Les prépas
Par David Monniaux le samedi, février 4 2012, 10:14 - Vote électronique - Lien permanent
Un article du Monde dénonce le système « brutal » des prépas. Personnellement, je n'ai pas été traumatisé, je n'ai pas pris d'anti-dépresseurs, et je n'ai absolument rien ressenti du drame que dénoncent les personnes interrogées.
Deux points :
- La prépa en elle-même ne m'a pas traumatisé, mais les concours, notamment l'oral de l'X, m'ont laissé un mauvais souvenir. Pendant des années j'ai gardé l'angoisse de sécher au tableau, notamment de « sécher » au tableau devant les étudiants (l'esprit devient vide et on est incapable de dire quoi que ce soit d'intelligent).
- J'ai eu une période de glandouille à l'entrée à l'ENS de Lyon, par contre-coup.
PS Cet article continue sur le même sujet... et encore une fois, se focalise sur les prépas littéraires, qui ne constituent qu'une minorité. On me murmure dans mon oreille : 8...
Commentaires
J'ai moi aussi rédigé un billet sur cet article tout à fait incongru et tous les échos que j'ai à son sujet sont "Mais qu'est-ce que c'est que ce tableau catastrophique ?! Ce n'est pas du tout comme ça que j'ai vécu ma prépa ! Les gens de ma classe non plus !"
Du coup, j'ai proposé à des préparationnaires et ex préparationnaires de venir raconter leur prépa ; si vous êtes intéressé, vous êtes très bienvenu !
Il est dommage qu'on n'ait pas d'informations sur le comment et le pourquoi de cet article, d'autant qu'il est écrit par Marie Desplechin, ce qui est étonnant. Je me demande ce qui se cache derrière.
Déjà, le gros, gros problème de l'article du Monde, c'est qu'il croit qu'il existe "les prépas". Non, on ne peut pas mettre dans le même panier les kgâgnes où 20% des des élèves vont en "grande école" et les prépas scientifiques où tout le monde va en école d'ingénieur ensuite. Les prépas "commerciales" sont encore une voie différente.
Ensuite, on ne peut pas non plus croire que c'est la même chose dans une très haute prépa parisienne (type Henri IV / Louis le Grand / Ginette), une très bonne prépa de province (Lyon, Bordeaux, Nancy...) et une prépa "de base". Et il faudrait aussi ventiler sur les ambitions à l'entrée (intégrer une école particulière ou "faire du mieux que l'on peut"). Enfin, on peut s'interroger sur l'intérêt de n'interviewer que des élèves qui ont forcément peu de recul sur l'intérêt des prépas, au lieu d'aller interviewer des personnes ayant fini leur cursus (et ayant été confronté à des élèves ayant eu un autre parcours pour arriver au même but, donc du coup plus de recul).
Si je peux me permettre un commentaire de quelqu'un qui n'a pas fait de prépa...
L'article est peut-être exagéré (je ne sais pas, je n'ai pas fait de prépa) mais il reflète tout à fait ce qu'on peut en percevoir de l'extérieur.
J'ai fait mon lycée dans un gros lycée à grosses prépas scientifiques, j'avais pas mal d'amis en prépa (tant littéraires que scientifiques) et j'en ai vu pas mal débarquer à la fac en 2e ou 3e année après leur échec en prépa, et c'est vraiment tout cela qui sortait : travail acharné, notes humiliantes, profs d'une exigence incroyable, abrutissement dans le travail.
Peut être que mes connaissances se lâchaient à l'extérieur, mais honnêtement j'ai peu de souvenirs de personnes super épanouies et ayant un peu de temps pour vivre à côté de leur prépa. Personnellement c'est la raison pour laquelle j'ai refusé de déposer des dossiers, je voyais des amis plutôt angoissés, éteints, en permanence en train de bosser des colles et en sortir lessivés, tout ça pour au final retourner en fac pour une grande part d'entre eux (là je parle plus des littéraires). Et assez déroutés ensuite par la liberté en fac et l'autonomie qu'on leur demandait, après 2 ou 3 ans à avoir été cadrés en permanence.
J'ai l'impression que l'aspect positif ressort plutôt quelques années après, une fois le quotidien oublié. Ou alors en réaction "de corps" quand on attaque les prépas. Mais très franchement cet article ressemble vraiment à ce que me disaient mes amis sur le coup.
"Chez les très bons élèves, ceux que leur triple héritage bourdieusien (social, financier, culturel) sur-adapte au système ou ceux, plus rares, que des dons singuliers distinguent, le constat en reste là : deux ou trois années enrichissantes et plutôt heureuses."
