Les enseignants-chercheurs universitaires « permanents » (ceux qui sont fonctionnaires, et non CDD) se divisent en maîtres de conférence et professeurs des universités. Dans les deux cas, il s'agit d'un recrutement par concours. Si l'on exclut le cas particulier de quelques disciplines utilisant, pour les postes de professeur, le concours de « l'agrégation du supérieur » (bien distincte de l'agrégation de l'enseignement secondaire), ce concours consiste en une sélection sur dossier suivie, si le dossier est retenu, d'une audition devant un comité de sélection. Pour un poste de maître de conférences, il faut normalement un doctorat, et pour un poste de professeur, un doctorat et une habilitation à diriger les recherches.

Le processus est donc le suivant : les universités publient des annonces de postes, les candidats se renseignent (typiquement, on invite certains à venir donner des séminaires) et envoient leur dossier, et ensuite il y a les auditions. Si l'université a des ambitions de recherche de classe internationale, elle assure une publicité internationale à ces postes (les étrangers lient rarement les annonces au Journal officiel et consultent rarement le site tout en français du Ministère de l'Enseignement supérieur...).

Il y a cependant un hic. Il faut, normalement, être qualifié pour les fonctions de maître de conférence ou de professeur des universités pour se présenter au concours correspondant (par exemple, je suis qualifié pour les fonctions de professeur des universités). Cette qualification s'obtient en envoyant un dossier assez léger (CV, liste de publications..) à deux rapporteurs appartenant à la section adéquate du Conseil national des universités (CNU), un organisme chargé, outre la qualification, de l'examen de certaines promotions et dispenses d'enseignement, et, depuis peu, de l'évaluation des enseignants-chercheur en poste. Dans les disciplines proches de la mienne, la qualification maître de conférences est une formalité à partir du moment où l'on a effectivement fait de la recherche dans la discipline concernée (d'où des publications internationales) et qu'on l'a effectivement enseignée en niveau universitaire (par exemple, en donnant des travaux dirigés pendant le doctorat). Il faut cependant impérativement passer cette qualification, et pour cela s'inscrire en octobre.

Maintenant, mettez-vous à la place d'un étranger qui s'aperçoit en mars qu'un poste le tenterait. On lui explique alors qu'il aurait dû s'inscrire en octobre de l'année précédente pour une formalité dont il n'a jamais entendu parler et qui n'existe dans aucun autre pays...

L'absurdité de cette procédure pour les recrutements internationaux a été partiellement prise en compte. Il est maintenant possible pour une université de recruter une personne non qualifiée si elle occupait des fonctions de niveau équivalent à l'étranger. Ainsi, un associate professor américain peut candidater professeur des universités en France. Cela ne règle cependant ni le problème des recrutements initiaux comme maître de conférence, ni le problème des étrangers équivalent maîtres de conférence ou post-doc allongés à l'allemande qui cherchent un poste de professeur des universités en France.

Quelle est l'utilité de la qualification ? A priori, il s'agit de s'assurer d'un niveau minimal pour tout recrutement d'enseignant-chercheur en France, discipline par discipline. L'utilité serait donc essentiellement d'éviter des recrutements « locaux », par pur copinage, de candidats manifestement insuffisants. Un sous-entendu est que le critère du doctorat ou de l'habilitation à diriger les recherches serait insuffisamment sélectif ; il est vrai que des thèses fort médiocres sont soutenues et acceptées, ne serait-ce que pour ne pas embarrasser le directeur de thèse et créer un « trou » non justifié de plusieurs années dans le CV du doctorant (il est difficile d'expliquer à un recruteur potentiel qu'on a passé 3 ans sur une thèse et que finalement on a échoué). Cette raison est-elle toujours d'actualité ?

On peut discuter à l'envi des évolutions récentes de l'enseignement supérieur et de la recherche (financement sur projets, nouvelles responsabilités des universités, critères bibliométriques), mais le fait est que les universités et les laboratoires, me semble-t-il, font maintenant bien plus attention au niveau scientifique des candidats entrants. Ils savent que si le nouveau recruté finit « non publiant » au bout de quelques années, cela tirera vers le bas leurs indicateurs. Certains laboratoires de ma connaissance, naguère célèbres pour leurs recrutements locaux et de qualité scientifique médiocre, ont bien changé leur politique. Il me semble donc que le risque de recrutements clairement insuffisants a bien décru.

Je pose donc la question : la qualification par le CNU a-t-elle encore une utilité, du moins dans les disciplines de sciences exactes (*) ?

(*) Il me semble que la situation en lettres et sciences humaines et sociales est différente, notamment en raison de moindres possibilités de recrutement international. En mathématiques, on peut avoir un professeur anglophone qui, initialement, ne parle pas français (on lui donnera si besoin les premières années uniquement des cours de niveau avancé, qu'il fera en anglais)...