Rappelons quelques faits. Il y a en France des dizaines de millions d'adultes, dont une grande partie ont des opinions sur la politique et la société. Même si nous ne gardons parmi ceux-ci que ceux qui ont un discours construit et sont capables de parler en public, cela fait un grand nombre de gens dont l'immense majorité n'a pas accès aux médias. Parmi la petite minorité ayant accès aux médias, seule une encore plus petite minorité y a régulièrement accès, et une encore plus petite minorité est rémunérée pour y raconter ses opinions.

Autant dire que si le problème que M. Zemmour désire soulever est celui de la diversité des opinions exprimées dans les grands médias, alors ce problème dépasse largement son cas personnel : plutôt que de réclamer de pouvoir parler tous les jours, il devrait plutôt exiger que, chaque matin, on donne tribune libre à un(e) des innombrables français(es) qui ont quelque chose à dire. Gageons qu'il ne le fera pas.

(*) Sous l'influence de mon éminent et émérite collègue Yves Michaud, je m'essaye aux plaisanteries un peu trash pour attirer le chaland.

PS Un anonyme m'accuse de verser dans la facilité et de m'apprêter à « cracher sur BHL ». Je ne vois pas l'intérêt d'un article sur le film de BHL (que je n'ai pas vu) ; quant au phénomène BHL, j'en ai déjà parlé, et n'éprouve pas le besoin d'en parler maintenant, si ce n'est pour faire remarquer que c'est une parfaite illustration de ce dont je discute ici, à savoir que certains considèrent la liberté d'expression comme la possibilité pour un nombre restreint de commentateurs professionnels (qui passent d'un média à l'autre) d'évoquer un spectre étroit d'opinions.