J'entends parfois des gens expliquer que puisque les clients p2p (ou autres techniques de transmission de données, par exemple les « sites d'upload ») sont principalement utilisés pour la copie illicite d'œuvres protégées par le droit d'auteur, les droits voisins de celui-ci, ou le copyright, il faudrait les interdire. Certains proposent, par exemple, de fortement contrôler les protocoles chiffrés.

Il me semble qu'il s'agit là d'une regrettable inversion de priorités.

La copie illicite d'œuvres protégées ne tue personne. Elle cause un manque à gagner, par ailleurs difficile à quantifier (par exemple, si je n'achète pas de variétés françaises, ce n'est pas parce que je les pirate en ligne, c'est parce qu'elles ne m'intéressent pas).

Par ailleurs, on met en vente libre des automobiles dont la vitesse maximale et le compteur de vitesse dépassent largement les 130 km/h autorisés en France. Ces gammes de vitesse ne sont utilisables que sur circuit (un usage, je pense, rarissime) et dans quelques pays étrangers.

Or, les accidents de la route tuent, et la conduite en grand excès de vitesse est une cause d'accidents. Par ailleurs, la disponibilité de pareils véhicules est une incitation permanente pour les inconscients divers et variés ; ainsi, un chauffard a été récemment condamné à un an de prison ferme pour conduite dangereuse, en grand excès de vitesse (il s'était filmé et avait diffusé la vidéo !).

La plus élémentaire décence dans les priorités serait de régler le problème des engins meurtriers avant celui des manque à gagner (par ailleurs fort discutables : la fréquentation des cinémas est record).

J'avais précédemment déjà fait remarquer l'indécence qu'il y a à vouloir filtrer Internet (avec tous les effets secondaires que cela suppose) pour protéger les enfants de la pornographie tandis qu'on laisse les buralistes placer des affiches de revues pornographiques et vulgaires en devanture, à hauteur de vue des enfants.