L'année Turing devrait peut-être être l'occasion d'un questionnement au sujet de la justice, et notamment de ce qui doit relever du crime ou du délit.

Alan Turing a été condamné à une peine humiliante, dangereuse et avec effets secondaires (la castration chimique) pour des actes certes illicites (relations sexuelles avec un autre homme), mais sans victime, qu'elle soit individuelle ou collective, ni victimes potentielles. J'entends par là que l'auteur d'un vol lèse la personne volée, l'auteur d'un assassinat fait assurément une victime, l'auteur d'un détournement d'argent public lèse la collectivité, mais on peine à trouver qui est lésé par le fait que deux hommes aient des rapports sexuels.

Cette condamnation d'un mathématicien fameux ne doit pas occulter le fait que nombre d'inconnus ont été condamnés, sont encore condamnés et le seront encore, pour de pareils délits, et ce non seulement dans des pays à gouvernement religieux et autoritaire, mais également en France et d'autres pays occidentaux (par exemple, la consommation de stupéfiants à domicile, hors de la présence d'enfants, reste un délit).

L'existence de délits et de crimes sans victimes ni victimes potentielles est souvent justifiée par les arguments suivants :

  • Il s'agit d'actes que la majorité de la population considère (du moins, est censée considérer) comme dégoûtants ou dénotant une personnalité dangereuse.
  • Même si l'acte en lui-même est sans victime, sa généralisation dans la société détruirait celle-ci (si tout le monde devenait homosexuel, il n'y aurait plus d'enfants, si tout le monde fumait du cannabis au lieu de travailler, notre société s'écroulerait, etc.).

Je pense que tout ceci mérite réflexion et discussion. Voyez-vous d'autres arguments ?