Les récentes discussions sur l'enseignement secondaire et le plagiat me poussent à mettre par écrit certaines réflexions — réflexions dont j'affirme au passage qu'elles sont sans prétentions scientifique : je ne prétends pas être sociologue ou psychologue de l'éducation, et encore moins avoir conduit une enquête détaillée. Il est possible que je me trompe largement, notamment de part l'effet grossissant des anecdotes. N'hésitez pas à me signaler d'éventuels problèmes.

Il est manifeste que le système scolaire et universitaire français est très tourné vers la formation initiale (il n'est pas courant que l'on s'arrête pendant quelques années pour reprendre ses études ensuite). Le succès dans cette formation initiale est largement déterminé par la capacité que l'on a ou non, alors que l'on est adolescent et que l'on a les préoccupations associées à cet âge, à rester calme en classe et à se concentrer sur les cours.

Il me paraît assez naturel que l'ensemble d'une classe d'âge ne vérifie pas ces conditions. Que fait-on donc des « autres » ?

De mon temps, il existait des classes de collèges appelées officiellement CPPN et CPA, officieusement « classes poubelles », où l'on mettait les élèves incapables de suivre l'enseignement généraliste du « collège unique ». Y enseigner était éprouvant, disait-on. Il semble qu'elles aient été supprimées ; j'ignore pas quoi elles ont été remplacées.

Au lycée également, des élèves pouvaient se trouver « en décrochage ». Les « solutions » étaient le redoublement ou l'orientation vers d'autres filières. La tendance actuelle est, si j'ai bien compris, d'éviter le redoublement, décourageant dit-on, et donc de plonger les élèves dans des classes de niveau supérieur sans qu'ils aient les prérequis pour suivre leur enseignement (un bon moyen pour leur maintenir la tête sous l'eau ?). Certaines classes de lycée relèvent maintenant également largement de la garderie, du moins à en croire des connaissances enseignant en lycée professionnel.

Parmi ceux qui déplorent la « baisse de niveau » de l'enseignement, il y a ceux qui regrettent le temps béni du latin et du grec chers à Jacqueline de Romilly. Il me semble qu'au fond, ceux là regrettent l'enseignement secondaire d'avant mai 1968, qui ne concernait qu'une minorité de la population. Tandis que les enfants des milieux populaires passaient le « certificat d'études » et allaient ensuite travailler aux champs, à l'usine, à la mine ou que sais-je encore, les enfants des milieux bourgeois allaient au collège puis au lycée, si toutefois ils arrivaient à en supporter la discipline. Dans le cas contraire, vu qu'après-guerre il y avait le plein-emploi, gageons qu'ils ne peinaient pas à trouver une situation. Qui plus est, la société avaient d'autres exutoires, comme l'armée (n'oublions pas les guerres coloniales).

En 2012, même si l'éducation n'est obligatoire que jusqu'à 16 ans et un jeune de 16 à 18 ans a la possibilité de travailler, en théorie, en pratique, on cherche à le maintenir dans le système éducatif car sinon, du moins le redoute-t-on, il irait grossir les rangs des chômeurs ou des délinquants. Dans tous les cas, on se retrouve avec des quantités d'adolescents qui vont au collège ou au lycée alors qu'ils n'en ont aucune envie et n'ont de toute façon pas la discipline personnelle nécessaire pour profiter de leurs enseignements, voire tout simplement pour respecter leurs enseignants et le travail de leurs camarades.

Comme, parallèlement, on a placé des objectifs quantitatifs (pourcentage d'une classe d'âge au baccalauréat, bientôt pourcentage à la licence), on ajuste les critères d'évaluation en fonction, de sorte que rentrent actuellement à l'université des étudiants qui ne savent pas s'exprimer en français (je ne parle pas de faire ici ou là une faute d'orthographe ou de grammaire, je parle d'incapacité à écrire en français clair). Qui plus est, on a également limité les possibilités de maintien de la discipline : j'ai ainsi cru comprendre qu'en lycée professionnel, un enseignant ne peut exclure un élève d'une classe qu'il trouble que si l'élève représente un danger pour lui-même ou pour ses camarades ; impossible ainsi de faire sortir un élève qui bavarde sans cesse.

Au final, on a soigneusement ligoté les enseignants, qu'on a ensuite beau jeu d'attaquer comme « laxistes » ou inaptes à l'adaptation. Il est facile ensuite de les blâmer pour l'échec du système, échec qui découle de l'imposition d'objectifs et de programmes irréalistes pour certains publics visés.

Le problème est, au fond, que l'on ne peut pas enseigner à des gens qui n'ont pas envie qu'on leur enseigne et qui n'ont pas le minimum d'auto-discipline qui leur permette de passer outre leur ennui. L'exaspération des enseignants par rapport au plagiat sur Internet et à d'autres problèmes me semble au fond lié au fait qu'on les ait privés de tout instrument de discipline ou de sélection.

Je n'ai hélas pas de solution à ce problème. Les solutions du passé (l'usine, l'armée, etc.) sont inopérantes de nos jours...