Jérôme Bosch est-il un primitif flamand ?
Par David Monniaux le samedi, mai 12 2012, 11:47 - Wikipédia - Lien permanent
Il y a quelques jours, je dînais avec une collègue chez des connaissances : un couple, leur fille étudiante. Cette dernière devait prochainement présenter un exposé sur Jérôme Bosch dans un « enseignement d'ouverture » en marge de son cursus (les cursus de l'enseignement supérieur imposent souvent de suivre des cours hors sa discipline principale : sport, art, etc. ; j'ignore l'objectif précis de cette pratique et s'il est effectivement atteint grâce à celle-ci). Pressée par le temps, elle sollicitait l'aide de ses parents pour relire son document (*). C'est alors que la maîtresse de maison s'est mise à déplorer très fort l'existence de sites comme Wikipédia, où se trouve de l'information non vérifiée car écrite par n'importe qui.
Comme disait Desproges, on peut parler de n'importe quoi mais pas avec n'importe qui. Certains sujets sont notamment à éviter, sauf à être sûr de ses interlocuteurs : la politique, la religion, l'homéopathie, Wikipédia, et le choix du langage à étudier dans les cours de programmation pour débutants. Certains diront qu'il s'agit là de « sujets à troll » ; toujours est-il qu'il vaut mieux ne pas les aborder si vous voulez dîner tranquillement. Hélas, ma collègue universitaire a abordé la question des sources dans les travaux et publications, et a voulu donner quelques conseils à l'étudiante. Les ennuis commençaient.
Le n'importe quoi, ce sont les autres opinions que les miennes
Pourquoi notre hôtesse jugeait-elle donc que Wikipédia, c'était souvent n'importe quoi ? Bien sûr, par principe : n'importe qui écrit dedans, comme n'importe qui poste ses opinions dans les forums en ligne. Toutefois, voulant étayer cette assertion de portée générale par un exemple particulier, elle a pointé que, quelle horreur, un article de Wikipédia qualifiait Jérôme Bosch de « primitif flamand » ; qui plus est, non seulement Wikipédia était incorrecte, elle était également incohérente, puisque l'article sur les primitifs flamands ne mentionnait pas Jérôme Bosch !
Cet incident m'a rappelé une discussion dans un forum : un connaisseur d'art trouvait que Wikipédia c'était du grand n'importe quoi parce que l'article sur Ingres qualifiait celui-ci de « peintre néoclassique ». Je lui ai fait observer que les articles sur ce peintre dans Encyclopædia Universalis et Encyclopædia Britannica, soit les deux grandes encyclopédies grand public « sérieuses », respectivement francophone et anglophone, commencent eux aussi par évoquer ce néoclassicisme. Britannica dit, dans sa première phrase :
Ingres became the principal proponent of French Neoclassical painting after the death of his mentor, Jacques-Louis David
Soit « Ingres est devenu le principal partisan de la peinture néoclassique française après la mort de son mentor, Jacques-Louis David. ». Mon contradicteur m'a alors expliqué que Britannica, qu'il ne connaissait pas, se trompait aussi...
Bien entendu, il est possible que Britannica se trompe ; j'ai ainsi relevé récemment que cette publication confie maintenant la rédaction d'articles scientifiques courts à des non-spécialistes devant couvrir de larges domaines, d'où des erreurs grossières. Toutefois, en l'espèce, il s'agissait d'un article de spécialiste. N'étant pas compétent pour arbitrer une querelle de spécialistes en histoire de l'art, j'ai coupé court.
Les classifications précises et la vision scolaire
Richard Feynman a bien expliqué (dans Surely you're joking, Mr Feynman, que je recommande chaudement malgré le cabotinage de l'auteur) comment son père avait formé sa vision du monde, de la nature et de la science : ce qui importe, quand on étudie un animal, une plante, ce n'est pas de savoir son nom, c'est de comprendre son fonctionnement et son intégration dans le monde. Un nom, en lui-même, ne nous dit rien, ou si peu (de même qu'une date, ou autre fait isolé de l'érudition superficielle qui passe parfois pour de la culture). Autrement dit, savoir si Jérôme Bosch est un « primitif flamand » n'a aucun intérêt en soi, sinon de pouvoir jouer à des jeux de société ou télévisés ; cela commence à avoir un intérêt si l'on sait ce que sont les primitifs flamands et en quoi Jérôme Bosch est proche ou non d'eux. (Dans le même ordre d'érudition stérile, il y a les gens pour qui commenter un texte consiste à relever les fautes d'orthographe ou de grammaire, de préférence sur des points où l'usage courant actuel ne respecte pas ce qui est conseillé dans les vieux ouvrages ; rien ne leur fait plus plaisir que de faire remarquer que l'on peut écrire « un œuvre » ou qu'il faut écrire « au temps pour moi » et non « autant pour moi ».)
