Rien compris à la droite
Par David Monniaux le vendredi, mai 4 2012, 20:10 - Société - Lien permanent
On dit parfois que la droite française (UMP et satellites : Nouveau centre, radicaux valoisiens, etc.) et le président Nicolas Sarkozy défendraient les valeurs du christianisme et du libéralisme. Je ne comprends pas bien pourquoi.
Prenons tout d'abord le christianisme. Il me semble que le Christ prônait la modestie, la générosité, la compassion (notamment envers les pauvres et les vagabonds), la méfiance envers les richesses terrestres et repoussait les « marchands du temple ». Il me semble également que la présidence de Nicolas Sarkozy se basait sur d'autres principes. Nous pourrions également nous interroger sur la vie personnelle de M. Sarkozy, qu'il étalait complaisamment, et sur sa conformité à ce commandement :
Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain.
Quant au libéralisme, il est vrai que la droite française tend à prendre des mesures d'inspiration libérale en ce qui concerne le droit du travail. Cependant, ce libéralisme est à géométrie variable : ainsi, il est bien plus prudent quand il s'agit de réformer les professions qui jouissent de rentes de situation, et absent lorsqu'il s'agit des subventions et marchés garantis pour les grands groupes industriels, ou encore les nominations à la tête de ceux-ci (rappelons-nous les interrogations sur l'éventuelle nomination de M. Borloo). Rappelons également que le principal journal de droite, le Figaro, appartient à un sénateur UMP qui est également à la tête d'un avionneur jouissant depuis des décennies de l'exclusivité de la commande de certains matériels (avions de chasse). Non seulement l'État achète forcément ses matériels, mais ses plus hautes autorités doivent se comporter pour eux en VRP auprès des autres pays du monde, qu'ils soient ou non recommandables. On est dans ce que certains qualifient de « capitalisme de connivence ».
Bref, plutôt qu'une politique libérale et proche des valeurs chrétiennes, je vois plutôt une politique assez ad hoc et sans cohérence sinon celle de l'expédient politique.
Commentaires
Comme il est mort depuis bientôt 2000 ans, on a fait dire beaucoup de choses au Christ. En plus le christianisme se repose aussi sur les Évangiles qui ne sont pas constitués que par la geste du Christ. Le fait que la droite (ou que certains à droite) soit vue comme trouvant ses racines idéologiques dans le christianisme doit plutôt être vue comme la propension des croyants à voter à droite, ou des dirigeants à s'appuyer sur des arguments de nature ou de tradition religieuses. (Mais là j'ai l'impression de ne pas casser des briques).
Quant au libéralisme, c'est quasiment devenu une insulte en France que de traiter un politique de libéral. C'est donc plutôt un vocable de gens qui s'opposent à la droite. Ce n'est pas très surprenant que cette étiquette ne corresponde pas au contenu.
Tu devrais lire l'analyse canonique de René Rémond sur les Droites en France :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Dr...
Grosso-modo, tu as historiquement trois courants :
- Les légitimistes : réactionnaire, antirépublicain, pour le retour à un ordre antérieur supposé réel. Marine Le Pen en est sans doute la dernière incarnation en date (à la différence de son père, hors de ce classement).
- Les orléanistes, libéraux politiquement et économiquement, plutôt chrétiens-conservateurs socialement. Ont engendré l'UDF et aujourd'hui Bayrou.
- Les bonapartistes, avec un culte du chef et un goût pour le corporatisme et le népotisme. Sarkozy.
C'est une lecture paradoxalement plus évidente pour nous que pour les générations précédentes, où l'inclassable De Gaulle avait réussi la gageure de rassembler à lui les trois courants.