David, ne rentreriez-vous pas dans cette catégorie par hasard ? Cela dit, à titre personnel, avec un parcours beaucoup moins brillant que le votre, j'avoue que je n'ai pas non plus été traumatisé par ces années et que je n'ai pas l'impression que mes camarades en aient non plus trop souffert, à part deux qui se sont suicidés (j'ignore quelle part en revient effectivement à la prépa). Il faudrait faire des stats pour savoir ce qu'il en est de la réalité de ce tableau, et comme le pointe l'article, ça ne semble pas évident.
Un des points faible des prépas et du système des écoles d'ingé est qu'il incite à la glande une fois les concours passé (j'ai trimé 3 ans, j'en profite 3 ans). Et surtout, à l'exception de l'ENS, qu'il prend la plupart de nos meilleurs éléments pour en faire autre chose que des scientifiques : business(wo)men, traders, conseils...
Sa force : son encadrement extrême est aussi une faiblesse puisqu'il bride l'autonomie et dispense de réflexion personnelle.
Enfin, il coûte très cher à la société. Mais il fonctionne et il est assez "démocratique".
Je connais personnellement au moins deux personnes qui ont pris des antidepresseurs en prepa, et les connaissant bien je suis assure qu'ils n'en auraient certainement pas pris dans d'autre conditions. J'ai l'impression que les gens qui ont apprécié la prépa sont en majorité ceux qui y ont réussi (l'inverse n'est pas vrai: j'ai eu personnellement des tres bon resultats mais je garde un tres tres mauvais souvenir de la prepa) ; pour beaucoup d'autres c'était juste très chiant, et enfin pour une partie des élèves c'était très traumatisant. Le nier serait stupide, et plus grave, faux.
Plus ça va, plus je me dis que j'ai eu de la chance de faire mes études dans un pays qui ne met pas l'accent sur l'excellence, les notes et les classements et où il est possible de faire une formation aboutie tout en la finançant par son propre travail.
Plus ça va, plus je me dis que j'ai eu de la chance de faire mes études dans un pays qui ne met pas l'accent sur l'excellence, les notes et les classements et où il est possible de faire une formation aboutie tout en la finançant par son propre travail.
J'ai fait une prépa dans une khâgne moyenne de province (2000-2003) et ne me suis jamais retrouvé dans tout ce qu'on entend dans les journaux sur les prépas.
Qu'est une khâgne normale ?
Bref, pour moi, la prépa a été un moment fondateur et bien loin d'avoir été désagréable !
Difficile de faire ressortir une expérience unique de la prépa, notamment comme le dit Léna parce qu'il y a de trop grandes différences entre les différentes disciplines. Même au sein des khâgneux, il y a ceux qui y vont pour « échapper à la fac » et ne passent même pas le concours, ou ceux qui y vont pour avoir le concours, etc.
Je suis allée à H-IV en khâgne classique avec trois amis (un chartiste, une khâgne moderne, un taupin), tous issus du même petit lycée de province. Les expériences ont été très différentes. Le chartiste n'en a virtuellement aucun bon souvenir et est parti en fac de droit après avoir été classé dernier de son hypocharte. La khâgneuse moderne a bien aimé l'ambiance dans sa classe mais non la prépa elle-même, bien qu'elle ait été classée première de sa classe, et a quitté le concours en cours de route. Le taupin a globalement bien aimé, sans plus, et a eu l'X en 5/2, mais a déprimé à l'X parce qu'il était loin de Paris où étaient tous ses amis.
Enfin, j'ai adoré ma prépa. J'en garde un souvenir de grand épanouissement intellectuel et de grande liberté. Ce n'est pas de la nostalgie : j'ai eu l'occasion de le dire à l'un de mes profs quelques mois après le concours. Ça a d'ailleurs eu l'air de beaucoup le troubler – lui-même avait quitté la khâgne en cours de route. En revanche, j'ai eu le sentiment d'être « vidée » après le concours, un peu comme un sportif de haut niveau qui abandonnerait la compétition et se retrouverait prof d'EPS au collège.
"En revanche, j'ai eu le sentiment d'être « vidée » après le concours, un peu comme un sportif de haut niveau qui abandonnerait la compétition et se retrouverait prof d'EPS au collège."
J'approuve ! J'ai eu le même sentiment en arrivant en école d'ingénieur, l'impression d'être préparée à beaucoup travailler pour au final n'en avoir pas ou peu besoin.