Toute classification est une convention sociale et il est inévitable que sur des sujets humains, aux contours imprécis, il y ait des différences de jugement aux marges. Prenons la Renaissance : certains la font conventionnellement démarrer en 1492 (chute de Grenade et fin des seigneuries arabo-musulmanes en Espagne, (re)découverte de l'Amérique), d'autres de la chute de Constantinople (1453), d'autres feront remarquer qu'elle a commencé avant en Italie. La même personne pourra d'ailleurs admettre aussi bien ces trois définitions, au motif que cela dépend de ce que l'on appelle précisément « Renaissance ». Prenons un exemple plus proche de nous et a priori mieux délimité : la Seconde guerre mondiale. En France, on la fera typiquement commencer à l'invasion de la Pologne par l'Allemagne, le 1er septembre 1939, et finir le 8 ou 9 mai 1945 ; un britannique ou un américain la fera finir à la victoire contre le Japon. On pourrait également argumenter qu'elle a de fait commencé plus tôt, avec l'expansion allemande (Anschluß, Sudetenland) ou japonaise (Mandchourie).
Même dans des domaines a priori exacts, la question des définitions se pose. Ainsi, en mathématiques, ce que certains français appellent « espace compact », d'autres, notamment anglophones, appellent « compact Hausdorff » ; en informatique, ce que certains appellent « invariant » tout court, d'autres appellent « invariants inductifs », acceptant le terme « invariant » pour une classe plus large de propriétés. Ces différences entre auteurs expliquent que les articles et ouvrages scientifiques dans ces domaines commencent souvent par rappeler définitions et notations. En revanche, dans un contexte scolaire (par exemple, celui des classes préparatoires aux grandes écoles), on donnera des définitions standardisées et uniques, ceci afin de faciliter le contrôle des connaissances et la notation.
Autrement dit, cela ne me choquerait pas que certains auteurs classent Bosch parmi les « primitifs flamands » (au motif, par exemple, que sa technique est celle des primitifs flamands), tandis que d'autres le classent à part (au motif, par exemple, qu'il est plus tardif ou que ses sujets et leur traitement sont très particuliers et sans rapport avec ceux des primitifs).
Lorsque j'ai fait remarquer que certaines classifications peuvent varier suivant les auteurs, mon hôtesse s'est emportée. Comment donc ! Comment faire si l'un dit une jour, l'autre une autre, si l'un dit une date, et l'autre une autre date ? J'ai alors compris qu'au fond, elle regrettait que le monde ne soit pas simple comme une leçon d'école, qu'il puisse exister plusieurs interprétations, et qu'il n'y ait pas une connaissance officielle, estampillée, validée et surtout unique.
Les notes de bas de page et la viande bovine
Dès lors qu'il n'existe pas forcément une interprétation unique, comment représenter la multiplicité des opinions de spécialistes ? La solution utilisée dans les ouvrages savants et Wikipédia est d'attribuer les classifications, idées, concepts, jugements, etc. à des auteurs identifiés, en rappelant l'ouvrage concerné en note de bas de page ou de fin d'ouvrage. Mon interlocutrice était effarée : « Vous n'êtes pas sérieux, on ne va pas mettre une note pour chaque affirmation ! ».
Il m'est alors apparu que, peut-être, elle n'avait jamais ouvert d'ouvrage de type universitaire (je parle ici de thèses de doctorat ou autres ouvrages élevés, pas des manuels à l'usage des premiers cycles) ou d'articles de recherche. Profitant de mes accès professionnels, je l'ai emmenée sur divers sites (Jstor.org, Persee.fr, Cairn.info, Revues.org, Google Scholar...), dont elle ne connaissait pas l'existence. Je lui ai montré qu'il était courant que les notes occupent 1/4, 1/3 voire 1/2 page. Il est vrai que les éditeurs d'ouvrages grand public refuent les notes de bas de page : d'après eux, leur public cible n'en veut pas (et puis, autant économiser du papier!).
