Je lis ces paroles d'un professeur sur le site de TF1, à propos des sites vendant en ligne des corrigés de devoirs : « Je ne comprends pas pourquoi le législateur ne les interdit pas. »

J'aimerais que l'on m'explique comment le législateur pourrait interdire des sites de diffusion de corrigés, mais pas la vente en librairie d'ouvrages de préparation aux examens et concours, qui présentent eux aussi des corrigés. Qui plus est, en matière de publication, la règle est la liberté d'expression ; les restrictions à celle-ci doivent être justifiées par des impératifs importants (protection des personnes, etc.), dont à mon avis la commodité de travail des professeurs de lettres ne fait pas partie.

Je crois que nous avons un magnifique exemple d'un problème récurrent en France disons depuis une dizaine d'années : devant un fait social gênant, on envisage une loi de prohibition ad hoc, en oubliant que la loi est un instrument lourd et rigide. Une interdiction, cela veut dire des moyens pour la faire appliquer (fermeture administrative de sites, sanctions pénales), des contournements (hébergement à l'étranger), du contentieux, éventuellement des situations choquantes quant la loi pourrait s'appliquer à ce qu'elle n'était pas censée initialement viser.

Quelques exemples :

  • Des parlementaires ont un temps envisagé d'interdire, sous peine de prison, l'apologie de l'anorexie... jusqu'à ce que l'on fasse remarquer que les sites pro-anorexie sont généralement tenus par des anorexiques, qui sont des malades qu'il faut traiter et non des criminels qu'il faut enfermer en prison.
  • On a voulu interdire happy-slapping par un article de loi écrit de façon tellement vague qu'il pourrait interdire à des citoyens de diffuser des images de violences policières afin de susciter un débat public autour de celles-ci.

Bref, on attribue à la loi une sorte de vertu performative : il suffirait, au vu d'un problème social, d'interdire certaines de ses manifestations ou certains de ses instruments, et il disparaîtrait. C'est ainsi qu'on a voulu éradiquer l'alcoolisme au États-Unis en votant un amendement constitutionnel instaurant la Prohibition ; on n'a juste pas vu que cela stimulerait les trafics et qu'on établirait ainsi durablement le banditisme...

PS : Question subsidiaire. Habituellement, pour payer en ligne, il faut une carte bancaire ou une carte de crédit (en tout cas pas une simple carte de retraits). Je croyais qu'on ne délivrait pas celles-ci aux mineurs ? Dans ce cas, sont-ce les parents qui achètent ces corrigés ?