Je ne dis pas que la prépa est parfaite, il y a énormément de défauts évidemment : ça coûte cher à la société, ce n'est pas si démocratique que ça (pouvoir se payer des cours privés en langues aide beaucoup par exemple), il est absurde de sélectionner l'entrée à une école d'informatique sur le niveau en thermodynamique, le programme est effectivement très très chargé, la pédagogie très particulière (mais moi j'aimais bien qu'on me rentre dedans au final) ... Mais, si on compare à d'autres systèmes à concours (typiquement, médecine), on se rend compte qu'on évite pas mal d'effets pervers. Par exemple, ma classe était solidaire, les 5/2 ne pourrissaient pas les 3/2...
Avant d'entrer en prépa, je lisais déjà les mêmes choses (et c'était il y a plus de 20 ans), je crois que c'est très largement auto-entretenu pour préparer les lycéens (ou faire peur aux peu motivés) voire caresser l'ego des anciens combattants dans le sens du poil.
Oui la prépa est un milieu dur, non tout le monde n'est pas dépressif dedans.
J'ai eu la chance d'être dans une prépa "humaine" où malgré le concours, c'était "nous contre les autres" et j'ai entendu parler (refsou) de prépas à sale ambiance où tu prends 3 papiers pour que 2 "camarades de classe" n'en aient pas, ça fait de la compétition en moins.
Je n'ai pas un mauvais souvenir de la prépa (mais n'ai pas envie de le revivre pour autant), j'y ai appris des tas de choses (sur moi même, sur les autres) et les profs étaient d'un excellent niveau, très actifs et donnaient sans compter.
L'entrée en école (de commerce pour moi) donne un sentiment bizarre de "le plus dur est fait" (et rétrospectivement c'était le cas à mon époque, sortir diplômé ne demandait pas énormément de travail). Je pense qu'en fac j'aurais coulé car je n'aurais pas eu d'incitation à travailler de moi même. En prépa, t'as pas trop le choix.
En effet, le danger de la prépa c'est le surcroit de travail. L'excellent élève de Terminale qui a eu une mention bien (ou mieux) au bac en travaillant au max de ses possibilités risque de couler car il ne pourra pas travailler plus et aura du mal à travailler mieux.
S'ajoute aussi l'importance du soutien de l'entourage car déménager à 18 ans et vivre dans une chambre chez l'habitant, loin de sa famille, c'est parfois dur à vivre et c'est pire en prépa qu'ailleurs.
Aller en prépa sans se renseigner c'est pas malin mais on ne le vit pas forcément mal
C'est une grosse bouse cet article, le journaliste n'a pas fait son boulot.
Critiquer les prépas de cette façon c'est un peu comme rappeler que Wikipédia n'est pas fiable: c'est un gros cliché, il n'y a aucune analyse.
Le drame de cet article, c'est qu'il se présente comme une enquête, alors qu'il est à peine une tribune. Téléguidée par l'UNEF et autres lobbys pédagogistes à la Meirieu?
Pour ma part, oui, j'ai bénéficié de ce "triple héritage", même si je ne vois pas ce que social rajoute à financier et culturel.
Comme la plupart des gens ne regrettent pas la prépa, on nous ressort le syndrome de Stockholm...
Le summum, ça reste la psychanalyste, pour qui les préparationnaires expient les "crimes" de la révolution française. Avec ça, c'est tout juste si c'est pas un complot des sages de Sion et du FBI-qui-a-fait-sauter-les-tours.
L'article pourrait pourtant poser de bonnes questions sur l'origine des prépas:
-d'où vient le système des concours? De Chine, pour le recrutement des mandarins.
-Pourquoi l'université de Paris ne faisait pas de science, sous l'ancien régime, contrairement à l'Allemagne et au Royaume-Uni? Avec la réforme protestante, ces pays ont abandonné la théologie et le droit canon, intégrant d'autres disciplines à leur cursus. Ce qui n'était bien sûr pas le cas à Paris. Et alors qu'ailleurs la concurrence fut émulatrice, le Collège de France et l'Académie des Sciences ont désintéressé l'université de la science. Les grandes écoles ont donc permis la diffusion de ce savoir académique dans la société, et l'élargissement du vivier scientifique, qui se faisait par une certaine cooptation jusque là.
Mais c'est tellement plus facile de faire un marronnier, qui augmentera l'autocensure des milieux modestes.
http://www.dailymotion.com/video/xn... "Bref, j'ai eu colle de maths" donne une vision beaucoup plus réaliste de la prépa que la tribune du monde.
Bah si on veut que ça forme des cadres "autant que ça secoue un peu".
Le problème étant qu'on veut que ça forme "un peu de tout"...des cadres ingé ou pas, des cherheurs purs, des profs...
Partant de là, il est délicat de pondre des programmes et des conditions d'enseignements optimales pour tout le monde (autant dire que c'est impossible).
Trop de généralisation dans cet article de presse.