Ma collègue a tenté de faire passer l'idée que la note de bas de page permet d'organiser la traçabilité des sources (comme pour la viande bovine). On dit souvent aux élèves qu'il faut croiser les informations ; mais cela est largement vain si tout le monde a recopié, directement ou indirectement, un même ouvrage erroné, ou une étude sujette à caution. (Si l'on s'obstine à remonter les pistes, on tombe parfois sur des résultats croquignolets. Ainsi, en voulant remonter les affirmations de certains organismes sur la prévalence de contenus racistes ou pédopornographiques sur Internet, je suis arrivé sur la source originale... une étude commanditée par un vendeur de logiciels de filtrage.)
Des sources parmi d'autres
Je soupçonne depuis un bon nombre d'années que la raison fondamentale pour laquelle Wikipédia se fait attaquer, c'est parce que ce site explique très franchement comment il est réellement rédigé. Nulle communication laissant supposer que les articles seront forcément rédigés par des professeurs ou validés, comme on nous l'a laissé croire par voie de presse, au sujet du défunt Google Knol ou de la partie contributive de l'Encyclopédie Larousse en ligne : on dit très franchement que n'importe qui peut modifier les articles et on montre les discussions et modifications.
Par comparaison, lorsque vous lisez un article sur le sciences dans un grand journal, on ne vous dit pas que celui-ci a, au pire, été rédigé par un jobard total, au mieux, rédigé par un diplômé d'histoire qui fait de son mieux mais ne comprend pas le sujet évoqué. On vous laissera au contraire supposer qu'il s'agit d'une information vérifiée.
Le danger des avertissements répétés au sujet de Wikipédia, c'est qu'ils dirigent élèves et étudiants vers des sources encore moins vérifiées et contrôlées. Prenons le cas de l'étudiante en question. Sa première citation, donnée dès le début de son introduction, provenait d'un mystérieux auteur espagnol (nul doute que l'enseignant du cours d'histoire de l'art aurait pu jouer à lui demander de qui il s'agissait et en quoi son opinion était pertinente). Elle l'avait trouvé sur un site Internet... d'une agence de voyages culturels, en introduction d'un petit texte de présentation rédigé par un accompagnateur (remarquons le manque d'originalité : elle tombe sur un site qui fournit une certaine citation en introduction, elle fait pareil). Cet accompagnateur est-il historien de l'art ? Une rapide recherche bibliographique montre qu'il est plutôt historien de l'armée, tendance tradi-extrême-droite (peut-être fait-il de l'histoire de l'art à titre de violon d'Ingres ?). Bien entendu, là non plus, nulle explication quant au mystérieux auteur espagnol, ni mention de l'ouvrage d'où la citation est tirée...
La prohibition de Wikipédia a des effets opposés à ceux visés. Au lieu d'inciter les étudiants à se tourner vers des ouvrages savants et des articles scientifiques (souvent cités dans les articles de Wikipédia), elle les incite à se tourner vers n'importe quel site rédigé par n'importe qui qui se donne une vague allure de sérieux.
Conclusion
Il était pour moi clair que l'étudiante en question désirait expédier son exposé le plus rapidement possible et à moindre travail, celui-ci étant dans une matière annexe et, fort probablement, ne comptant pas dans sa note finale. J'ignore quelle aurait été sa méthode de travail pour un travail avec un vrai enjeu.
Quelques constats cependant :
Étudiants comme parents semblent ignorer le fonctionnement des ouvrages savants, notamment le réseau de renvois et de notes qui permettent d'étayer les raisonnements.
On répète à l'envi « il y a n'importe quoi sur Internet » mais on ignore l'existence de sites et de moteurs spécialisés.
Les ravages de l'esprit scolaire : cette idée qu'il y a une réponse officielle, qu'il s'agit de reproduire.
Une partie des étudiants ne soupçonnent même pas qu'ils pourraient consulter les ouvrages des bibliothèques universitaires (j'en fais régulièrement l'expérience).
