur maladive du dérapage. Avec mon directeur de composante, nous avions un jour convenu que l'affichage des recettes et dépenses pourrait être un remède : publier systématiquement sur l'intranet (et donc sur internet, par voie de fuite) pour tous les personnels, la liste des dépenses, recettes, motifs etc..
Peut-être cela suffirait-il à calmer les éventuels abuseurs.
Et le jour où vous dites "tiens, on pourrait mettre ces tableaux de chiffres qui changent tout le temps sur googledoc ou assimilé". Non non, frayeur. Les gens préfèrent passer des heures à se transmettre des fichiers (non sensibles) .xls (.csv,.odt, .pages,....) jamais bien synchronisés. Probablement l'attrait pour l'impossibilité d'une vue commune sur les données.
C'est du caractère récurrent des anecdotes que l'on tire les conclusions assez générales. Anecdotes se traduit aussi par "fact" ou "data"....
@PR27: Je pense en effet que la transparence diminuerait à la fois les soupçons et les incompréhensions.
Ainsi, parfois on m'affirme que « les textes » imposent telle ou telle chose. Soit, pourquoi ces textes ne sont-ils pas en ligne ? Pourquoi pas rédiger un vade mecum précis expliquant les procédures et leurs motivations, avec les coordonnées des divers services en cause ? Cela éviterait de stérile duplications d'efforts.
Au lieu de chiffres vaguement évoqués lors de réunions par « les gens qui savent », pourquoi pas des tableaux clairs et accessibles à tout moment ?
Comme vous le soulignez, les résistances à ces affichages s'expliquent peut-être en partie parce que la connaissance, c'est le pouvoir...
Ou peut-être, plus prosaïquement, parce que l'administration n'a pas la culture de la communication (vous comprenez, ça risque de déraper !). Je me rappelle de discussions sur la mise en place de sites web et de wikis (hors recherche scientifique) : dans un cas, il y avait une telle procédure (signatures multiples) pour modifier le site qu'on ne faisait rien ou on contournait la procédure, dans l'autre, ils voulaient mettre en place un comité de rédaction pour éviter les « dérapages » sur un wiki à usage réservé aux professionnels !
C'est pourtant simple : un employé dérape, tu lui fermes l'accès au système et/ou tu le poursuis disciplinairement, ça n'a pas de sens d'embêter les 99% de gens qui ne posent aucun problème !
Pour revenir au problème du classement des universités et établissement français. On peut aussi citer (seul cas que je connaisse à peu près) le cas de polytechnique qui fait des pieds et des mains pour gagner quelques places au classement de Shangai (recrutement d'élève étranger, regroupement d'université, etc.) d'une façon assez lourde et inutile alors qu'un brin de logique nous amènerait à regarder les critères dudit classement :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Classe...
Pour s'apercevoir que quand on veut être une école d'ingénieur... et ben on sera en bas parce qu'il n'y a pas de raison d'avoir des prix Nobel dans les laboratoires d'à côté et que les élèves ne feront principalement pas de recherche et ne décrocheront pas de prix Nobel.
Est-ce pour cela qu'il s'agit d'une mauvaise école d'ingé ? Voir même, que cette école ne donne pas de bon cours ?
Tiens, plus drôle encore, l'ENS d'Ulm avait eu la bonne idée de pondérer le classement à la taille de l'établissement (pour prendre en compte qu'un petit établissement de 100 élèves forment moins de "chercheurs de premiers plans" qu'une usine de 10000 étudiants) et soudain, les établissement français bondissait dans le classement !
Bref, si on se base sur des critères complètement inadaptés à la tradition française et bien la France nage en profondeur. C'est pas une raison pour s'alarmer et gaspiller de l'encre et de l'nergie pour un problème inexistant ! Surtout quand il y a de vrais problèmes à résoudre, cf ci dessus !
@Pal: Juste une petite observation — l'École polytechnique n'est pas une école d'ingénieurs au sens usuel du terme, d'ailleurs il n'y a pas d'ingéniérie dans son enseignement, n'est-ce pas ? (si l'on omet les quelques cours d'initiation à la programmation)
@DM
Connu la même anecdote à Paris 1 où à 2 motivés on avait refait l'intégralité du site de l'équipe. Impossible de mettre en ligne: trop compliqué avec les autorisations à obtenir...
@DM
Certes, en fait l'X effectue une sorte de formation de base à spectre large et théorique avant d'envoyer ses élèves se spécialiser dans des écoles d'ingénieurs plus traditionnelles (pour ceux qui veulent devenir ingénieur), à l'étranger, dans les universités (pour la recherche) ou ailleurs ! Bref là où l'on peut être formé à ce que l'on veut faire.