Pour ma part, prépa de province, j'ai plutôt gardé un bon souvenir de ces 3 années.
Oui, j'ai pris des antidépresseurs pendant quelques mois et j'ai perdu un paquet de kilos mais parce que cette période de ma vie a débuté avec une famille aimante et des ressources financières alors qu'elle a fini plus difficilement. Père décédé, mère déprimée... et les poches vides. Un système de bourse déficient (et surtout décalé dans le temps). La charge de travail et la pression intense du système de prépa ne se conjugue pas bien avec l'obligation de faire des ptits boulots le week-end et pendant les vacances pour pouvoir "tenir le coup financièrement". Et pourtant, nous étions plusieurs dans cette situation là. Surtout les filles. Le lycée ne proposait d'internat qu'aux garçons, les filles étaient donc "stockées" dans des chambres louées chez l'habitant, dans des "pensions" ou louaient des appartements à plusieurs. Une charge financière supplémentaire que tous les parents ne pouvaient pas toujours bien assumer. L'une était "modèle" pour une ligne de vêtements le week-end. Une autre gardait des gamins. Une troisième donnait des cours. Une autre encore distribuait des journaux. Travailler en étudiant est une bonne idée ! Mais peu compatible avec la surchage de travail déjà. On dormait peu. Pour les élèves étudiant loin de chez eux (très fréquent en province; on ne rentre pas en famille tous les week-end), on bouffait mal lorsque le resto du lycée était fermé (du samedi midi au lundi matin ou pendant les vacances). Et la boutique de fournitures scolaires à proximité s'est souvent plainte de vol à la tire (ben oui, ça coute cher les fournitures). La comparaison avec l'armée est intéressante... mais à l'armée, les soldats n'ont pas à se soucier de savoir comment ils payeront leurs vêtements ou leur ration alimentaire. Ils sont dans une large mesure pris en charge. Système brutal oui, mais d'autant plus que le jeune n'est pas soutenu par un cercle familial ou des amis.
Le manque de temps nous oblige à nous replier sur nous-même. Plus de sport pour se défouler. Plus de sorties. Les copains sont ceux de la classe. On opère en cercle fermé et ce n'est pas bien bon pour l'équilibre personnel. Vase clot avec 30-40 personnes pendant 2-3 ans, c'est difficile à vivre.
Une des choses qui m'a le plus frappé est le nombre de jeunes qui se sont mis à boire (trop) et les cuites phénoménales tous les vendredi précédents les vacances. Je n'ai pas vu en école d'ingénieur par la suite de tel désir de boire jusqu'à perdre conscience.
Sur tous ces aspects là, j'ai vraiment gardé un mauvais souvenir.
On pourra aussi dire que c'est un bon moyen d'opérer la rupture entre le monde de l'enfance et le monde adulte.
Malgré tout, j'ai de bons souvenirs. Les profs étaient de bons profs, hyper impliqués, et bien que durs, je n'ai pas vraiment souvenir d'humilations. J'ai souvenir de compréhension et soutien de leur part, de beaucoup de solidarité entre les élèves, de travail de groupe, d'apprentissage de méthodes, de jeunes intelligents et motivés.
L'école d'ingénieur, en comparaison, m'a déçue. J'estime que c'est en prépa que j'ai été le plus formée à la vie. J'espère que mes gamins iront en prépa. Mais pas une haute prépa parisienne.
Depuis que j'ai eu 13 ans (3ème) toutes mes notes sont affichées, classées, parfois distribuées en ordre croissant en annonçant publiquement le résultat et ceux qui étaient à la traîne se faisaient renvoyer dans une classe "plus adaptée à leur vitesse de travail". Et cela a duré pendant de longues années, dont les classes préparatoires ne sont en fin de compte que l'apogée (sauf si on a fait une école avec classement de sortie ou qu'on a choisi un DEA / une agreg un peu difficile).
Pour certains ce fut une expérience enrichissante certes. Mais moi depuis le lycée je vois de la triche généralisée, des pharmacopées peu recommendables et des camarades de classe pathologiquement obsédés par leur classement... au point de se souvenir de leurs notes à des contrôles 15 ans après.
Pour parachever le tableau, ils ont passé leur école d'ingénieur ivres ou derrière un écran d'ordinateur à jouer en réseau. Pour à la fin devenir petit chef d'un service quelconque. Les ENS restant une exception mais si j'en crois les comptes rendus récents des soirées à la K-fêt elles semblent rentrer dans les rangs.
Bref, on met le prix fort pour somme toute assez peu de résultats. Cela dit, pour moi, oui, toute ma scolarité a été une expérience enrichissante, oui.