Maintenant, que faire ? J'entends souvent parler de l'éducation à la communication, à la documentation, aux sources. Que fait-on à ce sujet dans l'enseignement secondaire ?
(*) Personnellement, je trouve cela assez curieux d'avoir l'aide de ses parents pour un travail universitaire, surtout s'ils ne sont pas qualifiés dans le domaine. Est-ce courant ?
Commentaires
Quand Desproges dit qu'on ne peut pas rire de tout avec tout le monde, il ne veut pas dire qu'il fait faire attention parce que ce qui nous fait rire pourrait déplaire, mais plutôt qu'il ne veut pas partager le rire de certaines personnes. Il l'a dit après le tribunal des flagrants délires où était invité Le Pen. Il a été très gêné que Le Pen rit aux blagues racistes. Par exemple, on peut faire des blagues racistes avec un noir, mais pas avec un raciste.
J'ai rencontré un problème assez similaire, lorsque je me suis mis en tête de consacrer un mémoire universitaire aux nouvelles techniques de médiatisation de la musique classique. En effet, qu'est-ce que la musique classique ? De nombreuses sources utilisent cette étiquette, mais elle n'est quasiment jamais interrogée. Wikipédia n'est pas forcément mieux renseigné, mais l'article anglophone faisait au moins état de l'étymologie du terme — apparu au cours des années 1830, dans le contexte, suivez mon regard, du développement de l'industrie musicale qui avait grand besoin d'étiquettes fixes pour fourguer plus facilement sa marchandise.
L'intérêt de l'encyclopédie, c'est qu'elle oblige à faire correspondre un article avec une notion. Les ambiguïtés ne peuvent être maintenues dans ce cadre-ci : la notion doit être obligatoirement décortiquée et critiquée.
@Benoît: Ce que je veux dire, c'est qu'il y a des sujets que je considère comme fatiguant et inutile d'aborder avec certaines personnes. Il faut choisir ses combats et où dépenser son énergie.
Prenons par exemple l'homéopathie. Certaines personnes y croient dur comme fer, avec des arguments du type « statistiques sur une personne ». Si je hasarde quelques doutes, on va me traiter de scientiste imbu de lui-même (et au besoin me faire un cours sur les révolution scientifiques et Kuhn, enfin, bref, de l'épistémologie à la portée des caniches ; comme vous pouvez le supposer, je trouve cela super intéressant, en tant que chercheur-habilité-à-diriger-les-recherches de recevoir des cours sur la science de la part de gens dont les connaissances en la matière sortent de vagues cours et bouquins de vulgarisation). Je préfère donc largement me taire : ce n'est pas comme si ce que j'aurais pu dire aurait changé quoi que ce soit aux opinions de la personne en face, et de toutes façons celles-ci n'ont pas grande importance (il en irait autrement si cette personne était, par exemple, ministre de la santé).
@David Monniaux: oui, j'avais bien compris. C'était juste pour dire que citer Desproges ici, n'était pas adapté. Eh puis j'aime bien ramener ma fraise sur « au temps pour moi » !
Re: faire relire à des non-spécialistes : (je vais enfoncer des portes ouvertes) tout dépend du travail et de ce qu’on attend de la relecture.
Il n’y a pas franchement besoin d’un doctorat pour vérifier l’ortho/typo, constater que l’enchaînement n’est pas logique ou que des sections censées être accessibles à tous sont incompréhensibles, etc.
Ton article me fait penser à l'intro d'un manuel d'art grec de l'École du Louvre. L'auteur remarque que la culture classique a largement disparu, et souligne que ce n'est pas forcément une mauvaise chose : elle entretenait ce qu'il appelle une « fausse familiarité » avec l'époque/les œuvres, du style « la Vénus de Milo est une statue classique ».
Sur ta conclusion, j'ai l'impression que l'enseignement secondaire est consacré à l'acquisition de certitudes, tandis que l'apprentissage de la complexité est laissé au supérieur (voire au second/troisième cycle).
@Jean-Frédéric: Certes, mais tu ne crois pas qu'à 20 ans, cela dénote un certain manque d'autonomie ? J'ai un peu du mal à rapprocher les revendications de certains en matière de jeunesse avec l'image de l'étudiant qui vit chez papa-maman (ou qui ramène son linge sale à maman car ne veut pas se servir de la laverie de la résidence) et qui demande de l'aide pour son boulot. Les collègues qui font les entretiens à l'inscription en L1 voient arriver des jeunes hommes et des jeunes femmes accompagnés de papa ou maman qui parle à leur place !