Le point que je voulais soulever est que ce genre d'établissement "d'élite" ne fonctionne absolument pas comme une université américaine, ne forme pas les mêmes profils et gaspille une partie non négligeable de son temps à essayer de gratter trois places au classement de Shangai pour d'obscures raisons médiatiques ou pour rendre compte de son efficacité au gouvernement (à vrai dire je ne sais vraiment pas pourquoi ils veulent gagner des places dans ce maudit classement).
D'une manière plus générale, il est risqué de juger de l'efficacité d'un système (la recherche & l'enseignement à la française) à l'aune d'un autre système (idem mais aux USA) et on risque rapidement de dire n'importe quoi !
[mixlamalice] "Quand on commande du matériel, va à un congrès, ou recrute un étudiant/CDD, qu'il y a des emmerdes, on est bien obligé de s'y coller pour les résoudre sinon on n'avance pas."
D'accord mais si ton plan est par ailleurs d'attendre que tous les problèmes soient résolus grâce à l'intervention du ministre, l'injection massive de capitaux, la privatisation de l’université, la disparition de la bureaucratie, l'augmentation du niveau de compétence moyen du personnel administratif ou l’évolution des mentalités, tu risques d'attendre longtemps.
Les seuls qui sont en position de provoquer un changement sont les enseignants-chercheurs. Les autres sont trop occupés à leur carrière politique ou à se dire que tout va bien tant qu'ils reçoivent leur paie et restent fonctionnaires à vie.
@Damien, pour les grandes universités pluridisciplinaires, je n’avais pas en tête le thème des simplifications administratives mais celui des classements (le billet de David est trop dense, trop de choses à discuter en même temps …). Il y a bien entendu des avantages et des inconvénients d’avoir des grosses institutions ou des petites. Bien entendu il faut que chaque composante ait une bonne autonomie. C’est pour ça qu’il y a peut-être quelques ajustements à faire à la LRU, mais surtout un changement de mentalité dans un milieu où tout le monde surveille tout le monde et où on veut imposer une sorte d’uniformisation de fonctionnement. On s’en sortira le jour où la confiance reviendra (je parle de la confiance intra-acteurs universitaires).
Pour les missions des EC, je pense qu’on charge trop la mule. En regardant autour de moi, j’ai quand même l’impression que les EC ne font pas toutes leurs missions avec le même bonheur. Je vois au contraire une forte diversité de profils, mais qui peuvent difficilement être valorisable étant donné qu’on est supposé faire tous la même chose. Je trouve très anormal de ne pas avoir la possibilité d’évoluer dans sa carrière professionnelle (en terme de missions), dans une institution qui présente un large éventail de missions. L’université n’a rien compris à la répartition des taches dans une collectivité (peut-être à cause de l’absence de GRH ?).
@Pal, je suis assez d’accord avec vous sur les classements, mais je n’arrive pas du tout à comprendre votre conclusion qui semble être qu’on n’a pas à s’en préoccuper …
"Les seuls qui sont en position de provoquer un changement sont les enseignants-chercheurs. Les autres sont trop occupés à leur carrière politique ou à se dire que tout va bien tant qu'ils reçoivent leur paie et restent fonctionnaires à vie."
C'est toujours un peu le syndrome "mai 68": le système est très fort pour absorber les "esprits rebelles" révolutionnaires. Une fois que le subversif obtient un poste à responsabilité (soit parce qu'il a fait des pieds et des mains en utilisant cette posture, soit parce qu'on s'est dit que c'était encore le meilleur moyen de le "contrôler"), il a souvent tendance à fermer sa gueule et à profiter du système lui aussi...
@mixlamalice
Toute ressemblance avec un certain B. Monthubert ne serait que fortuite :-p
Je n'ai pas tout à fait été jusqu'au bout des commentaires, mais je voudrais simplement dire, tout en étant d'accord avec la quasi-totalité de l'article, qu'il me paraît tout de même un peu simpliste, comme le font un certain nombre de commentateurs, de se contenter de taper sur des administratifs incompétents et inefficaces - ce serait bien de ne pas tout voir non plus que sous l'angle des EC, les cas de mépris patent des EC pour les administratifs n'arrangeant pas les situations. Oui, il est impossible de se débarrasser des incompétents/alcooliques/harceleurs et al., mais c'est valable pour toute la fonction publique, y compris d'ailleurs les EC (vous n'en connaissez pas?). Oui, l'organisation globale est très déficiente, mais de qui est-ce la faute? Qui sont les présidents? Qui sont les VP? Non, je ne veux pas dire que c'est la faute des EC et/ou des élus VP ou présidents, mais tout de même, les responsables de l'organisation, en dernier ressort, c'est eux !
Prenez donc le système dans son ensemble, EC et administratif, et comprenez que ce n'est pas en cherchant des coupables que vous ferez avancer les choses !
@DA: Je pense que le problème n'est pas tant un problème de personnes (untel qui applique des procédures stupides ou untel qui ne travaille pas) qu'un problème de système, ce système permettant, voire encourageant, ce genre de situations à perdurer.