En ce qui me concerne j'ai séjourné dans une taupe de province il y a 45 ans. Cela ne s'est pas très bien passé, à l'époque l'issue était loin d'être assurée, disons que je me suis raccroché aux branches, j'avais eu il faut le dire l'idée malencontreuse d'entamer une période de militantisme politique, en fait incompatible avec la taupe.
C'est en taupe que j'ai vraiment appris à travailler, de ce point de vue c'est incomparable, quand je regarde les malheureux qui n'ont connu que la fac. et qui n'ont aucune idée de ce que veut dire le mot « travailler ». Moyennant quoi, j'ai mis vingt ans à me remettre de ce qui était pour moi un échec humiliant (ma femme dit que vingt ans, c'est une évaluation optimiste). À mon époque, il n'y avait aucune passerelle possible avec l'université : le certificat d'électricité (obligatoire) était en CGS, nous en MKSA, les formules en MKSA (1/4*pi*epsilon_zéro) valaient zéro à l'examen, nous étions recalés automatiquement.
Le plus pénible, c'était l'infantilisation : en maths élém. nous nous percevions déjà comme de presque adultes, et là nous retombions dans l'enfance.
Il faudrait trouver un moyen pour combiner cet entraînement incomparable à un travail efficace avec l'ouverture d'esprit de l'université. Malheureusement, l'université est maintenant engorgée d'étudiants qui n'ont rien à y faire, et que l'on y escroque, alors que ce qu'ils cherchent, c'est une licence pro.
Ce qui est impressionnant dans cet article, c'est de voir à quel point, en prétendant parler des "prépas" il centre son propos sur les prépas littéraires. Il a été élaboré, semble-t-il, à partir des témoignages de six étudiants :
Certes ce n'est pas un travail de sondeur, on ne demande pas un "échantillon représentatif". Mais celui qui a été utilisé peut sembler au lecteur un peu biaisé, géographiquement et dans la répartition des types de prépas.
Bien vu, dont 4 filles qui, on le sait, sont moins résistantes au stress ^^
DM: en ce qui concerne ton 2ème point, je confirme ;-)
Je suis bien d'accord avec Léna lorsqu'elle écrit:
"Déjà, le gros, gros problème de l'article du Monde, c'est qu'il croit qu'il existe "les prépas". Non, on ne peut pas mettre dans le même panier les kgâgnes où 20% des des élèves vont en "grande école" et les prépas scientifiques où tout le monde va en école d'ingénieur ensuite. Les prépas "commerciales" sont encore une voie différente."
Et même lorsqu'il s'agit de deux types de prépas comparables, il peut y avoir d'énormes différences selon les personnalités des enseignants, voire selon la composition de la classe...
Je suis passée par une taupe dans un assez bon lycée de province, et d'une classe à l'autre, l'ambiance changeait du tout au tout. Il y avait des profs qui étaient quasiment idolâtrés par leurs élèves, et d'autres particulièrement craints ou détestés (je me souviens en particulier d'une prof de physique de maths sup qui prenait un malin plaisir à humilier tout particulièrement ses anciens élèves lorsqu'elle les avait en colle l'année suivante... Cette même prof avait aussi failli empêcher le passage en M' de plusieurs élèves "pas assez bons" à son goût qui avaient eu par la suite l'X ou une ENS...) Disons que la densité de caractériels parmi les enseignants me semblait plutôt plus élevés que la moyenne (non seulement vis-à-vis des élèves, mais entre eux: il était arrivé que M. X et M. Y ne se parlent pas pendant plusieurs années parce que l'un d'entre eux avait eu la maths spé convoitée aussi par l'autre...)
Et par exemple, l'ambiance dans ma classe de spé 3/2 était exécrable toute l'année (quelques élèves très imbus d'eux-mêmes "cassaient" tout le monde), ce qui a fait d'ailleurs que c'est de loin le plus mauvais souvenir de ma scolarité, alors qu'elle
était infiniment meilleure en 5/2.
Cela existe sans doute à tous les niveaux, mais les dégâts sont sûrement plus perceptibles en prépa parce que les élèves passent de nombreuses heures par semaine en compagnie de quelques enseignants, pendant toute l'année, et parce que la charge de travail leur laisse généralement peu de temps pour avoir des activités à côté qui leur permettraient de relativiser un peu...
En ce qui me concerne, j'en garde le souvenir de quelques bons cours, d'un prof de maths de spé M' à qui j'aurais eu envie de suggérer de se reconvertir tellement il avait l'air de mourir d'ennui face à nous une quinzaine d'heures par semaine, de parents qui me menaient une vie impossible (souvent les familles ont aussi leur part de responsabilité en ce qui concerne le stress des taupins...) et globalement d'une période assez peu épanouissante. (Mais mon mari, passé par une taupe lui aussi, en garde un souvenir bien meilleur que moi...)
