J'entends beaucoup parler de l'autonomie des universités. J'avoue ne pas très bien comprendre les finesses de la « loi LRU », mais mon impression est que cette loi autorise une certaine autonomie sur les plans financier et administratif, mais fort peu sur le plan de l'enseignement et de la recherche... soit l'objet de l'existence des universités.

Je ne suis pas un expert en fonctionnement universitaire et je peux donc avoir mal compris les choses. J'aimerais donc l'avis de mes lecteurs sur les points suivants :

Au sujet de l'enseignement : lors de mes discussions avec des collègues enseignants-chercheurs, j'entends souvent que tel ou tel mode de fonctionnement est en fait imposé par un organisme extérieur. (Par exemple : une formation en alternance a des intitulés de modules identiques à celle d'une formation initiale correspondante, sauf que de toute façon les contenus des modules sont différents car les prérequis sont différents. Dans ce cas, pourquoi forcer les modules à porter les mêmes titres ? Parce qu'un organisme extérieur impose que la formation en alternance soit identique, sur le papier, à la formation ordinaire. Peut-être ai-je mal compris ?) De toute façon, chaque diplôme « national » (licence, master...) doit être approuvé tous les quatre ans par le Ministère. Où est l'autonomie, s'il faut tout faire approuver par des organes externes ?

Quant au recrutement des étudiants, non seulement les universités ne peuvent refuser les bacheliers qui s'inscrivent en licence 1 sans avoir les prérequis pour la filière considérée, mais l'UNEF suggère qu'elles sont trop sélectives en master ! J'ai également cru comprendre que certains recrutements d'étudiants étrangers sont déterminés par un organisme extérieur émanant du Ministère des Affaires étrangères... On ne s'étonnera donc pas de voir dans certaines formations des étudiants complètement gazés, puisque n'ayant absolument pas les prérequis pour les cours suivis...

Au sujet de la recherche : les dotations de recherche récurrentes fondent comme peau de chagrin, le financement de la recherche, hors salaires des personnels permanents, émane d'organismes extérieurs (ANR, Europe, etc.) et échappe donc à la gouvernance des établissements.

Au sujet des recrutements d'enseignants-chercheurs : bien que les recrutements soient gérés localement, il existe une phase nationale de qualification par le Conseil national des universités (CNU) — et comme cette phase rend difficile le recrutement d'étrangers (pas forcément au courant qu'ils doivent y procéder des mois avant qu'on ne les informe d'existences de postes en France), on peut en exempter certains candidats étrangers selon des modalités mystérieuses. Enfin, pour une minorité de disciplines, les professeurs des universités sont recrutés par une procédure nationale (agrégation du supérieur) et sont ensuite parachutés dans les établissements, sans forcément adéquation avec les besoins locaux.

L'autonomie des universités que l'on nous vante sans cesse en citant les universités américaines bien classées à Shangaï, ce n'est pas seulement avoir la propriété des locaux et gérer les emplois budgétaires. C'est également, et je dirais même surtout, ne pas dépendre de l'approbation d'organes extérieurs pour chaque choix d'enseignement et de recherche, et c'est la possibilité d'accepter ou de refuser les étudiants sur des critères scolaires.

PS Le message ci-dessus ne doit pas être compris comme un désir que les universités français pratiquent « la sélection », ou fixent n'importe comment leurs droits d'inscriptions, puissent recruter n'importe qui comme enseignant-chercheur ou puisse délivrer n'importe comment des diplômes. Il se borne simplement à constater le décalage entre ce que l'on appelle « autonomie » en France et le sens habituel de ce mot, ou encore la situation dans les systèmes étrangers que l'on cite sans cesse en exemple.

Autrement dit, je discute du décalage entre le vocabulaire employé et la réalité, sans pour autant soutenir une quelconque option politique. J'estime qu'il est nécessaire, avant un éventuel débat sur les options politiques, d'avoir une vision claire de la situation et de ne pas utiliser de vocabulaire trompeur.