Mme Filippetti envisage de faire payer la redevance télévisuelle à ceux qui n'ont pas de téléviseur, mais ont un écran d'ordinateur. J'ignore ce qu'elle entend précisément par là, car, vu qu'un « smartphone » est un ordinateur muni d'un écran, cela doit couvrir quasiment l'ensemble des foyers français. Il faut dire que, déjà, celui qui déclare ne pas avoir de téléviseur est suspecté de fraude par le fisc.

La taxe — pardon, la redevance — envisagée ressemble de plus en plus à, tout simplement, une taxe forfaitaire par foyer, ou du moins par logement. Ceux qui ont l'âge de se rappeler des années Thatcher se rappeleront comment les britanniques ont reçu la fameuse « poll tax », c'est-à-dire un impôt forfaitaire par personne.

Mme Filipetti justifie cette mesure par la nécessité de financer l'audiovisuel public. C'est une politique courante, à gauche comme à droite, de vouloir absolument financer des services sans s'interroger sur leur pertinence.

Voyons le programme pour le lundi 2 juillet de France 2, le navire amiral de la télévision publique.

6h30 télématin. Pas d'opinion, cela fait des années que je n'ai pas regardé.

9h10 Des jours et des vies, série pour « meubler »

9h35 Amour gloire et beauté, série pour « meubler »

10h Lignes de vie, série

10h25 Talons aiguilles et bottes de paille, série

11h Motus, jeu

11h30 Les Z'Amours, jeu

12h Tout le monde veut prendre sa place, jeu

13h Journal

13h50 Toute une histoire, « divertissement »

14h45 Cyclisme

17h35 L'après-tour, accompagnement du cyclisme ?

18h55 Que le meilleur gagne, jeu

20h Journal

20h40 Cold case, affaires classées : feuilleton policier américain

22h55 Duo, série

Le programme de cette journée a consisté très majoritairement en séries (sans doute destinées à occuper les personnes au foyer), en jeux (idem), et en sport. On voit mal en quoi tout ceci rentre dans les arguments en faveur du service public, censé favoriser la culture etc. Par exemple, quitte à « meubler » les journées, pourquoi ne pas mettre des programmes scientifiques, culturels, historiques ?

(Je sens qu'il y a une raison du type « quota minimum de programmes de fiction produits en France », qui incite à la production de séries low-cost.)

Quant au cyclisme et au football, on nous rappelle sans cesse, quand on évoque les salaires des « stars », qu'il s'agit d'une activité privée et qu'on n'a donc pas à se mêler de salaires librement fixés entre partenaires privés. Ceci s'accorde évidemment mal à ce qu'un service public utilise l'argent prélevé sur les contribuables pour financer ce système ; mais peut-être les publicités couvrent l'entièreté des coûts de la diffusion du sport ?

J'aimerais donc que l'on nous indique à quoi sert précisément l'argent de la redevance : combien coûte chaque émission, par exemple, combien on paye tel ou tel animateur vedette ou telle ou telle société de production. Je soupçonne qu'il y a de nombreuses économies à faire en revenant à plus de sobriété.

Gageons qu'on ne fera rien de tout cela et qu'on continuera à exiger du contribuable qu'il finance sans avoir son mot à dire ni même avoir les éléments pour se prononcer.

(Oui, je sais que la redevance ne finance pas que France 2, mais aussi Arte et les radios publiques. Encore une fois, qu'on nous donne un découpage budgétaire clair, avec notamment une division en « missions » (« jeux », « fiction française pour meubler », etc.) et on pourra discuter.)