Par ailleurs, en tant qu'enseignante, j'en ai plutôt retenu quelques idées de choses "à ne pas faire" (par exemple la distribution de copies classées par notes décroissantes, avec commentaires publics humiliants...)
Et l'idée que puisqu'on forme des cadres, il faudrait forcément que ce soit dur psychologiquement me paraît assez inepte.
Cet article a en tous cas le tort de s'appuyer sur quelques témoignages assez anecdotiques et sans doute pas représentatifs, avec en particulier une sur-représentation des prépas littéraires,
et de manquer beaucoup de données quantitatives.
Par ailleurs, il oublie ce qui est à mon avis un gros défaut des prépas (du moins quand j'étais élève il y a une vingtaine d'années, mais je n'ai pas l'impression que ça ait beaucoup évolué depuis): le fait que tout est centré sur la préparation des sacro-saints concours, et qu'il n'y ait quasiment aucune réflexion sur la motivation des élèves, sur les différences entre les écoles, le métier d'ingénieur, etc. Tout le monde a "la tête dans le guidon", bien souvent les choix en fin de prépa se font en fonction de la "cote" des écoles, et il n'y a aucune réflexion sur le long terme (ce qui conduit parfois d'ailleurs à des reconversions plus tardives d'élèves d'écoles d'ingénieur qui se rendent compte que ce n'est pas un métier qui les intéresse...)
Par ailleurs, un autre problème à mon avis (plus général en ce qui concerne le système éducatif français) est la rigidité du système, et le fait qu'énormément de choses se jouent entre 18 et 20 ans: un élève qui réussit le concours d'une école est quasiment sûr d'arriver à avoir son diplôme à la sortie (il faut quasiment le faire exprès pour se faire virer), et inversement, quelqu'un qui serait en échec à cet âge-là, ou qui ne serait pas passé par une prépa (par choix ou par ignorance du système) aurait beaucoup de mal à accéder à certaines des formations les plus prestigieuses. Certes, il y a pire ailleurs (par ex. en médecine où quasiment tout se joue à bac +1, avec un concours basé essentiellement sur le par coeur) Mais le côté "bosse comme un âne pendant 2 ans et ensuite tu pourras te reposer sur tes lauriers" me paraît assez problématique.*
Désolée pour le roman ;-)
La fronde anti-prépa me semble un bon vieux marronnier: le Monde, déjà, en 2008, pondait un article interviewant des psychologues-psychiatres dont la clientèle semblait massivement constituée d'élèves brisés... http://laviedemix.over-blog.com/art...
Elle me semble plutôt issue de milieux intellectuels et favorisés (dont beaucoup crèveraient probablement plutôt que de voir leurs enfants aller à l'Université) (j'exagère volontairement).
En effet, il y a plein de choses à dire contre la prépa, mais on ne les trouve pas vraiment dans ces articles:
-dualité de l'enseignement supérieur
Et puis ce que dit Rrose:
- tout le monde a la tête dans le guidon et personne ou presque ne s'interroge sur ses motivations parce qu'on ne pense qu'au concours et à intégrer la "meilleure" école (sans souvent rien savoir de ce qu'on y fait).
- et le côté entre 18 et 20 ans c'est là que se joue l'essentiel, puisque 30 ans après l'école intégrée a encore une importance dans l'évolution de carrière etc.
Ah, revoilà le marronnier sur les classes prépas, arbre déjà trentenaire, puisque Mitterrand, dans sa campagne de 1981, avait promis de leur faire la peau, tout comme au concours général et aux mentions au bac. Et rien ne changea.
Se greffent maintenant à ce marronnier d'autres idées reçues; et la presse surveille amoureusement le développement de ces boutures:
- les orgies estudiantines ont pris des proportions épiques et barbares. Ne voilà-t-il pas que les prépas, petites unités où l'on bosse sans broncher, deviennent d'actifs foyers de mauvaise vie?
- dans les prépas, on ne forme les jeunes que par des sévices. Rendus soumis par l'espérance, les élèves subissent avec une bonne volonté complice. Comme quoi 100% des jeunes devraient aller chez le psy 3 fois 1 heure par semaine pour commencer.
- le républicain s'offusque de ces séries "élitistes" et supposées coûteuses. Assez de régimes particuliers, d'exemptions, etc... Envoyez-moi tous ces foutriquets à la fac! tous pareils, tous égaux! Le général Boulanger avait bien, de son temps, envoyé les séminaristes faire leur service national -"les curés sac au dos!" et s'ils ne sont pas contents, en champs les vaches! et ils verront bien (!!!!)
