Un article sur la communication scientifique.

En résumé :

  1. Les scientifiques font souvent l'erreur que les réactions ou croyances curieuses du grand public sont dues à l'ignorance et qu'il suffirait donc de les instruire : « modèle du déficit ». (Note : déjà vu le même comportement de la part d'informaticiens qui croyaient que les parlementaires votaient des lois stupides concernant Internet par ignorance technique.)
  2. Ceci est largement inefficace face à des croyances basées sur la foi ou l'idéologie.
  3. Si les scientifiques veulent faire passer leurs idées, il faut qu'ils s'engagent dans le débat public, et qu'ils essayent de se mettre à la place de leurs interlocuteurs, y compris les journalistes.

Quelques remarques personnelles :

  1. Je pense qu'une partie de l'hostilité anti-sciences et anti-scientifiques provient en partie de mauvaises expériences scolaires — le scientifique, c'est le prof, bref celui qui vous mettait des mauvaises notes à l'école en vous prenant de haut. Il est donc tentant de lui mettre une baffe en votant pour un candidat qui dénonce l'élitisme et la tour d'ivoire des universitaires (voir les politiciens américains qui mettent en avant que les croyances des universitaires ne sont pas celles de la population). Ok, on nage en plein populisme.
  2. On comprend le fonctionnement du journalisme à partir du moment où l'on considère les conditions objectives de travail des journalistes, ainsi que leurs formations.
  3. Au final, ce que suggère cet article, c'est que les scientifiques fassent de la politique, qui consiste en partie à brosser l'auditeur dans le sens du poil. Est-ce leur boulot ? En ont-ils le temps ?
  4. Il y a un certain nombre de sujets qui ne m'intéressent pas mais dans lesquels on essaye régulièrement de m'entraîner, en tant que scientifique, par exemple l'homéopathie ou l'influence des champs magnétiques. J'ai beau dire que je ne suis ni médecin, ni physicien, ni biophysicien, rien n'y fait. De toute façon, si je dis que je n'y crois pas, je passe pour un scientiste arrogant (*), si je dis que j'y crois, les gens iront répéter qu'ils connaissent quelqu'un qui est chercheur au CNRS et prof à l'X et qui croit à leur bla-bla.

(*) Ceux qui ont un peu de culture (mais pas suffisamment, malheureusement) rappeleront que de toute façon les « connaissances scientifiques » du passé sont vite démenties, que les scientifiques changent d'avis tous les 30 ans, etc., tout ceci provenant de mauvaises vulgarisations de Kuhn et plus généralement d'un excès de philosophie et de sociologie des sciences en comparaison des connaissances scientifiques.