(Attention, billet un peu corporatiste, mais je pense avec du vrai contenu factuel.)

J'entends fréquemment des critiques, surtout à droite de l'échiquier politique, contre le système français de recherche : sa faiblesse serait que, contrairement aux États-Unis, une partie importante de la recherche aurait lieu dans des organismes de recherche tels que le CNRS, et non dans les universités. Qu'importe que les équipes CNRS soient très souvent implantées dans les universités, qu'elles renforcent ; qu'importe que les enseignants-chercheurs universitaires n'aient pas le temps de faire de la recherche, car lourdement chargés de cours et surtout de gestion administrative. Il s'agit d'expliquer qu'il faut supprimer le CNRS.

Curieusement, personne ne parle de supprimer le CEA. Celui-ci a depuis longtemps dépassé le champ de l'énergie nucléaire, et même des énergies alternatives : il fait également, par exemple, de la biologie et de l'informatique. De fait, il se comporte comme une sorte de centre national de la recherche scientifique & technologique, avec un positionnement plus « transfert industriel » que le CNRS.

À ma connaissance :

  • Ses chercheurs sont mieux payés que les chercheurs CNRS et les enseignants-chercheurs (d'accord, ces derniers sont fonctionnaires et les chercheurs CEA contractuels de droit public, mais avez-vous déjà vu un chercheur CEA se faire renvoyer ?).
  • Il a d'important frais de structure en raison notamment d'une hiérarchie et d'une bureaucratie pléthoriques.
  • Il se dit « auto-financé » mais une bonne partie de cet « auto-financement » provient de projets financés par l'Agence nationale de la recherche ou l'Union européenne, autrement dit il s'agit d'argent public.

C'est exactement le modèle d'une recherche bureaucratique, coûteuse et déconnectée des universités que certains politiciens dénoncent quand ils parlent du CNRS. Pourquoi ne parlent-ils jamais du CEA ?

J'ai une petite théorie au sujet de l'hostilité anti-CNRS : outre un vieux fond poujadiste, anti-intellectuels et anti-fonctionnaires, elle pourrait être motivée par l'existence de chercheurs en sciences sociales intervenant dans les médias notamment pour contredire les affirmations factuelles de certains politiciens sur les sujets sociaux. Ceci expliquerait que l'on parle plus du CNRS que de l'INSERM, INRIA, INRA, IRD, etc., dont les chercheurs s'occupent en général d'activités plus « techniques ».

NB Dans ce billet, je ne prône nullement la suppression du CEA, je m'interroge simplement sur les raisons pour lesquelles certains critiquent certains instituts et jamais d'autres.