Mon hobby de ressources humaines
Par David Monniaux le vendredi, mai 25 2012, 08:44 - Recherche scientifique - Lien permanent
Mon hobby : parler à des étrangers, tenter de les convaincre de diviser leur salaire par 2 ou 3 par rapport à ce qu'ils auraient ailleurs, pour la gloire de la recherche française.
PS : Une coïncidence : cet article sur les salaires suisses, qui omet toutefois de préciser que :
- En Suisse, il n'y a essentiellement que deux universités scientifiques, les deux écoles polytechniques fédérales de Zürich (ETHZ) et Lausanne (EPFL). (Bon d'accord, il y a des postes d'informatiques ailleurs, par exemple celui de ma collègue Natasha Sharygina en suisse italienne, mais...)
- Ces établissements n'ouvrent pas de postes permanents équivalents aux maîtres de conférence français, mais seulement quelques rares postes de full professors. Tout le reste des enseignants chercheurs est en CDD, et destiné à être éventuellement jeté à 35 ans.
Mais, effectivement, discutez un peu avec des suisses, ils vous diront en somme que la France c'est le Tiers-Monde.
Commentaires
Suivant leurs intérêts privés (a priori indépendants de leurs capacités à rechercher), tu dois pouvoir mettre en avant le fait que le harcèlement sexuel n'existe pas en France, et que selon un chroniqueur très populaire (et donc nécessairement représentatif) les femmes y sont tenues d'accepter « les blagues salaces, les mains baladeuses ».
Après tout DSK n'a pas trop mal réussi sa carrière, et dans un monde moins exposé que la polique, comme par exemple la recherche, elle n'aura peut-être pas tourné court de cette façon.
@Natacha: Je peux si tu veux demander aux collègues femmes si elles ont été harcelées sexuellement.
Je trouve l'administration de la recherche française plus dissuasive que le salaire...
Ce qui fait haluciner les etrangers, deja, c'est le non defraiement du voyage pour les auditions... Les problemes financiers commencent bien avant de recevoir un salaire!
si les suisses disent que la france est le tiers-monde, l'inde, l'afrique du sud et le nigéria peuvent en dire autant en comparant les salaires :
http://www.nytimes.com/2012/04/02/w...
@melanie: Tu n'as ceci dit pas forcément envie de vivre dans un pays émergent même si ton salaire local (pas forcément élevé si on le convertit en euros) te garantit un bon train de vie, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité : au Brésil, les gens vivent avec des tessons de bouteille ou des barbelés électrifiés...
@DM
Et quand on explique que la VAN d'un chercheur français coûte pourtant bien plus cher à l'état français que dans n'importe quel autre pays, personne ne comprend. Seulement voilà, nous préférons payer très mal sur toute une vie, plutôt que bien mais quelques années (mettons 5/10 ans)...
Car nous sommes obsédé par l'absence de prise de risque. D'où la fonctionnarisation de la recherche.
@DM
En tout cas ça donne un parcours optimal: Allemagne ou Suisse ou US pour faire la thèse (c'est très bien payé dans les matières "en vue"), puis assistant professor pendant 5 ans en Suisse, Allemagne ou Angleterre, puis DR ou PU en France ? :-)
VAN ?
« puis DR ou PU en France »
Encore faudrait-il que le CNRS recrute de façon non négligeable hors du corps des CR. Visiblement ce n'est pas gagné. Seuls ~5% des DR n'étaient pas CR auparavant.
@Med: Le recrutement d'un DR extérieur n'est pas chose anodine :
Nombreux, peut-être, mais de moins en moins. Dans ma section il y a ~50% de plus de postes DR ouverts que de CR. Et quand on voit qui est promu, avoir plus d'embauches externes ne serait pas forcément un scandale. Si je me souviens bien il y a une pression de ~5 pour les DR, ce qui est ridiculement faible je trouve.
Après concernant l'argument financier, il faut savoir ce que l'on veut. Actuellement on préfère promouvoir un nombre élevé de CR plutôt que d'ouvrir des postes CR ou d'embaucher des externes DR. C'est avantageux pour les CR déjà en place mais je doute que ce soit dans l'intérêt de la recherche française à long terme.
Med, le problème est que la grille indiciaire des CR s'arrête actuellement au bout d'une vingtaine d'années de carrière. Environ 1/3 des chercheurs ne passent jamais DR (cf bilan social) et prennent leur retraite comme CR, en ayant vu de fait leur salaire diminuer pendant la seconde moitié de leur carrière. On peut admettre que parmi cet effectif il y ait une certaine proportion de gens dont le travail n'était pas à la hauteur, mais 35% c'est énorme (j'ai été très surprise devant ce chiffre) et ça reflèterait alors un gros souci de recrutement ? La pression de 5 me paraît largement suffisante (sans compter que c'est bien plus dans certaines commissions).
@DM
VAN = Valeur Actuelle Nette.
L'ensemble des coûts pour la collectivité.
Je ne cesse de rappeler que comparer le salaire mensuel des chercheurs sur terre n'a pas de sens, si on ne prend pas en compte
1) le contrat de travail (court ou indéterminé)
2) la rémunération différée (ouvre droit à retraite ou non ?)
Car typiquement, la rémunération totale (nette + différée) pour un chercheur français est très supérieure aux standards internationaux. Une fois tous ces coûts réintégrés dans la comparaison...
Je suis un peu dubitatif concernant la suisse. Les EPF se caracterisent justement par leur tenure track a l'americaine. Un assistant professeur qui fait ses preuves a vocation a passer associate professor, et donc devenir titulaire et permanent. Apres la question est de savoir quel est le taux d'attrition entre assitant et associate professor, mais je n'ose imaginer que ca soit une dizaine de % comme harvard.
Il suffit de regarder qq departements a l'EPFL pour voir que la plupart des profs sont permanents, ou en passe de le devnir: full professor (professeur ordinaire), associate ou assistant. Il y a relativement peu de Maitre enseignement et recherche ou adjunct professor.
@Anonymous: En effet, ils ne recrutement plus sur des postes permanents de niveau inférieur à professeur. Quant à la possibilité de ne pas obtenir la « tenure », elle n'est pas si négligeable que cela, puisque j'ai un collègue de l'EPFL qui est en train de prendre des contacts au cas où...
Outre les tenure-track, il y a aussi des professeurs financés par une bourse du fonds national suisse (CDD eux aussi).