Cherchez l'intrus
Par David Monniaux le mardi, mars 27 2012, 20:50 - (Mal)journalisme - Lien permanent
On me signale ce billet, d'une journaliste « spécialisée en économie et écologie » et diplômée de prestigieuses écoles de formation de journalistes (mais, apparemment, sans formation scientifique supérieure).
Il me semble illustrer à merveille une maxime de prudence que j'applique, et que j'indique aux autres : ce n'est pas parce qu'un journaliste prétend résumer des informations fournies par un tiers, notamment par un scientifique, qu'il le fait fidèlement et sans rajouter ses idées personnelles (voir quelques exemples).
Considérons la première phrase :
« Sécheresses intenses, pluies diluviennes, tremblements de terre puissants et autres tsunami dévastateurs : les coups durs du climat se sont multipliés et intensifiés au cours de la dernière décennie. »
Cherchez les intrus.
À son crédit, elle donne un lien vers l'article original, qui bien sûr ne comporte pas ces erreurs grossières.
PS : Mon but n'est nullement de dénigrer cette journaliste en tant que telle, ni de dénigrer sa profession. Simplement, j'entends parfois des gens réagir vivement à des propos, des théories, que la presse attribue à telle ou telle personne... alors qu'il est fort possible que ces propos aient été exagérés, « complétés » ou sortis hors contexte. Par ailleurs, j'estime que lorsque l'on parle d'évènements mettant en jeu les vies humaines, et ayant donc un fort impact émotionnel, il faut être très prudent.
Commentaires
Suis-je censé prendre mon vélo pour aller au travail, afin qu'on ait moins de tremblements de terre ? Les tremblements de terre font-ils stricto sensu partie du "clmat" ?
Tiens, la source aurait-elle changé ? Serait-elle tombée sur ce billet ?
Il faut dire que le tout premier commentaire de lecteur avait fortement appuyé où ça fait mal: "Evitez de mettre les tremblements de terre et les tsunamis dans les coups durs du climat. Dès la première ligne, ce fait pas sérieux du tout".
Au moins, elle semble lire les commentaires et en tenir compte.
Techniquement, on sait que l'activité humaine peut produire des tremblements de terre. Il faut déplacer de grosses masses pour ça, par exemple en créant un barrage. En tout cas, c'est déjà arrivé.
Alors, si les tremblements de terres et les tsunamis ne sont pas à proprement parler des phénomènes climatiques, ce n'est pas inconcevable que leur fréquence augmente suite au changement climatique (genre je sais pas, moi, fonte des glaces bidules). Après je ne sais pas. Je ne crois pas que quiconque ait établi un lien sérieux entre changement climatique et les tremblements de terre de l'an passé, mais je ne suis pas dans le secret, je peux avoir manqué quelque chose.
L'un dans l'autre, c'est peut-être moins une bourde que ça en a l'air (il faut dire que ça a l'air tellement…).
Oui, le barrage des Trois-gorges à l'air de faire peser un risque sismique (http://en.wikipedia.org/wiki/Three_...).
@Arnaud Spiwack: Il y a en effet des tremblements de terre liés aux chargements et déchargements de barrages, mais on n'obtient pas les magnitude 8-9 ayant produit les catastrophes évoquées.
(On cite souvent le séisme de Koyna en 1967, mais le barrage était pile sur une faille. Il y a eu aussi un débat sur le séisme du Séchouan de 2008. J'ai justement récemment discuté de cela avec un collègue spécialiste.)
On voit mal le rapport avec une grande rupture comme celle de Tōhoku.
Il n'y a pas des histoires de forages sur des failles qui provoquent des secousses ? (étant bien entendu que c'est une question moins pressante que les gaz à effet de serre)
À la limite, cette histoire d'intrus ne me dérange pas tant que ça, lorsqu'on la compare à la dénomination de « catastrophe naturelle » attribuée par des journalistes (et/ou des politiques, je ne sais plus) à la marée noire causée par une fuite sous une plate-forme BP dans le golfe du Mexique. (Mais je suis peut-être de mauvaise foi, et qu'il n'y a simplement pas d'équivalent américain à « catastrophe industrielle ».)