Certains parents se sentent obligés d'aider leur progéniture quand bien même celle-ci n'en aurait pas besoin et s'en passerait volontiers. Je n'ai pas réussi à faire une dissert de français complètement seule avant la 1re.
Un manque d'autonomie ? Pas forcément ! Pour des travaux censés être clair et abordable, se faire relire pas un tiers me parait la plus élémentaire des procédures (le fait que ce soit papa/maman étant certes tout à fait accessoire) pour relever les définitions manquantes, les raccourcis de raisonnement, etc.
Ensuite, je dois reconnaître que la recherche de sources, notamment en bibliothèque, n'est pas un exercice évident, de plus il est extrêmement peu valoriser dans l'enseignement français. Cela dit, je trouve cela fort dommageable et donner aux étudiants, voir aux lycéens, les capacités de faire une vraie recherche de documents me paraîtrait un vrai plus.
Par exemple : "Faites un rapport de vingt pages accompagnée d'une présentation de quinze minutes sur un sujet au choix." (pas forcément académique) Cela pourrait peut-être motiver les élèves à vraiment travailler par eux mêmes. C'est bien connu, on ne travaille vraiment que les sujets qui nous intéressent !
> le choix du langage à étudier dans les cours de
> programmation pour débutants
Je croyais qu'en arrivant a l'X ils avaient deja fait du Caml en classe preparatoire et donc n'etaient pas si debutants que ca...
"la politique, la religion, l'homéopathie, Wikipédia, et le choix du langage à étudier dans les cours de programmation pour débutants."
la politique et la religion admettent des réponses opposées mais également valables.
L'homéopathie est une foutaise inoffensive donc non sujette à polémique : si les gens veulent en prendre qu'ils en prennent (le cout pour la secu est le seul pb).
"langage à étudier dans les cours de programmation pour débutants" : de l'art de mal poser une question a des gens rationnels. débutant en quoi? et pour les faire devenir quoi? une fois la réponse à ces deux questions trouvées, la question du langage n'admet qu'une ou deux réponse *valable* :)
ps : c'est un poilu des montagnes mélanger à du bon sens.
pps : viande bovine? tu connais la : Rrindfleischetikettierungsüberwachungsaufgabenübertragungsgesetz?
Sur ceux qui disent que Wikipédia c'est n'importe quoi quand ils ne sont pas d'accord, Paul Carr avait remarquablement parodié ça quand il était éditorialiste à Techcrunch : il disait trouver Wikipédia géniale parce qu'on y trouve toujours la réponse à ses questions, et qu'on peut toujours pointer la non-fiabilité de Wikipédia quand on n'aime pas la réponse.
Combien de journalistes font exactement cela, alors que seul Paul Carr prétend le faire ?
Pour répondre à vos interrogations :
Pour ce qui est du secondaire, je "pratique" le collège, via les enfants de la famille.
En principe :point d'exposé demandé, il n'y a pas le temps pour cela. Par contre, j'ai vu passer un exposé en classe de 5è sur un thème abordé dans le programme. Les enfants envisageaient clairement le copier-collé de tout article traitant plus ou moins du sujet, et basta. J'ai remis mon petit monde dans les clous, façon "vielle école" (pour les détails : http://mamouchka.lesdemocrates.fr/2... )
Pour la qualité du correcteur "comité de lecture", il faut faire avec ce dont nous avons sous la main ... Mais connaitre un minimum le sujet, me semble-t-il, à moins de disposer d'un vrai candide. Si le candide comprend, c'est plutôt bon signe !
Cet article est complètement top. (trouve-je)
Mais quand même: "les cursus de l'enseignement supérieur imposent souvent de suivre des cours hors sa discipline principale : sport, art, etc. ; j'ignore l'objectif précis de cette pratique et s'il est effectivement atteint grâce à celle-ci" vous plaisantez ou quoi?
