La SACD propose d'assujettir à la redevance TV tous les ordinateurs et autres terminaux capables d'afficher des vidéos, et non plus seulement les télévisions. Elle reprend ainsi un débat déjà bien engagé sur la taxation (*) du numérique pour le financement de la « création culturelle ».

Je reprends ici une remarque de Gilles Dowek (Ces préjugés qui nous encombrent) : artistes et scientifiques étaient jadis dépendants de mécènes (aristocrates, hauts ecclésiastiques, grands bourgeois...) ; depuis, les scientifiques sont massivement devenus salariés et largement dépendants de financements publics (qu'ils soient directs s'ils sont salariés du public, ou indirects s'ils sont salariés d'universités privées dont la recherche est financée par l'État, comme aux États-Unis), tandis que les artistes sont largement indépendants.

Comme je l'ai déjà fait remarquer, le salariat a une conséquence : la limitation de l'écart entre ceux qui rencontrent le plus de succès et le vulgum pecus de la profession. L'écart de salaire entre un modeste maître de conférence sans grand succès scientifique et un titulaire de prix Nobel ou de médaille Fields n'atteindra qu'un facteur 4 (il pourra monter disons à 10 si le titulaire de prix s'expatrie dans un pays où on le rémunèrera mieux qu'en France, par exemple en Suisse). En revanche, les différences du monde artistique sont bien plus marquées : entre le musicien ou l'acteur qui vit dans la dèche en enchaînant prestations mal rémunérées et travaux alimentaires, et la vedette qui possède des maisons bien situées sur plusieurs continents, l'écart est considérable.

Une contrepartie communément acceptée du financement ou du monopole public est la modération salariale, comme on l'a d'ailleurs récemment rappelé au sujet des dirigeants d'entreprises publiques.

Visiblement, une partie du monde de la culture, notamment de ses organisations représentatives, veut allier aux commodités du public (la capacité de taxer la population) celles du privé (les rémunérations élevées pour les vedettes et les cadres supérieurs). Pour parler vulgairement, ils veulent le beurre et l'argent du beurre !

Rendons grâce aux industries culturelles : elles ne sont pas les seules dans ce cas. Le sport professionnel ne fonctionne-t-il pas de la même façon ? D'un côté, on exige des collectivités locales ou nationales la construction de stades et d'autres installations, éventuellement surdimensionnées par rapport aux besoins à long terme, donc déficitaires (**) ; de l'autre, on rémunère fortement une minorité de stars.

Encore la technique bien connue : privatisation des bénéfices, socialisation des coûts !

(*) Le monde de la culture récuse régulièrement le terme de « taxe », prenant généralement de haut ceux qui l'utilisent et les traitant d'incompétents ou d'incultes. Il préfère des termes comme « redevance », « compensation équitable »... Voir ici pour une discussion sur ces termes

(**) J'habite Grenoble, dotée depuis quelques années d'un magnifique stade aux normes de la Ligue 1 de football, pour un club actuellement en CFA2.

Nous pouvons également considérer le cas des installations olympiques... leur coût, souvent supporté par la collectivité, est-il remboursé par les recettes supplémentaires générées par les jeux ?

PS Du 5 juillet 2012 : j'apprends que la Ville de Paris subventionnait le club Paris Saint-Germain à hauteur de 1 million d'euros par an. Par le passé, cette subvention a atteint 6 millions d'euros par an...