Venons-en à mon expérience personnelle. Je n'ai pas fait de prépa, je me suis inscrit en médecine à 17 ans et puis voilà. J'étais dans un grand lycée à Lyon dont les classes prépas sont réputées sans avoir l'aura des établissements parisiens. Vingt-cinq pour 100 des élèves de term passaient en prépa contre 5% pour la moyenne nationale. Nous voyions vivre les préparationnaires (il y avait un internat pour garçons), leurs rangs se réduisaient doucement après le premier trimestre.
Nos profs (1ère et term) nous faisaient valoir combien faire une prépa était une accession à la vraie lumière. Tout le reste n'était que poussière. Evidemment, c'était dur, il y en avait qui craquaient, ou qui "devenaient fous". Dans la cour de récréation aux interclasses ou à la pause, un préparationnaire, du genre polar² posait son cartable ssous le portique puis soliloquait en tournant autour d'un pilier. Certains en faisaient un taupin récitant des formules, d'autres un khâgneux répétant des vers d'Horace. Puis on ne le vit plus... la rumeur affirma que la prépa l'avait achevé. A posteriori, qu'un mec pour 1000 entre 18 et 21 ans entre dans la schizophrénie ce n'est pas excessif... et il ne semble pas que la surcharge de travail prédispose aux psychoses chroniques.
En ce qui me concerne, m'étant retrouvé à 17 ans dans un amphi de 400 gus comme Daniel dans la fosse aux lions, j'ai regretté que la première année de médecine ne soit pas intégrée à une classe préparatoire scientifique à orientation bio/physique-chimie... parce que quel jeu de massacre!
Pourquoi ce billet est-il dans la catégorie "vote électronique" ?
"Pendant des années j'ai gardé l'angoisse de sécher au tableau, notamment de « sécher » au tableau devant les étudiants "
J'ai eu un prof de maths (en DEUG à dominante maths) à qui ça ne posait visiblement aucun problème en amphi:
- régulièrement, il s'embrouillait dans la résolution des exemples d'exos qu'il donnait, et ça se terminait par "il y a une (n+1)ème erreur, ça compense la n-ième erreur", voire par "la solution est bonne modulo les erreurs de calcul"
- éventuellement, il ne savait pas démontrer un théorème et il finissait par écrire "admis"
- ça ne l'angoissait visiblement pas, puisqu'il ne préparait visiblement pas à l'avance les solutions ou les démonstrations prévues pour le prochain cours, et qu'il séchait donc de nouveau.
Effectivement, cet article n'a pas grand chose du travail de journalisme!!! Et même si mon expérience des prépas commence à dater (P### 15 ans, j'avais inauguré la réforme passant de M/P... à MP/PC/PSI... avec les 1er concours en 1997...), elle ne correspond en rien à ça.
D'ailleurs, dans la série "36 15 ma vie" (ça, c'est pour faire encore plus vieux bouc, vu que les ptis jeunes "facebooké" ne savent pas ce qu'est un Minitel..), j'ai même été dans 2 prépas (sup dans un bon lycée de province, et spé dans un bon lycée de région parisienne: les joies des déménagements parentaux à l'autre bout de la France).
Ce que j'en retire:
- la prépa, c'est énormément de travail, et effectivement, la vie sociale en dehors si elle n'est pas nulle est très limitée (je m'accordais du samedi midi au dimanche midi sans bosser, et de temps en temps un ciné en semaine le soir..). Le rythme est dur à prendre, et fatigant. Mais du coup, pour plus tard, on sait beaucoup travailler, quand il le faut. D'ailleurs, de ce que j'ai entendu, le rythme de travail pendant une thèse de doctorat (surtout sur la fin) n'est pas très différent!!
- inversement, le début en école d'ingé est l'extrême inverse: on fout rien ou presque, ce qui peut être piégeur (il y a tout de même un minimum à fournir!!!). Finalement, c'est peut-être le contraire de l'université "classique" (c'est à dire hors médecine, pharma,..), où en caricaturant, on glande rien au début en L1/L2, par contre en Master, là ce n'est plus possible. Au passage, j'ai toujours entendu dire (même en petit comité) par les directeurs de grandes écoles que j'ai croisé que les élèves venus de l'université via les admissions dites parallèles (c'est à dire sans la case "concours fin de prépa") avaient le même niveau (voire supérieur) que les autres élèves (une histoire entre autre de caractère, plus autonomes entre autre).
