Un éditorialiste britannique, Ian Cowie, du très droitier Telegraph (dit aussi le Torygraph de part sa proximité avec les conservateurs), ne propose rien moins que rétablir le suffrage censitaire, en restreignant le vote :

  • à ceux qui payent plus de £100 d'impôt sur le revenu par an
  • aux mères de famille
  • aux retraités.

Son argument reprend une citation attribuée à Alexander Tytler (je reprends la traduction de Wikipédia) :

Un régime démocratique ne peut pas perdurer. Il subsiste jusqu’au moment où les électeurs découvrent qu’ils peuvent se voter des largesses aux dépens du trésor public. Dès ce moment, la majorité élit toujours les candidats qui promettent le plus de cadeaux aux frais du trésor public, avec pour conséquence que la démocratie croule sous le poids d’une politique fiscale immodérée, toujours suivie par une dictature.

Cowie considère que ceux qui ne payent pas sensiblement d'impôt sur le revenu vivent principalement aux dépens du système social, et n'ont donc pas à avoir voix au chapitre, sans quoi ils ne sauraient voter que pour une extension de ce système social à leur profit. Le sous-entendu est que ce sont les pauvres qui sont les profiteurs.

Une première remarque : en France, le premier impôt n'est pas l'impôt sur le revenu, qui n'est payé que par environ la moitié des foyers (mais je peux me tromper) mais la TVA. Le travailleur pauvre paye donc la TVA mais pas l'impôt sur le revenu. J'ignore ce qu'il en est au Royaume-Uni, mais la proposition de M. Cowie me semble devoir priver les travailleurs pauvres du droit de vote, alors qu'ils contribuent au système économique ; en revanche, elle conserverait le droit de vote aux rentiers fortunés tels que Mme Bettencourt. Cette proposition me semble donc aller à l'encontre de la valeur travail qu'affecte tant (ou affecte tant d'affecter) en France l'UMP, qui siègeait encore il y a peu aux côtés des conservateurs britanniques au Parlement Européen.

Surtout, comme dans un billet précédent, le raisonnement de M. Cowie donne des conséquences indésirées lorsqu'on l'applique à un autre sujet.

M. Cowie déplore, en somme, que le droit de vote des plus pauvres leur permet de tirer indéfiniment des chèques sur le reste de la société en se votant des allocations et autres avantages sociaux. Cependant, sa proposition donnerait à vie le droit de vote aux retraités, leur donnant ainsi de tirer ndéfiniment des chèques sur le reste de la société en se votant des retraites et autres avantages sociaux. Ainsi, des personnes qui ont obtenu du travail à l'époque glorieuse du plein emploi (disons, les baby boomers) pourront indéfiniment augmenter le fardeau de ceux qui travaillent actuellement, dans un environnement économique dégradé.

N'en doutons pas, la cohérence n'est pas ce qui importe à M. Cowie. Il s'agit sans doute plutôt de préparer l'opinion à d'autres opérations contre les jeunes et les pauvres.

PS Nous sommes d'accord, l'article de M. Cowie est un gros troll. Il n'empêche qu'un troll peut servir de ballon d'essai, pour voir qui va dire « tiens, ce n'est pas si bête, ce qu'il raconte ».