J'ai pris connaissance de cette pétition, sobrement titrée « Pour une université républicaine ». On y évoque « l’Ancien Régime », le « mandarinat », on s'interroge :

« Au nom de quoi le recrutement des maîtres de Conférences reste toujours de fait chasse gardée de chapelles diverses et de réseaux de connivence illégitimes qui ne peuvent qu’engendrer conformismes et formatages de la recherche et de l’enseignement supérieur en France dès lors menacés de sclérose ? »

L'obligatoire plainte contre les privilégiés des grandes écoles d'excellence :

« En quoi serait-il légitime de créer des postes d'allocataires-moniteurs destinés à des Normaliens ? »

Viennent ensuite les revendications :

« Pourquoi ne pas exiger au moins cinq ans d’enseignement non universitaire à tout professeur candidat au recrutement à un poste de maître de Conférences ? Et même pourquoi ne pas élargir davantage le recrutement à des docteurs qualifiés non professeurs ? »

Rappelons quelques faits. De nombreuses disciplines enseignées dans le supérieur ne sont pas enseignées dans le secondaire (par exemple le droit ou encore l'informatique, bien que cela ait changé récemment). Par ailleurs, en sciences exactes, les critères de recrutement des enseignants du secondaire et des enseignants-chercheurs du supérieur sont très différents : l'enseignant du secondaire est recruté sur un concours mesurant ses connaissances disciplinaires à un niveau bac+3/bac+4, tandis que l'enseignant-chercheur du supérieur, outre sa capacité à enseigner sa discipline, doit démontrer son excellence scientifique par des publications de niveau international et, souvent, une expérience de recherche à l'étranger.

Il est donc flagrant que cette pétition, qui se présente pourtant en des termes très généraux, s'attaque à un problème bien plus restreint, celui des disciplines de lettres et sciences humaines (et peut-être sociales), et peut-être même encore plus précisément à celui de la philosophie. Or, le nombre d'enseignants-chercheurs en sciences exactes et technologies (sans compter la médecine) est largement supérieur à celui des arts, lettres, sciences humaines et sociales (de l'ordre de 25000 contre 15000, dont... 400 philosophes ; par comparaison il y a environ 3300 enseignants-chercheurs en informatique !).

Ce n'est pas la première fois que je constate cette curieuse assimilation de « l'Université » à des disciplines très minoritaires.