- la plupart des profs que j'ai eu étaient vraiment excellents: exigeant, difficiles (les bonnes notes n'étaient pas forcément légion), mais soucieux de nous, de notre réussite (pour la sup, au moins une fois le cap des premiers mois passés), et très disponibles: toujours prêts à répondre aux questions après les cours, et les devoirs corrigés rapidement (et pas au bout d'un mois comme trop souvent au lycée...). Et motivés, aussi, ce qui contraste avec certains profs de secondaire là encore...
- Il est vrai que "les prépas", c'est vaste, comme le dit je ne sais plus qui (j'ai lu les réactions hier, et j'ai la flemme de toute relire..), et qu'il n'y a pas grand chose de commun en les prépas scientifiques, commerciales, littéraires. Ce ne sont pas vraiment les mêmes mondes.
- l'ambiance de classe dans les 2 prépas où j'étais était géniale (internat en sup), une très grande cohésion, de très bons amis, une grande solidarité (le mythe du "je te file pas mes notes pour pas que tu réussises mieux que moi est vraiment un mythe que je n'ai jamais rencontré. Il est vrai que l'internat aide pas mal pour les coup de blues, ou demander de l'aide.
- les antidépresseurs: personnellement, je ne connais personne qui en prenait (en même temps, il y en avait peut-être qui en prenait mais ne le disait pas), et la seule personne de mon entourage scolaire ayant fait une dépression, c'était en 1ère... après, le rythme et la difficulté font que la probabilité d'une dépression est plus importante. Et elle est peut-être notablement plus élevée dans les endroits où l'ambiance est disons plus "pourrie" et conforme au mythe général des prépas (les grandes prépas parisiennes,parait-il..)
-sauf exception, la plupart des élèves n'ont pas un choix très arrêté sur l'école qu'ils veulent intégrer. La plupart veulent l'école la plus cotée qu'ils puissent avoir, et basta. D'ailleurs, même en école, beaucoup n'ont pas forcément une idée très arrêtée de ce qu'ils veulent faire ensuite, d'où le succès des écoles "généralistes" (et même les "spécialisées" ont des cours généralistes. Pour certains, le choix géographiques joue beaucoup (être absolument à Paris ou à Toulouse. Dans Paris, il ne reste plus beaucoup d'écoles d'ailleurs!!). Et c'est vrai que le rythme des prépas n'incite pas à avoir une grande anticipation ce qu'on veut.
- sur l'ouverture au "hors prépa", le français et les langues sont salutaires et nécessaires. Quand aux TIPE, je trouve que pour ça c'est une chose excellente, et notre prof de physique nous donnait régulièrement des articles scientifiques (style La Recherche ou Pour la Science) pour nous ouvrir. J'avoue que c'est une des épreuves que j'ai préféré!!
- sur la dureté des notes et des classements: comme d'autres, au collège et au lycée, j'étais noté et classé, ça n'est pas une grande catastrophe, ni une torture insoutenable pour les gamains. Encore moins pour des jeunes en prépa!!! A un moment, il faut bien arrêté le bêtifiant, parce que la vraie vie est tout sauf sympa, quelque soit le métier!!! (entre les clients irascibles pour un vendeur, le chef con, ou autre, la vie ce n'est pas bisounours land, et il faut s'y préparer un minimum!!!)
- plus qu'ailleurs, l'entourage familial est primordial en prépa. D'ailleurs, ça se voit au milieu social dont sont issus les élèves: CSP+!!! C'est ça je pense la chose la plus choquante, c'est que sans entourage familial (ne serait-ce que financier!!), peu de chance de réussir en prépa. Il y a bien des bourses, mais insuffisantes. Et quels sont les profs de lycées qui encouragent leurs élèves issus de milieux modestes à faire une prépa? Le soutien psychologique de la famille est primordial, ça aide énormément!!! Et vivre seul loin de chez soit, je ne sais pas si c'est pire en prépa qu'ailleurs: est-ce mieux en fac où les étudiants sont livrés à eux-même et où rien ni personne ne les aide??
Bon, comme d'autres, je crois que j'ai été plutôt long, ça montre que le sujet est intéressant, et mérite mieux que le pseudo-article qui l'a lancé...
C'est en taupe que j'ai vraiment appris à travailler, de ce point de vue c'est incomparable, quand je regarde les malheureux qui n'ont connu que la fac.: Moi aussi!!
Je trouve que le système prépa hormis le fait de fortifier la capacité de travail, n'apporte rien en terme de pédagogie, par exemple n'importe qui en se préparant sans ce système peut intégrer n'importe quelle école selon ses capacités polytechnique compris ! Et les capacités ou héritage triple ou pas n'ont hélas rien à avoir avec la prépa, le developpement de l'élève sans entrer dans quelques détails inutiles se fait bien avant l'entrée en sup. Bonne journée à tous !