Je relève tout d'abord que M. Breteau est « est chef d'entreprise, Conseiller du Commerce extérieur de la France pour la Chine, fondateur d’AsiaInspection et candidat divers droite dans la 11e circonscription des Français de l'étranger » et ne mentionne nulle expérience de l'enseignement. Curieux ; peut-être demain voudra-t-il nous expliquer comment des robots peuvent remplacer des chirurgiens ?

Pour ma part, j'ai enseigné depuis 13 ans dans divers établissements (universités, grandes écoles) ; on m'accordera donc une certaine expérience, certes limitée. Sur la base de cette expérience, je crois pouvoir affirmer que les propositions de M. Breteau sont, au mieux, naïves, au pire, intéressées ou hypocrites. (*)

Je n'ai bien entendu rien contre l'e-learning. Depuis longtemps, avant que cette pratique ne soit à la mode, l'École polytechnique a mis en ligne des cours et des travaux dirigés d'informatique (qui sont d'ailleurs parfois repris dans d'autres établissements). Les étudiants rendent leurs travaux directement via des formulaires Web. Tout ceci fonctionne très bien ; j'entends donc bien que l'on ne me traite pas de luddite.

Bien entendu, la lecture de transparents de cours seuls ne remplace par un cours ; il faut au moins une vidéo de l'enseignant (l'École polytechnique a eu des cours vidéo en ligne, malheureusement cela est assez lourd en termes d'infrastructure informatique et réseau...). À la limite, on peut effectivement remplacer des cours en amphithéâtre par de la diffusion de vidéos bien filmées... mais comment remplacer la possibilité de voir l'enseignant à la fin pour poser des questions ?

Surtout, je ne vois pas comment remplacer les séances de travaux dirigés. Le rôle de l'enseignant est alors souvent de « débloquer » des situations. Là où l'étudiant pourrait s'acharner dans une mauvaise direction (éventuellement due à un cours peu clair), l'enseignant peut rapidement lui apporter l'information nécessaire. Les étudiants peuvent d'eux-mêmes se poser des questions et obtenir des réponses ; il est bien connu que cela est plus efficace à l'oral, en pouvant au besoin griffonner sur du papier ou un tableau, que via le courrier électronique !

Et si on arrêtait de raconter n'importe quoi ?

(*) Je voudrais rappeler quelques faits. La région Rhône-Alpes a financé la réalisation d'un environnement d'enseignement électronique appelé « Bureau virtuel Rhône-Alpes » ou BVRA. En raison de dysfonctionnements multiples, ce système a été retiré des universités grenobloises et remplacé par un autre système coûteux, qui lui aussi tombait fréquemment en panne. Nul doute cependant que les fournisseurs de ces dispositifs en ont tiré un bon bénéfice, et qu'ils trouvaient des gens pour vanter la modernité de leurs produits.