Il m'arrive parfois d'assister à des réunions professionnelles où l'on parle de tout sauf du gros sujet qui fâche. Quel plaisir que de discuter de dépenses de 500€/an alors qu'on ne discutera surtout pas du budget de 80000€ ! C'est ce que les anglophones appellent « refuser de parler de l'éléphant dans la maison ».

La campagne électorale (à l'exception notamment des interventions de F. Bayrou) me donne la fâcheuse impression de relever du même phénomène. Le couple d'éléphants : le déficit et le chômage chroniques depuis une bonne trentaine d'années, sous les gouvernements de gauche comme de droite. Au lieu de parler sérieusement à leur sujet (réformes fiscales, réformes du fonctionnement de la protection sociale, fonctionnement du marché du travail, et même plus profondément fonctionnement général de l'économie etc.), on parle de sujets secondaires :

  • Contraception chez les adolescentes, avortement, euthanasie, bioéthique et autres obsessions de la droite catholique
  • Taux marginal d'imposition, qui comme l'impôt de solidarité sur la fortune ne changerait pas grand chose aux finances de l'État
  • Permis de conduire (comme encore récemment on parlait de radars de contrôle de vitesse)
  • Viande halal
  • Faits divers
  • Les fameux faux chômeurs et fraudeurs (même si on avait 20% de fraudeurs chez les chômeurs, leur suppression ne résorberait pas les déficits).

Je qualifie ces sujets de secondaires tout simplement parce que si nous arrivons à une situation à la grecque ou du moins à l'espagnole, il y aura des souffrances qui les feront largement oublier.

Merci de nous prendre pour des imbéciles. On croirait des médecins qui s'occuperaient en détail d'une verrue plantaire chez un patient sur le point de décéder d'un infarctus.

Parallèlement, nous nous promettons des avenirs qui chantent, avec une énième réforme de l'enseignement secondaire qui vide encore plus celui-ci de son contenu. Ce n'est pas en formant des jeunes imemployables et inaptes à suivre dans l'enseignement supérieur que l'on se sortira des problèmes précédents.