La presse de droite, mais pas seulement, s'émeut que Cécile Duflot, ministre, ait rappelé à un journaliste la position de son mouvement politique au sujet du cannabis, alors que celle-ci n'est pas celle du gouvernement. Certains parlent même de « boulette ».

Il me semble au contraire assez naturel qu'un responsable (qu'il travaille dans une entreprise, une société, ou une administration) fasse la différence entre d'une part ses convictions personnelles (ou les positions défendues par une association ou un parti auquel il adhère), d'autre part les positions officielles de l'organisme auquel il appartient. Cela ne pose habituellement aucun problème, tant que les gens disent clairement, au moment où ils parlent, au nom de qui ils le font. Ici, il me semble que Mme Duflot a dit clairement qu'elle exprimait sa position personnelle et celle de son mouvement politique, et non celle du gouvernement.

Claude Bartolone, député et président PS du conseil général de Seine-Saint-Denis, y voit lui une « erreur de jeunesse gouvernementale ». Il me semble au contraire que c'est une preuve de maturité que d'être capable de différencier les options que l'on défend à titre personnel, à titre de l'engagement politique, ou à titre de l'appartenance à un organe politique collégial. C'est la première étape pour éviter les conflits d'intérêts ; mais il est vrai que les politiciens français semblent ne pas voir ces derniers alors qu'ils seraient évidents pour d'autres. (*) Je m'étonne donc que des responsables politiques défendent un fonctionnement différent, qui par ailleurs rappellerait curieusement le fameux « centralisme démocratique » des partis staliniens...

(*) Prenons un exemple concret. J'ai des amitiés dans le monde de la recherche et de l'enseignement, et je suis en termes cordiaux, voire amicaux, avec divers collègues. Il me paraîtrait cependant tout à fait abusif que je fasse passer ces liens avant l'intérêt du service et de la science, par exemple dans une procédure de recrutement, d'attribution de budget, ou même pour la simple acceptation de la publication d'un article scientifique. La solution la plus simple dans pareil cas est de se déporter.

Il me semble complètement naturel qu'une même personne puisse distinguer ses opinions privées, les options soutenues par l'association qu'elle dirige ou à qui elle appartient, et celles soutenues par l'organisme qui l'emploie. C'est même très ordinaire.