Concernant le groupe Dassault (vu que c'est de lui dont il s'agit) rien n'a jamais interdit au gouvernement français d'acheter ses avions (de guerre) ailleurs... D'ailleurs il y a une dizaine d'année il était question d'acheter des F 18 US, dans l'attente des rafales, pour le porte avion Charles de Gaule... Levée de bouclier de l'avionneur français mais aussi de beaucoup de politiques... Ce qui fait qu'aujourd'hui on pas plus d'une dizaine de rafale à mettre sur ce porte avion (et une autre dizaine sous cocon) En fait c'est un faux problème car beaucoup d'avions de marque US sont assemblés voir construit dans les pays utilisateurs ( ce qui aurait occupé autant les ouvriers français que pour construire les rafales). Tout cela pour dire que ce sont des choix politiques... Les relations états / Dassault sont complexes..Dassault doit plus à l'état (dans les fait c'est l'état qui a créé Dassault.. Et ce groupe n'existe que parce que l'état l'a voulu.. d'ailleurs aujourd'hui il gagne plus d'argent en vendant des avions civil qu'en vendant des avions militaires... et il est fort à parier que le rafale soit le dernier avion de conception purement française...) que l'inverse... il y a une volonté d'indépendance militaire sur certains types d'armement plus qu'une volonté économique.. on retrouve les mêmes raisonnements avec les futurs drones pour les armées françaises (on attends une solution française et on refuse des solutions étrangères sauf quelques expédients...) alors que pour le remplacement du FAMAS on s'oriente clairement vers une solution non française (mais produire un fusil d'assaut n'est plus considéré comme une obligation stratégique, une démonstration de puissance et d'indépendance...)
Sarkozy (et l'UMP) ne représente plus du tout les libéraux. En fait, beaucoup de gens de droite (libéraux ou pas) n'attendent que la défaite de Sarkozy pour que l'UMP implose et laisse enfin place à d'autres courants.
sur un point de ton billet, s'agissant du christianisme, on peut - ce qui toujours est une gageure - le résumer, "sommer" - parmi d'autres dits - ainsi, par celui-ci : « si tu vois quelqu'un monter au ciel tout seul, fais-le descendre ! » (attribué à un des pères du désert de Scété).
tout le message de bonne nouvelle s'y résume et concentre. méditez ceci compadres, vous verrez que cette sentence roxxor ses mamans ours et leurs bébés ourses et leurs cousines orphelines comme un koan de compèt'.. (hein j'ai mis la barre haut.. relîtes, cher, l'énoncé du vieux con de Scété.. roulâtes-le toi dans la bouche comme démosthène ses graviers)
dans ce que tu nommes la droite française, certains peut-être s'y reconnaissent et l'ont illustré ou tenté, ni plus ni moins, - si si - que d'aucuns de la gauche de même. chacun de ceux d'entre nous s'y reconnaissant - et les autres - pourrons/t nommer ceux qui...
mais l'énergumène.. *sob* (citons les R.A.B. là, évacuons un peu de pression, invoquons la méthode du professeur Burp.. \o/ ), là non, ça imprime pas.. pas possible.. margaritas ante porcos. ce n'est plus dans ces catégories qu'il faut raisonner traitant son cas. faut s'inspirer de ventura et blier dans les tontons, là.. pas de quartier. car saylemal (pun and lol etc. inside mais quand mème). pas de ça chez nous, te réclames pas de nous n'y penses mème pas, mec !
«Je ne mange pas de ce pain là. » &nd « Je cherche l'or du temps. »
rhââ :
te réclame* pas de nous n'y pense* m*ê*me pas, mec !
@Mathieu P: Je connaissais cette classification en 3 traditions de droite, mais n'avais pas fait le rapprochement
Je suppose que tu veux dire que l'association au catholicisme relève de la droite légitimiste (même si Napoléon Bonaparte l'a pratiquée à des fins politiques) et que le libéralisme relève de la droite orléaniste, et que ces deux traditions sont actuellement sous la domination des bonapartistes RPR/UMP qui veulent un Chef (précédemment Jacques Chirac, maintenant Nicolas Sarkozy) ?
Pour la défense du christianisme, pourquoi ne pas rappeler l'alliance du trône et du goupillon pour contenir la valetaille ?
Quant au libéralisme, je penche sur le pillage du pays après avoir pris le pouvoir et nommé bien des séides dans les plus hautes fonctions de l'administration ...
