Internet cause l'autisme et les jeux vidéos causent la démence
Par David Monniaux le lundi, janvier 30 2012, 13:08 - Recherche scientifique - Lien permanent
Intéressante polémique scientifico-médiatique au Royaume-Uni. Une professeure d'Oxford prétend qu'Internet augmente la prévalence de l'autisme et que les jeux vidéos causent la démence chez des enfants... nouvelles évidemment reprises dans la presse populaire (et, comment dire, la presse populaire britannique, à côté, Morandini fait figure d'intellectuel).
Problème : cette professeure refuse de publier ses théories dans un journal scientifique, c'est-à-dire en un lieu où il faut expliquer ses expériences, sa méthodologie, son raisonnement, et non s'en tenir à un argument d'autorité.
Je suis, sur ce point, très conservateur : pour moi, un scientifique communique ses résultats d'abord aux autres scientifiques, via des publications et des colloques, d'où d'éventuelles critiques sur sa méthodologie et ses conclusions, et ensuite seulement communique au grand public. Je trouve suspect que l'on procède par ordre inverse : comme dit Mme Aubry, quand il y a du flou, il y a un loup.
Commentaires
S'il te plaît, ne sombre pas dans ce massacre organisé de la langue et écris « un professeur ».
Ce blog ne serait pas ce qu'il est sans la tendance des premiers commentaires à être des remarques sur l'orthographe, la grammaire, la typographie ou autre sujet semblable. Autant pour moi ?
Disons que les psys vivent dans une monoculture du "tout psy", que comme pas mal de disciplines transversales ils ont tendace à annexer les disciplines voisines comme si ça allait de soi (sciences de l'éducation, du management, criminologie, etc...) et qu'ils voient des malades mentaux de partout. Il n'est pas simple de faire entendre à un couple d'amis psys que tel homme public qui se fait irrumer dans une chambre d'hôtel n'est pas une victime d'addiction au sexe mais (si les faits sont établis) un abuseur sans morale et qui doit être sévèrement châtié.
Concernant la prétendue augmentation de la prévalence de l'autisme, il faudrait que les psys soient plus critiques quant à leur grille diagnostique: ce n'est pas parce qu'un gosse est un peu geek sur les bords et passe plus de temps à communiquer avec les autres non par oral mais par le truchement de l'écran qu'il manifeste une introversion psychotique (et de toute façon pas démentielle!)
@David: "au temps pour moi", pas "autant".
(pardon, c'était pour gagner un point de méta)
@David:
Je ne fais pas ça en générale, mais l'altération abusive des mots pour faire plus "féminin" je trouve ça tellement atroce…
Ou est le problème? Il y a dix ans, c'était la faute à la télé. Dans dix ans, ce sera peut être la faute à facebook ou a google.
Je me demande quel a été la perfide cause qui a construit les Hitler, Staline et ceux qui les ont mis au pouvoir. Ou est ce que les médias étaient plus responsables à l'époque et ne propageaient pas toutes ces théories accrocheuses et idiotes pour faire de l'audimat ? (C'est grave si je n'arrive plus à prendre la moindre info médiatique au sérieux?)
@Arnaud: en générale ?
Joli lapsus/faute... ;)
@Rama : quelques liens sur des sites qu'aime David (et dont qui fournissent une réponse moins tranchée dans l'habituelle rubrique "controverse" ou "polémique") auraient été les bienvenus:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Au_tem...
http://fr.wiktionary.org/wiki/au_te...
http://fr.wiktionary.org/wiki/autan...
@Régis: "Concernant la prétendue augmentation de la prévalence de l'autisme, il faudrait que les psys soient plus critiques quant à leur grille diagnostique: ce n'est pas parce qu'un gosse est un peu geek sur les bords et passe plus de temps à communiquer avec les autres non par oral mais par le truchement de l'écran qu'il manifeste une introversion psychotique"
Je ne suis pas certain que l'assimilation entre "autisme" et "introversion psychotique" soit pertinente.
Ça fait un certain temps que Greenfield est habituée à ce genre de déclarations (de la même source, en 2009 : http://www.badscience.net/2009/02/t...).
@régis : Susan Greenfield n'est pas "psy", qu'on entende par là psychiatre, (neuro)psychologue ou même psychanalyste.
Elle a le droit d'émettre des hypothèses basées sur des observations personnelles soit dont l'échantillon est trop faible, soit dont la méthodologie de mesure n'a pas été suffisamment définie pour être publiée.
@ici et maintenant: L'éthique scientifique impose d'éviter de s'exprimer ès qualités devant un public de non spécialistes pour exposer des hypothèses de travail non validées et susceptibles de créer la peur chez ce public, et que si on le fait, on prend des précautions oratoires.
Je note cependant que vous dites « elle a le droit », ce qui est un problème différent — le problème de la liberté d'expression et des limites que lui impose la loi. Ce n'est pas parce qu'elle en a le droit que c'est éthiquement acceptable.
@ici et maintenant
Avez-vous oublié le smiley ou est-ce la nouvelle définition de la démarche scientifique ?
Ou alors c'est un gros troll....
@miko: Un scientifique a le droit de s'exprimer de façon extra-scientifique, comme je le fais sur ce blog sans prétention. Les problèmes arrivent s'il le fait ès qualités, ex cathedra, alors qu'ils s'affranchit des contraintes usuelles de la méthode scientifique ; autrement dit, vouloir se draper dans le prestige de la rigueur scientifique tout en s'en abstrayant.
Ce genre de théories exprime davantage des idées préconçues que de faits réels me semble-t-il. Le problème, c'est que ce genre d'idées préconçues peut avoir la vie dure dès lorsqu'un scientifique (ou une personne considérée comme telle) en est l'auteur, même si comme en l'occurrence ce comportement trahit un manque de professionnalisme.
Après tout, n'est-ce pas en raison de "théories" analogues publiées par un médecin dans un livre que pendant deux siècles la masturbation a été considérée comme non seulement la mère de tous les vices mais aussi comme le source d'inombrables maladies physiques et/ou psychiques ? Au point que s'est tout juste si, à une certaine époque, on n'amputait pas deux bras ceux qui persistaient à s'y adonner malgré les avertissement et les autres mesures déjà prises par ailleurs (bon, j'exagère un peu là, mais on n'en était pas loin). C'est l'exemple type de théories scientifiques qui trouvent leurs fondements dans le pudibonderie de leur auteur davantage que dans des observatiosn scientifiques en bonne et due forme.
Ces élucubrations qui nous paraissent aujourd'hui ridicules (enfin, je ne suis pas convaincu que ce soit le cas de tout le monde) étaient justifiées essentiellement par des considérations "morales", mais avait un verni "scientifique" en raison de la caution donnée à ces théories par des médecins.
Je n'arrive pas à me défaire de l'idée qu'en l'occurrence on est un peu dans le même schéma. En fait, j'ai l'impression que le raisonnement qui sous-tend la théorie de la "scientifique" est du genre "si les enfants aiment internet, ça doit forcément être mauvais pour eux, donc il faut trouver une raison d'inciter les parents à les en priver".
@Régis: "Concernant la prétendue augmentation de la prévalence de l'autisme, il faudrait que les psys soient plus critiques quant à leur grille diagnostique"
Tiens tiens:
"Proposed changes in the definition of autism would sharply reduce the skyrocketing rate at which the disorder is diagnosed and might make it harder for many people who would no longer meet the criteria to get health, educational and social services, a new analysis suggests."
http://www.nytimes.com/2012/01/20/h...