ça sert à découvrir que d'autres sujets que celui de notre prédilection sont intéressant quand on y travaille avec un minimum de sérieux. Moi perso je faisait de l'info, j'ai pris un cours d'économie parce qu'il fallait prendre un cours différent, j'ai adoré, j'ai changé de formation. (évidemment j'imagine qu'en général on a pas le droit de changer de fac sous prétexte qu'on préfère l'autre, mais bon, là si.)
L'attitude de cette dame n'est pas très surprenante au demeurant. Combien de personnes restent convaincues de l’existence de système à rendement surnuméraire ?
A leur décharge, les meilleures revues scientifiques (à défauts de grands spécialistes) ont été abusées par de magnifiques tromperies (journal d’Hitler, mémoire de l'eau par exemple).
La réaction simpliste semble être que le risque zéro ne peut venir que des spécialistes, car ils arrivent toujours à corriger les erreurs, alors que des amateurs ... Et pan sur le nez, Wikipedia. Mais c'est simpliste, justement.
Si vous saviez le nombre de fois où je me retrouve à rappeler qu'Einstein n'était pas un simple employé de l'office des brevets (exact) mais aussi un diplômé de l'école polytechnique de Zurich.
Ah, le syndrome du gugusse qui est génial et refait le monde dans son garage...
Au passage, il peut y avoir une seule réponse officielle et elle peut être correcte (1er et 2eme principe de thermodynamique par exemple ...)
On peut résumer tout ça en deux phrase : "depuis avènement d'internet à grande échelle, trouver de l'information sur une sujet donné est devenu on ne peut plus simple. Savoir *trier* cette masse d'info devrait donc être au centre de l'enseignement actuel **une fois que les bases sont acquises**. En gros, en primaire on apprend et ensuite on apprend à s'y retrouver petit à petit.
Ce chagement rapide de paradigme pose bien sûr un problème aux gens qui n'arrive pas à suivre car on leur a dit toute leur vie que le tas d'arbres morts + toile d'araignées sur l'étagère contenait LA réponse.
Ce n'est pas en interdisant aux élèves d'aller sur wiki (On ne peut pas :)) qu'on va leur apprendre qqch d'utile. On leur apprendra qqch d'utile en leur demandant, par exemple, de critiquer l'évolution d'un article de wiki et/ou d'une encyclopédie au fil de leurs versions successives.
Ne pas oublier non plus que tout ça ne fonctionne qu'avec des gens relativement matures...l'orthographe ne peut PAS s'apprendre comme cela en primaire.
Je crois que nous avons spontanément une conception hyper-relativiste pour ce qui est des opinions, hyper-anti-relativiste pour ce qui est des « vérités scientifiques », et que chacun perçoit très vivement l'incompatibilité de ces deux domaines. La réaction de cette dame, assez banale, ne fait qu'exprimer un refus : celui de confondre les deux domaines.
En comprenant mieux la démarche scientifique (ainsi que les méthodes de publication scientifique), on sera peut-être moins « fondamentalistes » (ou hyper-anti-relativiste) concernant les « vérités » scientifiques. Et en comprenant mieux Wikipédia, on fera plus rapidement la distinction entre contribuer à l'exposé d'un fait/d'une opinion et émettre une opinion.
Mais ce sont des questions compliquées.
Et il y a quelque chose de sain dans la réaction de cette dame : la crainte d'un « relativisme total ». Même si cette crainte se trompe de cible, en tant que telle elle n'est pas mauvaise.
@David Monniaux : Il y a un souci avec le travail de Kuhn ou juste avec les gens qui parlent d'histoire des sciences en n'ayant lu que Kuhn ?
@Couard Anonyme: C'est le cas pour une partie d'entre eux seulement, ce qui explique la présence de deux cours introductifs en informatique : INF311, programmation grand débutants, et INF321, destinée à ceux qui ont fait du Caml ou d'autres langages auparavant.
@avs: Je ne plaisante nullement. Je ne prétends pas lire dans la tête de ceux qui conçoivent des formations, même si je peux éventuellement former des hypothèses. Je peux parfois valablement formuler des raisons pour la présence de tel ou tel cours dans telle ou telle formation (par exemple, il me semble clair qu'il faut un cours de bases de données dans une formation d'ingénieur informaticien, vu que les bases de données sont largement répandues dans toute l'industrie) ; en revanche, le rôle du sport dans le cursus d'établissements comme l'ENSIMAG ou les IEP m'échappe. Cela ne veut pas dire que je pense qu'il est inutile, simplement que je n'ai pas d'explication claire et seulement des hypothèses en tête.