@fultrix: Justement, on peut s'interroger sur le respect des principes fondamentaux du christianisme par les régimes pratiquant l'alliance du sabre et du goupillon. Quant au libéralisme économique, il ne consiste nullement à ce que vous décrivez dans la seconde phrase, qui relève plutôt du népotisme et du corporatisme, ce que relève justement plus haut Mathieu P.
@DM
J'approuve ton message de toutes mes forces.
C'est en réalisant cela que je me suis orienté vers le "centrisme" mode "MoDem", héritant du MRP, pour lequel les valeurs que tu exposes étaient fondatrices.
Si tu as l'occasion de regarder le "cercle du Sillon", Marc Sangnier, etc.. tu verras d'où vient le courant "libéral-démocrate".
Le problème est que son émergence est d'après-moi impossible dans un système bipolaire tel que la 5ème République, avec une hyper-personnalisation de la vie politique et l'absence de représentation proportionnelle à l'Assemblée.
Concernant la religion, je pense qu'il y a un problème de nature dans la comparaison : la droite est un rassemblement de personnes aux idées politiques proches, et le christianisme, une sorte d'idéologie (en tout cas, du point de vue qui nous intéresse ^^). Le rassemblement de personnes suivant une interprétation de cette idéologie forme une église.
Ainsi, le lien entre les membres de la droite et les membres de l'église catholique ne serait pas idéologique, mais pourrait être social : (en france) les deux milieux étant plutôt conservateurs et aisés, ou en tout cas dans une proportion suffisante pour être notable.
La droite est catholique avant d'être chrétienne (au sens évangélique du terme). Pouvoir, richesse, privilèges...
En politique, les valeurs chrétiennes s'expriment surtout par l'institutionnalisation de la charité : les riches donnent aux bons pauvres propres et serviles le fruit de leur génie et Dieu valide les inégalités du système.
Les valeurs libérales et chrétiennes sont donc l'institutionnalisation des égalités, et cette forme particulière de libéralisme qui propose de détruire toutes les barrières entre renards et poules.
> En fait, beaucoup de gens de droite (libéraux
> ou pas) n'attendent que la défaite de Sarkozy
> pour que l'UMP implose et laisse enfin place à
> d'autres courants.
Et dans leur immense courage et rectitude morale, plutot que de s'elever contre ce qu'ils estiment etre une derive de leur parti et appeler a voter contre, ils attendent sans piper car on ne sait jamais, si par miracle Sarkozy se trouvait elu, ce serait dommage de rater un bon poste au gouvernement.
Je pense que la religion et la droite se rapprochent sur ce qu'on appelle "la croyance en un monde juste", c'est-à-dire la tendance "inconsciente" à attribuer aux gens la responsabilités des malheurs (ou des bonheurs) qui leur arrivent.
C'est très présent dans la religion, parce que si Dieu existe, comment le monde pourrait-il être fondamentalement injuste ? (et puis c'est un base au moins de l'Ancien Testament, même si c'est moins le cas du Nouveau où la justice est plus reportée à l'au-delà).
Et c'est un trait bien associé à la droite (et au libéralisme), puisque ça attribue à l'individu et non à la société la responsabilité des réussites et échecs de chacun.
Effectivement, le libéralisme n'est pas présent en France, ou alors de façon totalement marginale (y compris à droite: Madelin,...). De c point de vue, le corpus idéologique de la droite est plutôt le gaullisme, avec donc une forte implication de l'Etat, ce qui est la négation du libéralisme.
quand aux valeurs chrétiennes, elles ne sont pas exclusivement de droite (même si, traditionnellement en Europe, elles sont portées par les chrétiens démocrates en général de centre-droit), elles pourraient tout aussi s'appliquer aux "valeurs de gauche".
Mais bon, on pourrait dire la même chose des valeurs de gauche, qui s'accordent mal avec un certains nombres de politiques passées (les privatisations "jospiniennes", les dérives mitterrandiennes,....), comme quoi entre le discours officiels ou les présupposés idéologiques et la réalité, il y a parfois loin.