Il m'arrive parfois d'expliquer que les préférences profondes d'une société se voient non pas à ce que les gens affectent d'apprécier (l'art, la culture, les sciences, la pensée, que sais-je) mais à ce pour quoi ils dépensent réellement de l'argent. Je prends alors l'exemple du sport professionnel.

Arrive parfois un sentencieux pour rappeller que l'argent du sport professionnel est de l'argent privé — qui suis-je donc pour critiquer ce à quoi les citoyens dépensent leur argent ? Bien entendu, cette réflexion manque de pertinence : la Société ne se confond pas avec l'État, et les dépenses de la Société incluent donc celles des personnes privées (mais il est généralement impossible de placer pareille réflexion).

Surtout, elle est inexacte : les clubs professionnels utilisent souvent des infrastructures dont les coûts et les risques sont assumées par des collectivités locales (ainsi, à Grenoble, le club de football GF38 utilise un stade récemment construit par la Métro, dimensionné pour la Ligue 1 alors qu'il est rétrogradé en CFA2 ; je subodore que son loyer ne rentabilise pas ce stade) ; leurs rencontres nécessitent d'importants services d'ordre (policiers et gendarmes) dont, à ma connaissance, ils n'assument pas le coût réel ; enfin, je croyais cela révolu, mais les clubs touchent des subventions publiques : j'apprends ainsi que la Ville de Paris subventionne le Paris Saint Germain à hauteur de 1 million d'euros par an, et que cette subvention a jadis atteint 6 millions !

Encore une fois, comme dans d'autres domaines : privatisation des bénéfices et socialisation des coûts. Il me semble pourtant qu'à l'utilisation d'argent public devrait systématiquement s'associer la modération salariale !