J'entends parfois parler de « plafond de verre » pour les femmes dans la recherche scientifique ; le sous-entendu est que des collègues machistes, notamment dans des comités de recrutement ou de promotion, gêneraient la carrière des femmes.

Je manque de vision d'ensemble de la situation, mais voici mes idées et suggestions :

  1. Dans certaines disciplines, il n'y a de toute façon pas beaucoup de femmes, et ce dès le début des études supérieures. Les grandes écoles françaises d'ingénieurs ont environ 15% de jeunes femmes, mais elles recrutent en sortie de classes préparatoires où il y a à peu près cette proportion. Autrement dit, le manque de féminisation des emplois auxquels elles mènent (ingénierie mais aussi recherche dans certaines disciplines) s'explique par des choix faits très en amont, au lycée et avant. Ces choix sont probablement liés à des stéréotypes propagés par les familles, les médias et les œuvres de fiction — par exemple, des films ou séries montrant le scientifique comme un homme un peu débile, ou membres de la famille qui découragent de faire une classe préparatoire car c'est dur (sous-entendu dur pour une fille). Solution De très longue haleine : arrêter de propager des stéréotypes, demande un changement sociétal.
  2. Les concours de recrutement de certaines grandes écoles font la part belle à l'interrogation orale. Celle-ci mesure, outre la compétence technique pure, la capacité à parler de façon assurée ; elle est impitoyable pour les gens stressés, les timides, etc. Les traits de confiance et soi, d'intrépidité, voire d'une certaine désinvolture, sont traditionnellement encouragés chez les garçons, tandis que l'on encourage traditionnellement plus la politesse, le soin ou la modestie chez les filles. (Ainsi, on parle souvent d'écritures de filles pour des écritures soignées et esthétiques, mais pas forcément pratiques pour la prise de notes rapide.) J'ignore si ces remarques sont encore d'actualité pour les jeunes filles nées 20 ans après moi.
  3. Les critères de recrutement des scientifiques discriminent non pas contre les femmes, mais contre la vie de famille. Dans certaines disciplines, on ne prend en premier recrutement « permanent » (maître de conférence ou chargé de recherche) que des candidats ayant fait, outre un doctorat (minimum bac+8), plusieurs années de recherche post-doctorale à l'étranger, notamment aux États-Unis. Autrement dit, on attend que des hommes et des femmes qui ont largement l'âge de vivre en couple et d'avoir des enfants qu'ils aillent vivre à l'autre bout du monde, souvent en laissant leur compagnon ou leur compagne faute de pouvoir facilement lui faire changer d'emploi (ou d'avoir un visa lui donnant le droit de travailler). Solution Arrêter ce fétichisme des années passées au bout du monde. Lui préférer les stages pendant les études (< master), quand les gens ne sont pas encore fixés. Faciliter la résolution du « problème à deux corps ».
  4. Il en est de même des critères de promotion, largement fondés sur les quantités de publications. Une grossesse, et c'est la baisse de la productivité (et il n'est pas forcément facile de revenir dans le jeu). Solution Demander le nombre de grossesses et, en gros, défalquer un an de travail par année de grossesse (comme par exemple pour la détermination de l'âge maximal des candidats juniors à l'ERC).
  5. Il y a de l'autocensure. Récemment j'ai entendu parler de plusieurs concours de professeurs d'université ou de grande école, avec zéro candidates (alors que l'un de ces concours avait plus de 25 candidats hommes). La meilleure façon d'échouer est de ne pas candidater.
  6. J'ai l'impression que les femmes sont nombreuses dans des filières « bouchées » (sciences humaines et sociales, lettres, biologie, chimie...) et moins nombreuses dans les filières à bons débouchés industriels (informatique, ...). Ceci peut expliquer des recrutements tardifs, des carrières plus lentes... De fait, il faudrait normaliser les résultats par rapport à la discipline (les carrières d'un universitaire en lettres et en sciences exactes n'ont pas grand chose à voir, si ce n'est les noms des postes).
  7. Enfin, rappelons l'important effet retard dû à la progression de carrière. Si maintenant nous avions 50% de recrutées maîtres de conférence en informatique, cela n'aurait d'impact que 8 à 20 ans après sur les professeurs des universités deuxième classe, et encore plus longtemps sur les première classe et classe exceptionnelle.
  8. Au sujet de la compatibilité entre vie familiale et travail, on se demande bien pourquoi l'on ne profite pas des fameux « plan campus » pour installer des « crèches d'entreprise » sur les campus universitaires (ce qui pourrait convenir tant aux gens qui y travaillent qu'aux étudiants chargés de famille).