Le problème ne vient d'ailleurs pas tant de l'existence d'employés inefficaces (EC ou pas) que de leur emploi à des postes où leur inefficacité peut bloquer les autres. Quand, par exemple, vous avez un service informatique centralisé qui ne fait pas son travail convenablement et dont l'intervention est obligatoire pour certaines tâches, alors vous avez un vrai problème...
Je parlais moi-même de système, justement, en demandant simplement qu'on ne fasse pas des administratifs les boucs émissaires d'un système dont ils sont, comme les EC, alternativement les coupables et les victimes. Le cas des services informatiques que vous citez est un cas remarquable : bien sûr, ils sont débordés, désagréables, rétenteurs d'information, etc. Pourquoi? Parce qu'ils sont en sous-effectif, en sous-tout ce qu'on veut (sauf qu'eux c'est vrai). Pourquoi sont-ils en sous-effectif? Parce que personne à l'université n'a réalisé la réorganisation nécessaire pour donner à l'informatique la place nécessaire dans l'organisation des services, forcément au détriment des autres services, qui ont pu et su se barricader pour préserver leurs positions. Je ne vais pas accepter de perdre un poste au profit du service informatique même si ce poste me serait plus utile là que chez moi !
" Pourquoi sont-ils en sous-effectif? Parce que personne à l'université n'a réalisé la réorganisation nécessaire pour donner à l'informatique la place nécessaire dans l'organisation des services,"
Autre raison : parce qu'on leur donne beaucoup trop de missions, souvent à mauvais escient. Quand David dit "dont l'intervention est obligatoire pour certaines tâches", on peut se demander pourquoi cette intervention est obligatoire. Pour certaines tâches, un service centralisé est mauvais de toute façon, qu'on lui donne plus d'effectifs ou non.
Cela dit, à la décharge de l'université française, ce problème ne lui est vraiment pas spécifique.
@DA: C'est un peu plus compliqué que cela. J'ai ouï-dire de services centralisés où l'on a concentré tous les bras cassés dont ne voulaient pas les laboratoires et les composantes ; ils ont des effectifs pléthoriques sur le papier, mais en fait peu de gens efficaces.
Sinon, comme Damien, je pense qu'il y a un vrai problème d'organisation et un abus de procédures réclamant l'intervention de services centraux, la signature obligatoire d'untel, etc., qui créent des goulots d'étranglement et des personnels débordés.
Exemple simple : les autorisations d'absence, qui font doublon avec les ordres de mission. J'ai cru comprendre qu'elles sont signées au niveau de la présidence de l'université, après être passées par le directeur de laboratoire et le directeur de composante ! C'est délirant. On me dit que c'est une conséquence du légale du statut des universitaires (même si je n'ai jamais vu de quelle partie du statut cela découlerait ; là encore, trait caractéristique de l'administration : invoquer des obligations légales vagues), dans ce cas c'est le statut qui est bancal.
Damien pointe également avec raison le fait qu'un service centralisé peut être inefficace parce que centralisé, indépendamment du statut de l'établissement. Une anecdote : des ingénieurs d'une grande société de haute technologie m'ont évoqué des difficultés avec leur service juridique, qui ne répond pas aux questions posées dès que celles-ci sont un peu délicates (mais si elles ne le sont pas, on n'a pas forcément besoin de les contacter...). C'est la politique « si on répond quelque chose et que ça se passe mal ensuite, on nous tiendra responsables, donc autant ne rien faire ».
D'un point de vue organisationnel, cela s'explique bien, en l'absence d'un mécanisme efficace de rétroaction permettant aux « utilisateurs » des services de faire remonter leur plaintes et leur louanges. C'est bien pour cela que je suis favorable à la décentralisation : elle permet de ramener les choses à échelle humaine, là où l'on peut discuter directement et sans passer par des « tickets ». (Bien entendu, je crois encore moins à l'externalisation des fonctions support, qui il me semble aboutit quasi inévitablement à un service indifférent et inefficace.)
Je me suis visiblement mal exprimé : je raisonnais en termes de fonctions, pas de services ; ce que je voulais dire, c'est que personne n'a été capable de dire au bon moment qu'il fallait tailler net dans les effectifs de secrétaires et créer en échange un nombre de postes d'informaticiens suffisant pour faire changer les manières de travailler en profondeur. Que les informaticiens qui travaillent sur la scolarité soient rattachés à la scolarité ou au service informatique, c'est une question locale qui est un peu plus secondaire, je n'ai pas de religion à ce sujet.
(oui, les tickets, c'est une illusion de service...)
@DM
On parlait de CDD/CDI et d'effet d'aubaine sur les lois de titularisation. Un appel en ce sens sur l'absence de titularisation au CNRS, par des contractuels "purgés":
http://blogs.mediapart.fr/blog/nbon...
(via les blogs de Mediapart)