@kuk: Il y a un problème avec des gens qui croient que, par exemple, l'arrivée de la mécanique relativiste d'Einstein revenait à jeter toute la physique d'avant (ou disons celle de Newton), alors que la majeure partie des travaux de physique (au sens large) se font en mécanique newtonienne... Plus récemment, on disait que les neutrinos supraluminiques auraient abouti à jeter tout Einstein. La vulgarisation des concepts de paradigmes et de révolutions scientifiques semble omettre qu'en la matière, les théories plus récentes sont des « raffinements » des théories précédentes, qui donnent les mêmes résultats sauf à des échelles de temps, de distances ou de vitesses éloignées de la vie courante (il me semble ainsi que le seul problème de science appliquée où l'on doit prendre en compte la correction relativiste est le GPS, en raison de la très haute précision nécessaire).
En l'espèce, je pense qu'un peu de philosophie des sciences mal expliquée à des gens sans connaissances de physique est pire que rien.
@David Monniaux : De ce que j'ai lu de Kuhn, ça ne m'a pas l'air mal expliqué, ni dangereux à lire, même si quelques connaissances physiques sont probablement nécessaires.
Mais ce que vous dites à propos de la philosophie des sciences ne s'applique-t-il pas n'importe quelle connaissance ? (cf le silly peak de SMBC)
@David Monniaux: c’était du pur troll (mais tu t'en doutais)... j'aurais pu tout autant dire qu'il te faut changer de collègues ou du moins cesser de fréquenter leurs connaissances.
Comme Jastrow mes parents m'obligeaient a leur faire relire mes devoirs maison et souvent m'obligeaient a y apporter des modifications lesquelles sans être erronées ne correspondaient pas au style du prof ou a l'esprit de l'exercice scolaire demandé.
@Couard Anonyme: En fait, les discussions entre collègues au sujet des langages de programmation sont plutôt bon enfant, alors que les discussions sur la politique ou Wikipédia peuvent vite prendre un tour vinaigre (pour les secondes, ne serait-ce que parce qu'elles mettent en jeu l'image que les gens ont de leur propre niveau intellectuel et culturel, ou de la valeur de leur investissement dans les pratiques intellectuelles ou culturelles).
Reste que l'on peut facilement obtenir une cacophonie avec les langages — j'étais dernièrement invité chez des amis de formation scientifique, quelqu'un (pas moi) a lancé le sujet : l'un dit qu'il faut commencer par l'assembleur puis monter vers le haut niveau, l'autre dit qu'il faut faire du Scheme, l'autre qu'il faut commencer par Pascal ou Ada... D'autres encore, un peu plus réalistes, expliquent que cela dépend des objectifs et de la durée du cursus (on peut se permettre de faire un langage universitaire en premier si l'on est sûr d'avoir le temps de faire un langage industriel après).
@kuk: Les gens ne lisent généralement pas Kuhn dans le texte ; ils en lisent ou écoutent des versions très vulgarisées... Dans le même genre, vous avez Gödel : parmi ceux qui évoquent avec aplomb les théorèmes d'incomplétude, combien ont lu un ouvrage sérieux sur le sujet, par exemple celui de Peter Smith ?
Sinon, d'accord qu'il y a un grand nombre de domaines où un peu de connaissances et trop de confiance en soi peuvent amener à des catastrophes.
@David Monniaux : D'accord, mais Gödel, c'est autrement plus casse gueule que Kuhn. Merci pour la référence en tout cas.
@kuk: J'ai déjà vu des gens soutenir des pseudosciences avec une argumentation du type « vous êtes bien naïf de vous préoccuper de ce que disent les scientifiques, de toutes façon la science est périodiquement révolutionnée et ce qui était jadis une erreur est proclamée vérité lorsque l'on change de paradigme, d'ailleurs regardez Einstein qui a jeté à la poubelle la science du XIXe siècle ». Ce genre de discours a des implications sociales (les pseudosciences, c'est un business...) ; par comparaison, les bêtises sur Gödel risquent au pire de ridiculiser ceux qui les énoncent s'ils le font devant un spécialiste du domaine.